La redistribution peut-elle réduire la pauvreté ?

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De nombreux Sud-africains et investisseurs étrangers attendent avec impatience la présentation du budget par le ministre des Finances, Tito Mboweni, le 20 février prochain. Ils se demandent probablement comment le ministre compte équilibrer les comptes nationaux.

Face à un déficit et une dette croissants et à de sombres perspectives économiques, le gouvernement pourrait bien être tenté d’augmenter les impôts, en particulier ceux concernant les citoyens les plus riches d’Afrique du Sud, afin d’atténuer la catastrophe budgétaire imminente. Contrairement au apparence, il est préférable d’activer deux leviers essentiels: baisser sensiblement les dépenses en réduisant la taille d’un État hypertrophié ; et élargir l’assiette fiscale en permettant à plus de personnes de travailler. Comme le soulignait le regretté économiste Milton Friedman: «Vous ne pouvez pas réduire le déficit en augmentant les impôts. L’augmentation des impôts ne fait qu’accroître les dépenses, laissant le déficit au niveau le plus élevé raisonnablement accepté par les citoyens. La règle politique numéro un est que le gouvernement dépense ce qu’il reçoit et pas plus.»

Augmenter les impôts ?

Les taxes pénalisent les activités ciblées. Par exemple, des taxes sur l’alcool, les cigarettes, le carburant, les importations et autres sont mises en place pour limiter la consommation de ces articles. De même, les impôts sur le revenu et les gains réduisent la source de leur génération. Ils diminuent les incitations et le zèle des entrepreneurs à risquer du capital et à sacrifier du temps et de l’énergie. Ils entravent la capacité des individus à poursuivre leurs objectifs, et renvoient les travailleurs à la maison avec des revenus disponibles plus faibles. De plus, moins de revenu disponible signifie moins d’épargne, moins d’épargne signifie moins de création de capital, moins de création de capital signifie une productivité du travail inférieure, et une productivité inférieure du travail signifie des salaires réels plus bas.

Selon l’économiste Arthur Laffer, les recettes publiques sont maximisées à un taux situé entre 0% et 100% des revenus du contribuable. La fameuse «courbe de Laffer» montre qu’aux extrêmes, aucune recette fiscale ne serait perçue. À un niveau supérieur au taux «optimal», il devient contre-productif de continuer à augmenter les taux d’imposition, car les gens cherchent à éviter de payer l’impôt. Selon les dernières données contenues dans le rapport des Statistiques fiscales de 2018 d’Afrique du Sud, une publication conjointe préparée par le Trésor national et le Sars (South African Revenue Service), le pays a une base d’imposition des revenus des personnes physiques faible. La publication révèle que seulement 20 millions de personnes sont assujettis à l’impôt sur le revenu des particuliers, principale source des recettes fiscales du gouvernement.

Une fiscalité lourde sur le dos d’un petit nombre d’individus

Sur les 6,4 millions de personnes susceptibles de soumettre des déclarations d’impôts, le Sars en a recensé 4,9 millions. Si nous décomposons ces chiffres, nous constatons qu’il y a environ 4,3 millions de personnes ayant un revenu imposable supérieur à 70 000 rands par an. Ces personnes payent 99,9% de l’impôt total sur le revenu des particuliers. Cependant, si nous ventilons davantage les données, nous constatons que 1,3 million de personnes ont un revenu imposable supérieur à 350 000 rands par an. Ces personnes représentent 61% du total de l’impôt sur le revenu des particuliers. Il devrait être clair qu’un nombre extrêmement réduit d’individus porte presque tout le poids de l’État sud-africain sur leurs épaules épuisées.

Eviter de faire fuir les forces productives !

Ainsi, le meilleur moyen d’atteindre des objectifs économique et politique n’est pas toujours ce que l’on croit. Augmenter les impôts payés par le petit groupe d’individus au sommet de l’échelle des revenus peut sembler une proposition juste, mais il y a de nombreuses conséquences inattendues. Principalement, les personnes à revenu élevé sont mobiles et peuvent choisir de vivre dans un environnement fiscal plus favorable. Même si elles ne fuient pas, un taux d’imposition plus élevé réduira leur incitation à créer une nouvelle entreprise et à investir dans le capital humain, et pourrait même les amener à émigrer financièrement.

Des taux de croissance économique plus élevés sont un moyen plus sûr d’élargir la base d’imposition nationale. L’histoire a montré que les économies qui permettent aux citoyens, aussi bien entrepreneurs que travailleurs, de disposer de plus de liberté pour utiliser au mieux leurs compétences et gagner une récompense digne de ce nom tendent à croître plus rapidement et à prospérer. Le meilleur moyen de stimuler la croissance est de permettre aux gens de travailler, d’épargner et d’investir. Malheureusement, si l’on reste sur le cas de l’Afrique du Sud, les politiques du travail découragent l’embauche de travailleurs peu et faiblement qualifiés. Des taux d’imposition marginaux élevés et d’autres taxes pernicieuses découragent l’épargne et l’investissement. Lorsque nous combinons toutes les taxes, beaucoup de gens paient plus de 50% de leurs gains annuels. En règle générale, ce sont ces personnes qui financeraient de nouveaux investissements dans l’économie, ce qui créerait de nouveaux emplois essentiels et plus que jamais nécessaires.

Taxer les individus et les entreprises productifs pour redistribuer la richesse réduit les incitations à produire des biens et des services et retarde la croissance. L’histoire a montré que c’est la croissance économique qui permet de réduire la pauvreté et d’accroître les possibilités offertes aux chômeurs, et non la simple redistribution de la richesse.

Jasson Urbach, analyste pour The Free Market Foundation.

Article publié en collaboration avec Libre Afrique

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