Pardonner et non oublier les horreurs quand l’histoire se conjugue au présent

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© Dr Kockobhsu, Economiste et Ingénieur: Pardonner et non oublier les horreurs quand l'histoire de conjugue au présent

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PARDONNER ET NON OUBLIER LES HORREURS QUAND L’HISTOIRE SE CONJUGUE AU PRÉSENT

La Côte d’Ivoire n’est ni un pays de paix ni un pays en paix. C’est un pays où à l’évidence la paix balbutie du bout des lèvres de mercenaires du fait de fondations fragiles de ce pays.
Cependant, le pays a instauré et vient de fêter « La journée de la paix » le 15 novembre.

C’est bien, serait-on tenté de dire, car s’il n’y a pas de paix dans un environnement social, l’inquiétude des habitants y est permanente. Et quand la grande majorité de personnes est habitée de façon permanente par l’inquiétude, ce n’est ni bon pour la santé de toutes les personnes ni bon pour la santé de l’économie.

On entend souvent dire : La Côte d’Ivoire est un pays de paix. On se demande de quelle paix, il s’agit. Ou alors de quelle Côte d’Ivoire, il s’agit.
Le mot paix appliqué à la Côte d’Ivoire est galvaudé. Il ne recouvre rien de substantiel en phase avec la réalité quotidienne des personnes. Il relève tout bonnement d’un usage folklorique. C’est un peu à l’image de l’usage que l’on fait du concept de « Lumières » pour parler de certains pays. Dans ces pays, l’on oublie qu’il y a longtemps, voire très longtemps, que les lumières y sont complètement éteintes. Et qu’on y nage, immergé dans le noir.

Même si dans certaines de nos contrées, il y a un proverbe qui dit qu’on ne montre pas son village avec la main gauche, il ne faut quand même pas pousser mémé dans les orties.
La réalité de la Côte d’Ivoire et en Côte d’Ivoire est très simple. C’est un pays vit depuis des années dans la terreur. Une terreur marquée par les vols à mains armées. Ces vols violents sont perpétrés par des personnes venant pour la plupart de pays voisins. Le dire n’est pas faire acte de xénophobie. C’est exprimer clairement la réalité sur un état de fait. La Côte d’Ivoire vit au rythme de brigandages, d’assassinats sommaires et d’arrestations arbitraires.

Cette terreur a pris de plus en plus d’ampleur ces dernières années avec l’instauration d’un climat de nombreuses injustices dans les recrutements dans l’administration, les nominations dans les entreprises publiques nationales et l’instauration d’une ségrégation ethnique décomplexée suite à la guerre qui a eu lieu.
Or, chacun sait que la Paix a pour fondement la Justice.
S’il n’y a pas de justice, il n’y a pas de paix.
Et il n’y a rien de révolutionnaire en cela. Rien qu’une simple évidence. On n’a pas besoin d’être Che Guevara pour comprendre cela.
Un pays où règne l’injustice ne peut jamais connaître la paix. Et de fait ce pays ne peut mériter d’être qualifié de pays de paix. La Côte d’Ivoire n’est donc pas simplement un pays de pays. Ce n’est même pas un pays en paix. C’est un pays violent, inquiétant.

C’est triste. Certains ivoiriens auront beaucoup de mal à l’entendre. Encore moins à l’accepter. Mais malheureusement, c’est bien cela la réalité !
Il faut donc arrêter de se voiler la face au risque d’en devenir aveugle.

De fait, ce qui doit faire sens si tant est que l’objectif ultime est d’instaurer un climat de paix dans ce pays, c’est d’instaurer avant tout une Journée de Justice. Pour cela, il faut commencer par libérer tous les prisonniers politiques et organiser des assises qui permettent aux citoyens de s’exprimer sur la manière dont le pays est actuellement mené.
Nous disons cela parce qu’il faut bien dire les choses. Il faut surtout se dire les choses pour avoir de la lisibilité et de la visibilité sur les objectifs. Malheureusement, le climat de terreur qui prévaut actuellement a contraint une grande partie de la population à la passivité et au mutisme C’est le règne du « zieux voient, bouchent parlent pas ». Cela a conduit certains responsables politiques dans des fonctionnements et des formes d’expression des plus douteux.

Le positionnement politique de nombreux ivoiriens aujourd’hui est plus dicté par la peur que par le respect ou la confiance en une quelconque action de l’Etat. La moindre expression est vite perçue comme acte de défiance et vaut aussitôt à son auteur poursuites et emprisonnement. Un ministre, ancien candidat à des élections s’est rendu tout récemment dans l’ouest du pays, précisément en pays guéré, épicentre des tragédies. Assistant à une messe dans une église, il ne s’est même pas gêné à appeler la population à oublier les crises. Pour une fois que la messe n’était pas basse comme leurs messes habituelles mais haute. C’est tout simplement scandaleux. Comment peut-on rechercher à apaiser en demandant aux gens meurtris d’oublier leurs souffrances, d’oublier les horreurs qu’ils ont vécu et qui les traversent dans leur chair chaque jour.

Il faut oublier les crises. Mon Dieu !
Comme quoi les turpitudes finissent par péter à la gueule de leurs auteurs.
Puisse le Seigneur leur pardonner leurs offenses.

Que l’on puisse demander aux gens de pardonner, cela peut se comprendre. Et cela peut au besoin être entendu par celles ou ceux qui souffrent. Mais, qu’on ne leur demande d’oublier.
L’histoire d’un pays est l’histoire de ses habitants. Elle s’écrit donc avec les habitants. Et cette histoire est faite des souvenirs, bons comme mauvais, à entretenir pour mieux appréhender l’avenir. On ne peut donc demander aux gens d’oublier leur histoire, aussi atroce qu’elle soit. Surtout quand cette histoire s’écrit toujours au présent.
Un présent certes imparfait mais un présent des plus indicatifs de l’état de notre société. L’histoire présente de la Côte d’Ivoire est encore inscrite dans les corps mutilés et dans les cœurs meurtris. Elle vagit toujours dans les âmes torturées.

Il faut vraiment que les personnes en responsabilité dans ce pays fassent preuve d’un peu de sagesse, d’un peu de respect, d’un peu de tenue et de retenue quand elles s’adressent aux populations. Le respect que l’on reçoit ne pouvant être que la contrepartie du respect que l’on donne.

Il est temps en Côte d’Ivoire de penser à l’instauration d’une journée de la justice qui fatalement aboutirait l’instauration d’un climat de paix si tant est que l’objectif est d’en faire un pays de paix et de paix véritable. Car la Côte d’Ivoire n’est pas un pays de paix encore moins un pays en paix.

© Dr Kockobhsu, Economiste et Ingénieur

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