Enrôlement CNI: Message du président Gbagbo aux ivoiriens depuis Bruxelles

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Enrôlement CNI, Présidentielle 2020 : Depuis Bruxelles, le Président Gbagbo délivre un important message aux ivoiriens (Porte-parole)

Koné Katinan, Porte-parole du Président Laurent Gbagbo, présente dans cette interview, le message de son mandant, demandant aux Ivoiriens de se faire massivement enrôler, pour l’obtention de la Carte nationale d’identité, pour la prochaine présidentielle.

1 – DEPUIS UN BON MOMENT, VOTRE PARTI EXHORTE SES MILITANTS ET LES IVOIRIENS À ALLER SE FAIRE ENRÔLER EN VUE D’OBTENIR LEUR CARTE NATIONALE D’IDENTITÉ…

Koné Katinan Justin : Oui. En effet le Président du parti, son Excellence le Président Laurent GBAGBO a instruit la direction du Parti de mobiliser les militants, les sympathisants et l’ensemble de la population ivoirienne à se faire enrôler massivement en vue d’obtenir la CNI et à s’inscrire massivement sur la liste électorale dès que la procédure sera lancée à ce niveau. C’est un appel pressant qu’il lance ainsi au peuple entier de Côte d’Ivoire et au gouvernement.

Ce dernier à faciliter la réalisation, en amont, de toutes les opérations pré-électorales qui garantissent, en aval, une élection démocratique et paisible. C’est un appel solennel du Président que j’exprime ici, en tant que son porte-parole. C’est la première fois qu’il fait un tel appel solennel portant sur une question électorale depuis 2011.

2 – BEAUCOUP SONT SURPRIS DE VOTRE APPEL…

KKJ : Pourquoi seraient-ils surpris ? Je rappelle que l’une des résolutions fortes du congrès de Moossou est la participation effective du parti à toutes les élections à venir. Evidemment d’autres instances du parti viendront clarifier les modalités de cette participation conformément à nos textes fondamentaux. Dans tous les cas de figure, quelles que soient les modalités qui en seront arrêtées, il faudra bien que les nombreux militants et sympathisants du parti soient effectivement des électeurs.

3 – ET POURTANT VOUS AVEZ FAIT DE LA GRATUITÉ DE CETTE CARTE VOTRE CHEVAL DE BATAILLE ?

KKJ : Absolument. Mais l’appel du Président Laurent GBAGBO en direction des ivoiriens pour l’enrôlement sur la liste électorale n’exclut pas la poursuite de la bataille pour la gratuité de la CNI. Nous convenons que 5000 FCFA, dans un état de paupérisation généralisée, est énorme pour les populations. Le gouvernement lui-même est d’accord avec ce constat. Sinon les cadres du RHDP n’allaient pas tirer profit de leur position dans l’appareil de l’Etat pour payer les frais d’établissement de la CNI pour ceux qu’ils considèrent comme des Ivoiriens privilégiés.

Donc exiger la gratuité de la CNI ou la prorogation des anciennes CNI sont tout à fait fondées puisque tout le monde s’accorde sur le fait que les coûts sont élevés pour les populations. Plus que tout le monde, le FPI est en droit de le demander puisqu’en 2009, en pleine situation de crise économique du fait de la rébellion, le Président Laurent Gbagbo avait néanmoins accordé la gratuité de la CNI aux Ivoiriens. Cette expérience, à elle seule, donne au FPI plus de crédit à sa demande de gratuité.

Or nous avons en face de nous un gouvernement incompétent et violent à faire partir de la tête de l’Etat par les urnes. Donc nous avons un choix à opérer entre les priorités. Il ne semble pas judicieux de consacrer l’exclusivité de notre énergie à la gratuité de la CNI qui, bien qu’importante, ne constitue pas la finalité de notre combat.

La finalité est de débarrasser le pays du régime incompétent qui le dirige et qui est la cause de tous nos malheurs depuis plus de 20 ans. Donc, pour nous, c’est cela la priorité parce que c’est cela la finalité. Donc ce que le Président Laurent GBAGBO demande c’est d’accepter de faire le sacrifice qu’il faut pour arriver à cette finalité. Or ce sacrifice passe par l’établissement de la CNI et l’inscription sur la liste électorale.

4 – EST-CE PARCE QUE LE GOUVERNEMENT VIENT D’INITIER « OPÉRATION SPÉCIALE DE DÉLIVRANCE DE PIÈCES ADMINISTRATIVES ». CETTE OPÉRATION QUI REGROUPE À LA FOIS LES DEMANDES DE RÉTABLISSEMENT D’IDENTITÉ, DE DÉCLARATION OU DE TRANSCRIPTION D’ACTE DE NAISSANCE, DE CERTIFICAT DE NATIONALITÉ…

KKJ : Le fait même que le gouvernement soit arrivé à cet aménagement est déjà une première victoire pour l’opposition. Au début il semblait hermétiquement fermé à tout aménagement de ce type. Le nombre de centres d’enrôlement pour les nouvelles CNI est passé de 118 à 2000 sous la poussée de l’opposition. Donc nous prenons ça déjà comme acquis et nous avançons dans la lutte.

5 – CETTE DÉCISION N’EST-ELLE PAS UN RENONCEMENT À VOS REVENDICATIONS…

KKJ : Pas du tout. Comme je le dis, il faut dans chaque lutte hiérarchiser les priorités. Il faut éviter de tomber dans le piège de la mauvaise appréciation des priorités. Je rappelle que la Côte d’Ivoire expérimente toutes les formes de dérives sociales et politiques de la part d’un régime impitoyable. Faire partir ce régime constitue la priorité principale. Mais cela n’exclut pas que nous gardions un œil sur les priorités intermédiaires qui supportent la principale. Donc nos revendications pour des élections justes et transparentes restent toujours d’actualité et nous continuons de les exprimer et de nous battre pour leur réalisation.

La principale revendication, pour des élections justes et paisibles reste la réforme de la CEI dans le sens de la décision de la Cour Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples. Nous n’entendons pas céder sur cette question. L’inscription sur la liste électorale ne signifie pas que nous irons absolument, dans n’importe quelles conditions, aux élections avec une telle CEI qui peut nous conduire à un autre conflit meurtrier. Au moment opportun nous aviserons. Pour le moment, sauvegardons notre droit d’électeur.

6 – QU’ALLEZ-VOUS DIRE À VOS MILITANTS ET AUX IVOIRIENS QUI NE COMPRENNENT PAS VOTRE DÉCISION ?

KKJ : Il ne faut pas sous-estimer la capacité d’analyse et de compréhension des enjeux politiques du peuple ivoirien. Après pratiquement 10 années de souffrance, ce peuple n’attend qu’une seule chose, retrouver la joie de vivre après le départ du régime actuel. Je pense même que sur ce point le peuple est largement en avance sur les dirigeants politiques. Il sait surtout que le Président Laurent Gbagbo, malgré l’adversité, n’a jamais trahi les Ivoiriens.

Donc quand il prend une décision il faut lui faire confiance. De ce point de vue je n’ai aucun doute que les Ivoiriens vont comprendre parfaitement notre décision qui, je le répète, n’exclut pas la poursuite du combat pour l’amélioration de la transparence du processus électoral.

7 – OÙ VONT-ILS SORTIR LES 5000 FCFA POUR LA CNI. ALORS QU’ILS N’ARRIVENT PAS À JOINDRE LES DEUX BOUTS…

KKJ : Vous avez certainement raison de relever les difficultés que les populations ont à mobiliser 5000 FCFA compte tenu de l’ampleur de la paupérisation. Mais l’enjeu est tel que nous devons accepter ce sacrifice. Il convient de rappeler à nos concitoyens qu’il s’agit de mettre fin au traumatisme du peuple ivoirien causé par les mêmes personnes depuis 1999. Dans l’opposition, elles ont empêché par tous les moyens l’Etat de fonctionner correctement. Au pouvoir, elles ont accentué la destruction de tous les fondements du contrat social en Côte d’Ivoire.

Avec eux, dans l’opposition comme au pouvoir, le pays vit toujours en situation d’exception, en état d’urgence politique permanent. L’enjeu des élections à venir est de mettre fin à cet état d’exception. Cela seul suffit pour justifier un sursaut national. Les mesures dilatoires ne doivent pas nous empêcher d’arriver au bout de notre objectif. Le Président Laurent GBAGBO en appelle donc à ce sursaut national en nous enrôlant au maximum sur la liste électorale. Le bulletin de vote est la seule arme dont nous disposons pour sauver notre pays. C’est l’unique arme que le Président Laurent GBAGBO nous a appris à manier pour arriver à nos fins politiques.

Les soupirs douloureux des Ivoiriens doivent prendre fin Cette année. En plus de la responsabilité individuelle à laquelle nous invite le Président Laurent GBAGBO, il fait appel aussi à notre responsabilité collective et solidaire. Que celui ou celle qui peut aider une ou plusieurs autres personnes à s’acquitter des frais de confection de la CNI, puisse le faire. Cela fait partie du sacrifice pour la cause nationale. Le Président Laurent GBAGBO souhaite que le taux de participation à cette élection atteigne au moins celui du premier tour de 2010.

8 – AVEZ-VOUS BIEN MESURE LES CONSÉQUENCES D’UNE TELLE DÉCISION ?

KKJ : La seule conséquence la plus dangereuse serait de laisser libre champ au régime actuel dans ses manœuvres dilatoires en vue de se perpétuer à la tête du pays.

9 – N’AVEZ-VOUS PAS PEUR D’ÊTRE DÉSAVOUÉ ?

KKJ : Au contraire. Vous verrez l’engouement que va susciter l’appel du Président Laurent GBAGBO. Depuis 2011 c’est pratiquement la première fois qu’il fait un tel appel. En plus il le fait dans l’intérêt de la Côte d’Ivoire. Cet appel est dans la logique de sa démarche pour la réconciliation et la paix dans laquelle il a toujours inscrit son action politique. Rappelons-nous de l’orientation qu’il avait donnée à la direction du parti dans ce sens et qui a été parfaitement menée par le Secrétaire Général du parti et qui a abouti à la signature de l’accord politique entre notre parti et le PDCI. Personne ne doit désavouer une démarche pacifique qui vise à rebâtir les fondements de la démocratie sérieusement malmenée dans notre pays ces dix dernières années.

10 – AVEZ-VOUS TENU COMPTE DE LA CRISE SANITAIRE LIÉE AU COVID-19 AVEC LES MESURES BARRIÈRES. PRECISEMENT CELLE DE LA DISTANCIATION SOCIALE ?

KKJ : C’est pour tout cela qui donne du relief à l’appel du Président Laurent GBAGBO qui vise, à terme, à mettre fin à la gouvernance anti-sociale et anti-démocratique qui prévaut actuellement en Côte d’Ivoire. La santé de la population relève de la responsabilité exclusive du gouvernement. Vous êtes informé de toutes les plaintes portées devant les tribunaux contre le Premier ministre français, Chef du gouvernement, par certains de ses concitoyens qui estiment qu’il a mal géré la crise du Covid-19 pour avoir, entre autre, laissé s’organiser le premier tour des élections municipales en pleine crise du covid-19.

Donc, un gouvernement soucieux du bien-être de ses citoyens devrait faire preuve de prudence et sursoir aux opérations pré-électorales qui exigent de grands mouvements de foule. Mais hélas, chez nous, la priorité absolue du gouvernement est de se maintenir au pouvoir par tous les moyens.

Tout en interdisant les rassemblements et en prescrivant des mesures préventives pour lutter contre la pandémie du covid-19, il encourage ses partisans à violer lesdites mesures en les incitant à aller s’enrôler. Je rappelle que dans les zones dont il croit contrôler l’électorat, des équipes mobiles d’enrôlement sont créées pour sillonner villages et campements, mines etc. pour enrôler les populations.

Ainsi, je pus vous affirmer que depuis le 12 Mai, une équipe mobile était sur le site de la mine de Tongon, au nord du pays, pour enrôler les ouvriers et tout le personnel de la société qui exploite cette mine. Nous nous en félicitons parce que tout ce qui peut être fait pour permettre aux populations d’avoir les documents requis pour participer aux élections est à encourager.
Cependant nous nous interrogeons pourquoi le gouvernement n’en fait pas autant pour toutes les sociétés à travers le pays ?

Ne nous imposons pas plus de devoir que nous n’avons. Si le gouvernement est le premier à violer les règles qu’il a éditées lui-même, juste pour se maintenir au pouvoir, pourquoi devons-nous nous interdire d’en faire autant nous qui voulons les faire partir du pouvoir. Le mal se guérit par la racine et non en s’attaquant uniquement aux symptômes. La négligence de la santé des Ivoiriens n’est qu’un symptôme de la gouvernance actuelle. Il nous faut y mettre fin dans les urnes.

11 – QUELLE EST LA POSITION DU PRÉSIDENT LAURENT GBAGBO ?

KKJ : Au risque de me répéter, je ne fais que jouer mon rôle de Porte-Parole. Je ne fais que transmettre ici le message du Président Laurent GBAGBO à l’ensemble des Ivoiriens.

12 – COMMENT VA-T-IL SE FAIRE ENRÔLER LUI QUI EST EN BELGIQUE

KKJ : Merci de vous inquiéter pour lui. Mais rassurez-vous, il va s’enrôler comme tous les autres en Côte d’Ivoire. C’est ma conviction personnelle et nous devons nous battre pour qu’elle se concrétise.

13 – ET LES MILLIERS D’IVOIRIENS QUI SONT ENCORE EXIL…

KKJ : Vous savez qu’un exilé ne peut participer à aucune élection. Il se situe dans une situation comparable à l’apatride. Donc l’enrôlement des exilés sur une liste électorale est tout simplement impossible. Il faut que les exilés rentent d’abord au pays. C’est quand ils retrouveront la plénitude de leur citoyenneté qu’ils pourront prétendre participer à des élections.

L’appel du Président Laurent GBAGBO s’adresse aussi au gouvernement qui doit créer les conditions de retour de ces dizaines de milliers d’électeurs potentiels privés de leur droit régalien. Cela fait partie du devoir de tout gouvernement. L’appel s’adresse évidemment aussi au parti que la Président Laurent GBAGBO dirige.

La majorité des exilés sont des électeurs pro-GBAGBO. Donc notre parti doit se battre pour que ces exilés puissent rentrer au pays en vue de participer aux élections à venir. Il faut envisager toutes les solutions de droit possible pour contraindre le gouvernement à créer les conditions du retour de ces exilés. Pour le Président Laurent GBAGBO, aucun ivoirien ne doit être exclu du processus électoral. Le droit de vote est un droit sacré de chaque homme. Il est reconnu comme tel par la Déclaration française de 1789 ainsi que la Déclaration universelle des droits de l’Homme de 1948.

Ce droit ne droit être arraché à personne pour des motifs politiques. Le Président Laurent GBAGBO continue de payer de sa liberté son combat pour la garantie du droit de vote pour ses concitoyens. Lui et le parti qu’il a fondé ont subi et continuent de subir toute les formes de brimades pour leur quête de démocratie et de liberté pour les Ivoiriens et les Africains. Le droit de vote reste donc non négociable pour lui. C’est ainsi qu’il faut comprendre son appel.

(Interview RÉALISÉE par Yacouba Gbané)

Le Temps

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