Dernier album de MHD “Mansaa” après une incarcération suite à une enquête judiciaire

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Mansa, le dernier album de MHD n’élude pas la question. Il y évoque l’incarcération, la prison et le retour sous les feux des projecteurs. Deux ans et demi après 19, le “petit prince” de l’afrotrap semble pourtant toujours hésiter entre carrière ou retraite précoce.

Pour tout vous dire, personne me connaît, pour tout vous dire, j’aime pas trop parler”. Un extrait de Petit Cœur et une intro originale pour un album dont la sortie est attendue depuis près de trois ans. En effet, c’est en septembre 2018 que Mohamed Sylla (son vrai nom) sort son second album, 19, vite accompagné d’une volonté de mettre un terme à sa carrière. “Plus envie de rien, plus envie de cette musique, je pense bien arrêter après cet album, cette vie n’est pas la mienne. Rien de stratégique, pas là pour un coup marketing, je parle avec le cœur, personne ne peut savoir la face cachée du succès (…) Mettre un terme à tout peut me faire le plus grand bien”, déclarait l’artiste au magazine Rap R&B en septembre 2018, soit moins de trois mois après la rixe entre bandes rivales qui conduisit à la mort d’un jeune homme et à l’incarcération de MHD, qui clame son innocence, en janvier 2019.

L’incarcération, un thème bien présent sur Mansa

Un coup d’arrêt douloureux pour ce rappeur français qui fut le premier à faire le festival américain Coachella, comme il le rappelle avec une légitime fierté dans ce troisième album et remplit les 50 000 places du stade de Nongo à Conakry en mars 2017. Placé en détention provisoire, MHD est emprisonné à la prison parisienne de la Santé. Pendant son incarcération, sur laquelle il revient à plusieurs reprises dans Mansa, le film où il tient le premier rôle, Mon frère, réalisé par Julien Abraham, sort en juillet 2019 et tombe vite dans l’oubli, parasité par ce triste fait divers. Libéré après 18 mois d’incarcération, MHD est donc de retour. Si sa promotion est faite sans sa présence médiatique, vraisemblablement pour ne pas avoir à subir des interviews revenant sur cette tragique affaire non encore jugée (“Je fais pas d’interviews, c’est MPC qui gère la promo”, affirme-t-il dans Fiesta), l’album est bien là.

Mansa, c’est donc le retour du “petit prince qui baise tout”, comme il le lance sur le single Afro Trap Part. 11 (King Kong), produit par S2Keyz et accompagné d’un impressionnant vidéoclip. Quinze morceaux où on retrouve les fondamentaux de MHD, des textes qui flirtent avec l’égo trip basique et d’autres qui jouent sur la corde sensible, comme ce Wonder Mama qui célèbre les mères courage, thème de prédilection du rap français. Les séquelles de l’incarcération sont présentes sur plusieurs titres, avec une certaine amertume palpable sur Elle (“J’ai brillé trop vite, maintenant ils veulent me nuire”), où il rassure sa mère et affirme que “malgré souci, (il) garde le sourire, on verra bien la suite “. MHD enfonce le clou sur Tudo Bem avec la formule “La taule, c’est comme la tise, c’est comme la clope, ça nuit à la santé” et entame son autocritique sur Tout gâcher (“Je devais remplir mon Bercy, pardon maman, j’ai tout gâché”).

MHD, “c’est jamais fini”

Là où 19 proposait quelques featurings de prestige, comme Orelsan, Dadju, Wizkid et Salif Keita, Mansa mise sur des valeurs montantes. Trois invités sont convoqués : Tiakola du groupe 4Keus, surnommé “Tiako La Mélo” pour son goût des mélodies chantonnées, sur Pololo, Niara Marley, le rappeur nigérian à la voix traînante qui a été propulsé par son single Soapy sur Fiesta et Adekunle Gold, lui aussi nigérian, qui avait émergé en 2015 avec Sade, adaptation highlife d’un hit du groupe pop One Direction, sur Wonder Mama.

FNR renoue avec ce beat aux couleurs afro qui a fait le succès de MHD, dont le tempo mécanique est humanisé par des percussions dynamiques. Ce tempo plus afro que trap se retrouve sur plusieurs chansons, et comme sur le récent album d’Aya Nakamura, on regrettera que les rythmiques ne soient pas plus humaines et moins similaires d’un titre à l’autre.

Avant de conclure, MHD revient encore une fois sur son abandon du rap game le temps d’un long morceau, avec un clin d’œil codé au groupe dissous de Booba et Ali, Lunatic : “Je m’amuse quelques années, après tu ne me verras plus. Je suis lunatique et ma conscience me dit “il faut que j’arrête”. Sur cet ultime titre (9 Min), MHD revient sur son incarcération, avec un flow et des thèmes qui évoquent parfois La lettre, mythique morceau de Lunatic, inclus sur leur unique album Mauvais œil (Rappelons d’ailleurs que le titre Kabila, titre de Booba featuring MHD et le Brésilien MC Joao, aurait dû apparaître sur l’album Trône). Puzzle de mots et de pensées comme dirait B20, ce titre fleuve parle de la prison de la Santé, de TPMP, de respect, d’envie de cash, de trahisons intimes, de la nostalgie des années de galère solidaire, de son ex, des “putaclicks”, des jaloux et de l’identité. Le piano et les cordes supplantent un temps l’afrobeat métronomique, entrouvrant la porte d’un futur musical différent, loin du formatage. Le succès de la onzième partie de la saga afrotrap (25 millions de vues en moins de deux mois) confirme que le public n’a pas oublié MHD, qui, à 26 ans, est à la croisée des chemins, entre l’Afrique et la France, entre une carrière et la retraite précoce. Un indice pour les fans se trouve dans l’intro du morceau Illimité : “Eh gros, la vie d’ta mère, c’est jamais fini”.

Olivier Cachin

RFI

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