Côte d’Ivoire / Le panier de la Ménagère : La surenchère des commerçants sur les marchés

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District d’Abidjan : La surenchère des commerçants sur les marchés

A quelques jours de la fête de la tabaski, les prix des différentes denrées alimentaires continuent de grimper sur les différents marchés.
« Monsieur, il y a de la tomate, tonton, il y a de la carotte », interpelle une adolescente de 15 ans, le pagne noué à la hanche avec une chemisette de couleur rouge sans oublier l’air serein qu’elle affichait. C’était le vendredi 16 juillet 2021, au marché Gouro d’Adjamé.

Interpellé par la jeune fille, je lui demande le prix des sachets de carottes. « A combien sont les sachets de carottes ? » Elle répond en ces termes : « Le sachet de carottes que vous voyez, coûte 1500 FCfa », dit-elle.

Dans un souci de vérifier la fluctuation des prix, elle est interrogée sur les prix appliqués la semaine dernière. La jeune fille nommée Bintou m’informe que la semaine précédente, le sachet de carottes se négociait à 1200 FCfa. Plus loin, nous rencontrons Traoré Kady, la vingtaine révolue. La jeune vendeuse me propose le sachet de carottes à 1200 FCfa.

Selon Traoré Kady, le sachet de tomate se vendait entre 800 et 900 FCfa, il y a quelques jours. « Je pense qu’avec la pluie de ces mois, on pourrait avoir beaucoup plus de tomate sur le marché », prédit-elle. Quant à Fatoumata Sylla, elle écoule ses tomates à 900 FCfa le kilogramme.

Plus loin, Céline K. vend des aubergines violettes. Elle fait le kilogramme à 400 FCfa. « Il y a une baisse importante de 100 FCfa par rapport à la semaine dernière », précise-t-elle.

A l’intérieur du marché, sur des étals, l’on aperçoit du chou. « Le prix du kilogramme n’a pas changé pendant des mois », dit Kady T. Le prix du kilogramme se négocie toujours à 300 FCfa. Le poivron se vend actuellement à 1000 FCfa le kilogramme.

Pour ce qui est de l’oignon, le prix de l’oignon violet de type Galmi, prisé par les cuisiniers, est vendu à 500 FCfa. Quant à l’oignon blanc, doux et croquant, utilisé pour les assaisonnements et les crudités, il est vendu à 400 FCfa le kilogramme.

Mlle Sylvie, vendeuse de piment au marché Gouro, nous renseigne sur la variation des prix concernant le piment et l’aubergine. « Le sac de 50 kilogrammes d’aubergine est en ce moment vendu à 6000 FCfa. Quant au piment, je l’ai acheté, le lundi 12 juillet à 28.000 FCfa. Il y a une légère baisse de 1000 FCfa au niveau du sac de piment. Je pense que dans les prochains jours, les prix du piment et de l’aubergine vont diminuer », se rassure-t-elle.

Le prix du haricot vert, en ce moment au marché Gouro, est à 1000 FCfa. La banane, un produit saisonnier, reste toujours cher. Deux régimes de bananes vendus à 2000 FCfa. L’on peut également avoir le tas de cinq bananes mûres à 500 FCfa pour faire des frites d’alloco. Le kilogramme de l’igname « kponan » est rétrocédé à 1000 FCfa. « Dès le mois prochain, ce prix va baisser. Ce n’est pas encore la période de l’igname », indique Yao Kouakou, vendeur d’ignames au marché Gouro d’Adjamé.

Dans un communiqué publié en mai, le gouvernement a plafonné le prix de la viande de bœuf au kilogramme, à la suite d’une flambée des prix dans le District d’Abidjan, en concertation avec les acteurs de la filière.

Le kilogramme de la viande de bœuf avec os, lui, est cédé à l’abattoir à 2500 FCfa contre 2600 FCfa, prix maximum, notamment chez les bouchers et les détaillants. Quant à la viande de bœuf sans os, le prix revient à 2300 FCfa le kilogramme chez les chevillards (grossistes) à l’abattoir et 2700 FCfa le kilogramme chez les bouchers (détaillants) contre 2800 FCfa chez les bouchers dans le District d’Abidjan.

Au marché Gouro d’Adjamé, la réalité est toute autre chose. Le prix du kilogramme de viande avec os n’est pas respecté. Le prix du kilogramme est de 2700 FCfa. Quant au prix de la viande sans os, il est vendu à 3200 FCfa.

Au Forum des marchés d’Adjamé, le prix de la viande sans os se négocie à 3500 FCfa. En revanche, celui de la viande avec os se négocie à 2800 FCfa.

Notons que les prix des denrées alimentaires varient en fonction des vendeurs et vendeuses.

Mme Yao J., commerciale dans une entreprise de téléphonie mobile, rencontrée dans le marché, a dénoncé la flambée des prix des denrées alimentaires. Elle a invité le gouvernement à prendre des mesures idoines pour plafonner les prix desdites denrées. Surtout de faire respecter les prix sur les différents marchés.

Pour sa part, le directeur général de la Fédération nationale des acteurs du commerce de Côte d’Ivoire (Fenacci), Karim Sanogo, il invite le gouvernement à faire respecter les prix des produits de première nécessité dans les marchés. « Le commerçant est un acteur du processus qui fait du profit. Mais, en respectant les règles en vigueur », a-t-il indiqué.

Au Conseil des ministres du mercredi 7 juillet 2021, le Premier ministre a, au cours des différentes rencontres, réaffirmé l’engagement du gouvernement à protéger le pouvoir d’achat des consommateurs, d’une part et, d’autre part à préserver l’outil de production et à renforcer les relations entre l’Etat et le secteur privé qui est le levier de la croissance. Il a également indiqué que les hausses de prix issues de pratiques spéculatives ne sauraient être tolérées par le gouvernement.

Patrick N’Guessan

Soumahoro Mansa Ben N’Fally (président de la Cnoc-Ci) : « Je suis un consommateur malheureux »

Le président de la Coalition nationale des organisations de consommateurs de Côte d’Ivoire (Cnoc-Ci), Soumahoro Mansa Ben N’fally, se prononce sur la flambée généralisée des prix des denrées alimentaires.

A quelques jours de la fête de la Tabaski, nous assistons toujours à une augmentation généralisée des prix des denrées alimentaires. Quelle est votre réaction ?

Je suis un consommateur malheureux. Je plains nos pauvres femmes. Quand elles rentrent dans les marchés, elles ne savent pas quoi acheter pour cuisiner une bonne sauce à leurs époux. Nous vivons une flambée généralisée des prix. Ce n’est pas un seul secteur qui est touché. Tous les secteurs de l’économie sont impactés par la cherté des produits de première nécessité. En ma qualité de président des consommateurs, nous avons conçu un document où nous avons consigné toutes les raisons de cette flambée des prix. Nous avons fait également des propositions au gouvernement. Tous les produits saisonniers sont hors de portée des consommateurs. Le prix de la tomate est actuellement hors de portée. Pour ma part, quelles que soient les circonstances, je demande toujours à mettre les denrées alimentaires à la portée des consommateurs. Il faut dire que c’est un véritable malheur qui s’abat sur nous. Il y a moins d’offres et plus de demandes. Du coup, les spéculations entrent en jeu. Nous assistons à une inflation. A notre demande, le gouvernement a réactivé le Conseil national contre la vie chère pour que nous puissions étudier ensemble tous les secteurs impactés. C’est un processus qui est lent. Mais, il ne faut rien faire dans la précipitation. Nous sommes dans une économie libérale.

Est-ce que vous avez commencé à travailler avec le Conseil national de lutte contre la vie chère (Cnlvc) ?

La secrétaire exécutive du Cnlvc, Dr Rani Bah Koné, est en ce moment en mission à l’intérieur du pays. A notre niveau, il faut faire des constats pour recueillir les avis sur les différents marchés. Tous les deux jours, je fais le tour des marchés. Je suis un homme malheureux. J’ai constaté pendant mes tournées, un phénomène ahurissant. Pour augmenter les prix de certaines denrées alimentaires, des commerçants créent une pénurie artificielle. Quelques jours après, les produits reviennent dans les rayons, là, l’on constate qu’un nouveau prix est affiché. Concernant la viande, les pays exportateurs, à savoir le Burkina Faso, le Mali et le Niger sont en crise. Ils sont l’objet d’attaques de djihadistes. Il y a une insécurité qui règne dans les zones productrices de filière bétail-viande. Selon mes sources, nous avons besoin de 645 bœufs à Abidjan pour alimenter les ménages. Aujourd’hui, c’est seulement 300 bêtes qui sont tués pour alimenter le marché. Donc, il y a un déficit énorme à combler.

Pensez-vous que le marché sera suffisamment approvisionné pendant la fête de la Tabaski en termes de bétail ?

Mon constat sur les différents marchés me pousse à vous répondre par l’affirmatif. Pour le moment, le marché est fourni en bétail. Je suis rassuré pour l’approvisionnement des marchés en mouton. Nous travaillons avec notre ministre du Commerce et de l’Industrie pour trouver des solutions le plus rapidement possible à cette situation désastreuse pour notre économie. A quelques jours de la fête de la Tabaski, j’invite les consommateurs à la solidarité et la vigilance. Le marché étant libre, je conseille aux consommateurs de se diriger vers le commerçant qui propose un prix plus abordable que son concurrent.

P. N’Guessan

fratmat.info

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