Coronavirus : pourquoi la Chine est-elle confrontée à une résurgence de cas ?

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Alors que de nombreux Etats n’ont pas encore franchi le pic de l’épidémie de coronavirus, d’autres pays tentent, eux, de contenir une nouvelle vague. Parmi eux, la Chine, foyer de la pandémie, qui semblait pourtant être parvenue à endiguer la propagation du virus. Depuis le début du mois d’avril, les autorités chinoises enregistrent une hausse des nouvelles contaminations. Elles ont ainsi recensé 108 nouveaux cas en 24 heures, lundi 13 avril. Le pays n’avait plus comptabilisé autant de nouvelles infections depuis le 5 mars, quand le bilan quotidien faisait état de 143 nouvelles contaminations.

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Depuis le début de l’épidémie, la Chine a enregistré plus de 82 000 cas de coronavirus et 3 341 décès. Après la mise en place de mesures de confinement strictes, la contagion paraissait pratiquement stoppée ces dernières semaines. Alors pourquoi le nombre de contaminations est-il à nouveau en augmentation ?

Des cas “importés” en hausse
Ils sont scrutés à la loupe par les autorités chinoises : les cas importés, c’est-à-dire les personnes contaminées arrivant de l’étranger sur le sol chinois. Parmi les 108 nouveaux cas rapportés lundi par la Commission nationale de la santé, 98 étaient importés.

La province du Heilongjiang, située dans le nord-est de la Chine, est particulièrement touchée par ces nouvelles contaminations. Lundi, 79 nouveaux cas importés y ont été comptabilisés. Tous concernaient des citoyens chinois rentrant de la Russie voisine. Depuis la décision russe de suspendre ses liaisons aériennes vers la Chine, le 14 février, le passage par la ville frontière de Suifenhe est devenu le seul moyen pour les ressortissants chinois présents en Russie de rejoindre leur pays, rapporte l’agence Reuters. Alors que Wuhan, berceau de l’épidémie, s’ouvrait de nouveau au monde, mercredi 8 avril, Suifenhe a, à l’inverse, imposé un confinement à ses 100 000 habitants. Une seule personne par foyer est désormais autorisée à sortir pour faire des courses tous les trois jours. Les autorités locales ont également transformé un bâtiment administratif en hôpital de campagne, capable d’accueillir 600 patients.

Pour se protéger de ces cas importés et endiguer tout risque de deuxième vague, la Chine a décidé, le 26 mars, de réduire drastiquement les vols internationaux et de fermer “provisoirement” ses frontières aux ressortissants étrangers. La frontière avec la Russie a ainsi été fermée aux voyageurs, la laissant toutefois ouverte pour le transport de marchandises. “Les contrôles ont été resserrés dans les villes frontières et les aéroports. Un dépistage et une mise en quarantaine qui peut aller de 14 à 28 jours [ont été mises en place]”, décrit Arnauld Miguet, correspondant de France Télévisions à Wuhan. La ville de Pékin a pris des mesures plus strictes que le reste du pays et impose une quarantaine de 14 jours à toute personne arrivant d’une autre province, qu’elle soit ou non porteuse du coronavirus.

Les cas asymptomatiques comptabilisés
Les cas asymptomatiques, ces personnes porteuses du virus mais ne présentant pas les symptômes du Covid-19 (toux, fièvre, difficultés respiratoires…), suscitent également l’inquiétude du pays. La Chine recense désormais, depuis le 1er avril, le nombre de patients asymptomatiques dépistés. Une donnée jusqu’ici absente des bilans officiels. A cette date, 130 nouveaux malades asymptomatiques avaient été dépistés sur les dernières 24 heures, s’ajoutant aux 36 nouveaux cas présentant des symptômes, enregistrés par la Commission de santé nationale chinoise (en chinois). Soit 78% des nouveaux malades. Se basant sur ce bulletin, un article (et non une étude scientifique) paru dans le British Medical Journal titrait ainsi : “Les chiffres de la Chine montrent que quatre cas de coronavirus sur cinq sont asymptomatiques”. Mais la prudence s’impose. Ce comptage sur une journée ne peut avoir valeur scientifique pour estimer de manière fiable la part des asymptomatiques parmi les malades du coronavirus. Le lendemain, le pourcentage de ces patients au sein des nouveaux cas chutait à 66%, comme l’explique le média suisse Heidi.news.

Toutefois ces comptages tendent à suggérer que les porteurs asymptomatiques peuvent jouer un rôle plus grand dans la transmission du virus que ce qui était jusque-là envisagé. “La crainte de ce rebond est bien réelle, avec les cas asymptomatiques sans fièvre, ni toux mais porteurs du Covid-19”, rapportait Arnauld Miguet, au début du mois. “Parmi la centaine de cas importés à Shanghai, nous voyons de plus en plus de patients asymptomatiques”, a mis en garde le professeur Zhang Wenhong, directeur de l’équipe d’experts Covid-19 à Shanghai, lors d’une réunion, le 28 mars.

A Wuhan, la mairie a replacé en confinement 70 quartiers résidentiels sur 7 000, après la découverte de porteurs asymptomatiques.

franceinfo avec AFP et Reuters

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