Candidature du Président Ouattara à un 1er mandat sous la 3è République/Nègreries et autres bédiéries: ça suffit !

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Candidature du Président Ouattara à un 1er mandat sous la 3è République/Nègreries et autres bédiéries: ça suffit !

A la question de savoir si oui ou non le Président Alassane Ouattara peut prétendre à un autre mandat présidentiel, beaucoup a été écrit. Des juristes éminents, des journalistes de tout poil, des politologues et même des citoyens ordinaires ont donné leurs points de vue. Souvent divergents, voire contradictoires. Je ne m’hasarderai donc pas à répondre à cette interrogation. Je me contenterai, c’est beaucoup plus simple, de relever et de commenter quelques nègreries et bédiéries qui, à mes yeux, sont inacceptables, inadmissibles, dégoûtantes. Car, rien, absolument rien ne peut justifier certains propos malveillants qui sont servis aux Ivoiriens à la faveur de la décision d’Alassane Ouattara de faire acte de candidature à la présidentielle d’octobre 2020.

vous mentez !Répondant à une question le samedi 8 août dernier au JDD sur une nouvelle interprétation que le Président Ouattara aurait faite sur la Constitution en vigueur, Guillaume Soro ci-devant, président de Gps, a fait cette terrible et infamante affirmation : «Il parle de «compteurs remis à zéro» et d’un cas de force majeure. Il n’y a pas d’interprétation possible. C’est une forfaiture. Il est clairement écrit qu’on ne peut se présenter une troisième fois. D’ailleurs, il n’a cessé de répéter au cours du mois de mars dernier – propos validés par ses juristes – qu’il n’était pas autorisé à faire un troisième mandat. C’est clairement une atteinte à l’indépendance de la Côte-d’Ivoire ».

Non, M. Soro, le Président Ouattara n’a jamais dit, à plus forte raison répété au mois de mars dernier qu’il n’était pas autorisé à faire un troisième mandat.

On peut à cet égard consulter toutes les archives sonores et écrites disponibles pour s’en convaincre. Il a, bien au contraire, toujours affirmé qu’au regard de la Constitution en vigueur, il avait le droit de se présenter au scrutin présidentiel d’octobre 2020. Il l’a d’ailleurs réaffirmé lors de son message à la nation , à la veille de la fête nationale, jeudi dernier, en des termes clairs et sans équivoque : « En ce qui me concerne, j’ai, comme vous le savez, fait part, le 5 mars dernier, à toute la Nation, devant le Parlement réuni en Congrès à Yamoussoukro, de ma volonté, bien que la nouvelle Constitution m’y autorise, de ne pas faire acte de candidature et de passer la main à une nouvelle génération. »

Où est la forfaiture ? Où est l’atteinte à l’indépendance de la Côte d’Ivoire M. Soro ?

Les ministres Cissé Bacongo et Sansan Kambilé ont-ils clos le débat ?Oui. On s’en souvient, le ministre Cissé Bacongo avait affirmé, en même temps que d’autres membres du Comité des experts, que selon lui, l’article 183 de la nouvelle Constitution constituait une preuve que le Président n’envisageait pas de se présenter à l’élection présidentielle de 2020. Mais, comme lui-même l’a écrit à maintes reprises, cette lecture dudit article « n’était, ni plus, ni moins qu’un avis susceptible d’avis contraires.» Et justement, plusieurs juristes et non des moindres lui ont apporté la contradiction, enrichissant le débat intellectuel si important en démocratie.

Concernant la position du ministre Sansan Kambilé, la forfaiture et la mauvaise foi des Béotiens ivoiriens et autres intellectuels du dimanche est encore plus manifeste. Car, devant les députés, il a juste fait une affirmation et pas une démonstration. Il avait tout simplement dit qu’il peut démontrer en quoi Alassane Ouattara ne peut pas être candidat à un troisième mandat.

Mais, cette démonstration il ne l’a pas faite. A l’analyse, on peut dire qu’il a, par pure tactique politique, fait cette déclaration pour se débarrasser des députés du Pdci-Rda, notamment les honorables Kramo et Jonwan Téké qui, avant qu’ils ne soient interpellés par le président de leur formation politique Henri Konan Bédié, voulaient que des mentions coercitives soient inscrites dans la nouvelle Constitution, relativement aux conditions d’éligibilité.

Aujourd’hui, artisan principal de tout l’arsenal juridique ivoirien de ces dernières années (code électoral, Constitution, réforme de la Cei, code pénal, code civil, etc, ) le ministre Sansan Kambilé est devenu l’homme à abattre. Et cela, d’autant plus que récemment devant les ambassadeurs accrédités en Côte d’Ivoire, le ministre de la Justice, Garde des sceaux a, avec panache et conviction, démonté toutes les fausses informations distillées par l’opposition sur l’arrêt rendu par la Cadhp relativement à la composition à la Cei.

En somme, les ministres Cissé Bacongo et Sansan Kambilé n’ont pas prêché quelque parole d’Évangile, du Saint Coran ou une vérité révélée qui ne saurait être combattue par des positions contraires argumentées et cohérentes. Même s’il est vrai que, pour les besoins de la cause, certains tentent de faire d’eux des constitutionnalistes infaillibles qui détiendraient la vérité absolue !

Ouattara est-il éligible ?Cette interrogation était récemment à la «Une » d’un quotidien proche du Pdci-Rda.

L’auteur de l’article, dans une confusion qui montrait bien qu’il n’avait pas bien assimilé les instructions qu’il avait reçues, s’est essayé à démontrer que le Président Ouattara ne pouvait pas être éligible ! Pourquoi ? Tout simplement parce qu’il n’aurait pas exclusivement la nationalité ivoirienne. Puisant dans le vomi qu’il avait mal ingurgité, dans une argumentation juridique puant le tribalisme et la haine de l’étranger, la notion d’ivoirité bien ancrée dans la tête, il a voulu réveiller les vieux démons qui ont divisé les Ivoiriens.

Malheureusement, certaines personnes, tributaires de la météo politique (et qui ont dû, bien malgré elles, faire le deuil de l’alternance 2020 voulue par Bédié, parmi lesquelles des musiciens tribalistes à souhait) ont elles aussi cherché à lui emboîter le pas. Heureusement sans succès. Les Ivoiriens, qui ne sont plus dupes, ne les ont pas suivis.

Le faux débat

sur l’article 55 ?Comme l’a si bien écrit le Professeur Soumarey Aly, la question juste et rationnelle relativement à l’article 55 de la Constitution est celle-ci : que dit exactement le texte ? « Il ne s’agit ni d’opinion, ni de réaction, encore moins de sentiment et de souhait, mais de faits, seulement de faits. »

Nulle part, dans la formulation et la terminologie employée pour écrire cet article, on ne voit un soupçon d’interdiction pour le Président de la République en fonction au moment de la rédaction de la nouvelle Loi fondamentale.

C’est le lieu de rappeler, par exemple, que la Constitution congolaise du 18 février 2006 qui dispose clairement en son article 220 que le mandat présidentiel de cinq ans, renouvelable une fois (tel que prévu par l’article 70), ne devrait jamais faire l’objet d’une quelconque modification. Et c’est sur cet obstacle constitutionnel que s’est buté, dix ans plus tard, le président sortant Joseph Kabila quand il a voulu rechercher un mandat supplémentaire au-delà de 2016, après ses deux premiers mandats.

Dès lors, on peut affirmer, avec le Professeur Soumarey, qu’en l’absence d’une telle disposition spéciale et expresse, le Président Ouattara a parfaitement raison de déclarer que la nouvelle Constitution l’autorise à se présenter à un nouveau mandat. Un nouveau mandat qui, s’il est élu, sera le premier de la troisième République.

A qui revient

le dernier mot ?Une position doctrinale n’est qu’une position doctrinale. Et la vérité, c’est que le débat sur l’éligibilité ou non d’un candidat est tranché, en dernier ressort, par le Conseil constitutionnel. C’est lui l’arbitre du jeu.

Et le moment venu, en application des textes en vigueur, sans influence aucune, il tranchera les réclamations et se prononcera sur la question de l’éligibilité des candidats au scrutin présidentiel d’octobre prochain.

Mais, par-dessus tout, le dernier mot revient au peuple. Et c’est mieux ainsi, car la politique doit être l’affaire du plus grand nombre et non celle de constitutionnalistes, de journalistes ou de dirigeants politiques.

Et Gracchus Babeuf a raison de dire que « si le peuple est souverain, il doit exercer lui-même tout le plus qu’il peut de souveraineté. »

Ainsi le 31 octobre prochain, c’est au peuple, et à lui seul qu’il reviendra de sanctionner ou non le candidat Ouattara. On se souvient qu’au Sénégal, le candidat Abdoulaye Wade qui sollicitait, légalement, un troisième mandat au vu de la Constitution de son pays, n’a pas obtenu les suffrages des Sénégalais. Opposants de tout poil, voici l’exemple à suivre. Une élection ne se gagne donc pas à la Cei ou au Conseil constitutionnel.Au total, les nègreries des uns et les bédiéries des autres doivent prendre fin. Personne n’a le monopole de l’amour du pays. Personne ne l’aime plus qu’un autre.

Amédée Assi
fratmat.info

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