Affaire Bouaké. Clap de fin. Où pas ! (Me Jean Balan)

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Me Jean Balan

[ Publié / Modifié il y a

J’ai promis à ce qui suivent depuis toujours ce dossier, mes amis ivoiriens et j’espère également mes amis français comme Dusquenne, Éric Cuza, Cathy Richard etc dont je prononce le nom pour que l’information circule le plus possible. Pour mes amis ivoiriens je sais qu’un prononçant un seul nom par hasard comme Michel Galyprof ou Excellence Zadi l’information circulera immédiatement.
Remarque préalable. Mes mots ne sont pas des paroles d’évangile. Ils traduisent néanmoins sentiment profond mélangé avec une conviction réelle acquise après 16 ans de combat souvent difficile et parfois désespérant dans cette affaire.
Une chose est certaine. J’étais l’avocat des victimes françaises du bombardement .
Leurs douleurs, leurs incompréhension, leurs colères envers ceux qui on agit et également envers ceux qui ont tout fait pour qu’on empêche la vérité soit connue fût mon moteur principal.
Mais j’ai jamais ignoré pour autant la douleur des ivoiriens qui ont eu leur part de tragédie et dont le destin fut certainement impacté par les événements de 2004.
Mais revenons au procès.
L’objet de mon intervention actuelle.
De prime abord je dois vous dire que le Président de la Cour d’assises special fût très bon.
La mission initiale de ce procès était de juger l’implication des pilotes dans le bombardement . Il aurait pu, vu l’absence des accusés terminé le procès dans une journée avec une condamnation par contumace.
Mais il a choisi l’option de refaire en grande partie l’instruction. Il a posé souvent les bonnes questions notamment aux ministres concernés. Mais surtout il a donné l’occasion aux parties civiles, qui avaient désespérément besoin, d’exprimer pour la première fois en public leurs colères.
Je tiens personnellement à le remercier.
Ensuite, et cela interessera notamment les historiens, la condamnation des pilotes innocente Gbagbo de toute implication dans ce bombardement.
Ça on le savait déjà, factuellement, dès le début n’empêche que maintenant c’est juridiquement acquis.
C’est simple. Si Gbagbo, en tant que Président avait donné l’ordre les pilotes auraient été acquittés comme ayant exécuté un ordre légitime.
Et quand je pense que certains pendant l’audience avaient encore soutenu cette possibilité, j’ai froid dans le dos notamment pour les parties civiles.
Il y a beaucoup de choses qui m’ont marquées à l’audience.
Mais déjà ce texte étant très long je me résume à quelques unes.
Lors de l’audience ont apparues comme des champignons sous la pluie, des hypothèses, relayées y compris par 2 avocats des parties civiles. Des noms de personnalités ivoiriennes, opposées de l’intérieur à Gbagbo, ont circulés.
Moi je veux bien. Néanmoins jamais pendant l’instruction ce genre d’hypothèses n’ont été soumises au juges d’instruction. Pour élargir les recherches.
Et bien quand même si la participation de cela est pas à exclure totalement cela ne change en rien le fait qu’on a tout fait, politiquement parlant, pour ne pas connaître les commanditaires.
Ces personnages auraient pu être interrogés.
Mais ils auraient dit quoi ?
C’est là toute la question.
Les hypothèses resteront toujours des hypothèses.
La réalité, la seule, est que le banc des accusés est resté vide jusqu’à la fin.
La réalité est qu’on a empêché volontairement toute possibilité de connaître la vérité.
Et cela l’audience l’a démontré sans ambiguïté.
Le procès a permis de fortifier cet état des choses illustré d’ailleurs par l’instruction et la demande très officielle de la juge d’instruction qui voulait traduire les ministres devant la CJR. Et qui n’a pas aboutie dans les conditions que j’explique en détail dans mon livre Crimes sans châtiment.
Petite parenthèse. À l’audience Dominique de Villepin en répondant à une de mes questions à dit que saisir la CJR c’est une bonne chose.
Et Raffarin, le premier ministre de l’époque à dit qu’il avait appris certaines choses en me lisant. J’ai trouvé ça amusant.
Mais revenons à l’audience.
Deux choses m’ont interpellé au moment des plaidoiries de deux avocats de parties civiles.
Ils peuvent avoir une analyse différente de la mienne du dossier, il y a aucun problème, mais je répète cela n’a jamais été fait pendant l’instruction.
Certes je peux me tromper, je suis pas infaillible, mais je crois pas beaucoup m’être égaré pendant les nombreuses étapes de l’instruction.
La parole des autres est bien évidemment libre et respectable mais j’ai pas compris pourquoi à cette moment de l’audience, quand c’était plus nécessaire ou important on sort ce genre d’arguments.
J’ai compris rétrospectivement d’où aussi l’objet de cette mise au point.
L’agent judiciaire du trésor, supposé être partie civile dans ce dossier, ainsi qu’un avocat important des parties civiles, asez brillant par ailleurs sur d’autres aspects, ont mis l’accent sur 2 choses. À un moment où cela n’avait aucun sens dans l’optique de la condamnation des pilotes.
D’abord sur la colonne Destremau. Qui était plus qu’une colonne. Une vraie armée en marche.
Sur ce sujet je dois reconnaître qu’on avait des divergences au cours de l’instruction y compris.
Mais revenir sur ce sujet pendant les plaidoiries n’avait plus beaucoup de sens.
Évidemment ils ont soutenu que la colonne c’est trouvée par erreur devant la résidence présidentielle et de ce fait j’ai fait que répandre le poison de la rumeur pendant toute l’instruction. Passons. À cette effet ils produisent à l’audience certains témoignages qui par ailleurs étaient totalement contradictoires mais peu importe.
Mais j’apprends à l’audience, à la dernière seconde une chose que malgré le tragique de la situation j’ai trouvé tout simplement comique. L’armée française, plus de 60 blindées, qui c’était trompée est finalement sortie de ce bourbier grâce à deux véhicules de la garde présidentielle de Gbagbo qui les ont guidés pour retrouver le chemin vers le port Boué. Je vous laise apprécier cette collaboration amicale.
J’ai toujours soutenu que malgré une situation tendue la colonne Destremau n’a pas pu se tromper de chemin. Je l’ai expliqué en long en large et à travers dans mon livre et donc je reviens pas la dessus.
Je peux accepter à l’extrême rigueur que l’intention était pas de capturer Gbagbo à ce moment là mais de lui donner un avertissement de la force armée de la France.
Mais pas une erreur de parcours.
On m’a suffisamment bassiné pendant l’instruction que c’est pas l’habitude de L’armée française de faire des coups d’état. Dans certains articles de presse également. Soit. Sauf qu’elle l’a fait en 2011.
Et surtout que par la suite la colonne Destremau et aller à l’hôtel Ivoire.
Pour sauver des français piégés là bas comme motivation.
Sauf qu’à mes nombreuses questions posées à l’audience aux généraux et autres officiers présents aucun a pu me répondre combien de français ils ont sauvé.
La réponse est simple. Aucun. Mais il fallait aller à l’hôtel Ivoire pour couvrir “l’erreur” initiale.
Malheureusement tout le monde le sait ça c’est très mal passé. C’est aux ivoiriens et pas à moi de faire la lumière sur ce point.
J’en veux pas au soldats français qui se sont trouvés eux aussi dans une situation qui les dépassait mais je condamne ceux qui les ont mis dans cette situation.
La deuxième chose qui m’a beaucoup surpris dans les plaidoiries des deux précités est le fait qu’ils sont revenus sur le témoignage d’un certain Fuentes.
Ce type est un personnage bizarre, caricatural.
Pendant l’instruction j’ai découvert une déclaration importante selon moi de ce personnage que bien évidemment j’ai transmis au juge d’instruction.
Ce Fuentes déclarait avoir assisté à une conversation avant le bombardement entre une “cellule élyséenne ” et le chef des pilotes ivoiriens dont il a donné le nom.
Information importante mais évidemment à vérifier.
La police et le juge d’instruction ont longuement interrogés Fuentes.
Cependant, même s’il a toujours répété sa déclaration initiale il c’est inventé une carrière et une vie pour le moins sujette à caution.
À l’audience il a maintenu, sous serment, le fait d’avoir été témoin à cette conversation.
Mais eu égard à ce personnage même moi j’ai pas insisté.
Mais voilà que dans les plaidoiries des avocats mettent encore l’accent sur ce Fuentes en essayant encore et encore de decretibiliser son témoignage. Aucun sens.
Et là, rétrospectivement comme je l’ai dit, j’ai compris.
On va encore me traiter de tous les noms mais j’assume ce que je vais dire.
Imaginez-vous une seconde que malgré le personnage ce que Fuentes avait dit avait une chance minime d’être vrai !
À ce moment tout été verrouillé. Absolument aucune chance d’avoir à la disposition les pilotes. Notamment ivoiriens. L’état français a jamais demandé à Gbagbo de nous livrer les pilotes. Au contraire. Garde les bien et tu peux même leur donner de l’avancement.
Et on te laisse tranquille. Évidemment Gbagbo dans un souci légitime d’apaiser une situation a accepté. Pour malheureusement se faire piéger 7 ans après. Son acquittement total on peut le considérer aussi comme un camouflet à la politique française de l’époque.
Je m’arrête là. Les victimes de Bouaké ne connaîtrons peut-être jamais la vérité.
Mais au moins ils pourront être indemnisés pour leurs souffrances dans une autre bagarre qui commence maintenant et qui va être longue et complexe devant d’autres juridictions.
Et pour finir je soulève un autre aspects, notamment pour mes amis français. Et qui donne totalement raison à ce que j’ai écrit dans mon livre concernant cette association des gens bien nés qui se soutiennent réciproquement et qui est un mal français.
Quelqu’un peut me citer un seul cas ,un seul, où un procès dans lequel des généraux et des personnalités extrêmement importantes comme Raffarin,Villepin, MAM, Barnier ont été cités et carrément mis sous le grill au tribunal et absolument aucune chaîne importante de télévision ne dit rien ? Rien de rien alors que la presse écrite et les radios en parle.
Donc c’était public.
Moi j’ai jamais vu ça. L’affaire Bouaké deviendra j’espère une histoire d’historiens.
Moi j’ai fait mon devoir et même si initialement je voulais pas écrire de livre maintenant je suis content car il restera toujours comme un document.
Je m’excuse pour la longueur de ce texte. Mais j’ai fait le maximum pour écrire le minimum possible.
Au revoir.”

Me Jean Balan

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