Accès au livre en Côte d’Ivoire: une urgence silencieuse pour la jeunesse

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Illustration: forbesafrique.com

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En Côte d’Ivoire, l’accès à l’éducation a connu des progrès notables au cours de la dernière décennie. Les taux de scolarisation ont augmenté, des millions de manuels scolaires ont été distribués gratuitement et l’école est aujourd’hui plus accessible qu’hier. Pourtant, derrière ces avancées chiffrées, une réalité plus discrète interroge: celle de la place réelle du livre et de la lecture dans le quotidien des jeunes Ivoiriens.

Lire ne se limite pas à savoir déchiffrer un texte. La lecture régulière développe l’esprit critique, enrichit le vocabulaire et renforce la capacité à comprendre le monde. Or, hors du cadre scolaire, le livre reste un objet rare pour de nombreux jeunes. Dans beaucoup de foyers, il n’existe pas de bibliothèque familiale. L’achat de livres, perçu comme un luxe, passe après les priorités essentielles que sont l’alimentation, le logement ou le transport.

Les bibliothèques publiques, comme la Bibliothèque nationale, jouent un rôle important, mais leur accès reste inégal. Distance, coût du transport, manque d’information ou horaires peu adaptés constituent autant de freins, notamment pour les jeunes issus des quartiers périphériques et des zones rurales. La lecture devient alors une activité occasionnelle, souvent liée aux examens, et rarement un plaisir ou une habitude.

Parallèlement, les écrans ont profondément modifié les pratiques. Les jeunes lisent beaucoup mais autrement. Messages courts, publications sur les réseaux sociaux, contenus instantanés dominent. Cette lecture fragmentée ne permet pas toujours de développer la compréhension approfondie, l’analyse ou la capacité à distinguer l’information fiable de la manipulation. Dans un contexte régional marqué par la désinformation et la propagande numérique, ce déficit constitue un risque réel.
La Côte d’Ivoire n’est pas un cas isolé. Dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest, les systèmes éducatifs font face au même défi: transformer l’accès à l’école en véritable culture de la lecture. L’enjeu est stratégique. Une jeunesse qui lit peu est plus vulnérable aux discours simplistes, aux fausses informations et aux influences extérieures.

Encourager la lecture ne relève pas uniquement de l’État. Collectivités, établissements scolaires, médias et acteurs culturels ont un rôle à jouer. Clubs de lecture, bibliothèques de proximité, événements autour du livre et passerelles entre lecture numérique et ouvrages papier sont autant de pistes à explorer.
Car investir dans la lecture, c’est investir dans une jeunesse plus autonome, plus critique et mieux armée pour faire face aux défis sociaux, politiques et numériques de demain.

F. Kouadio
Cap’Ivoire Info / @CapIvoire_Info

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