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Sénégal – Le Forum Africain de la Télédiffusion sous pression:
la présence de Russia Today relance le débat sur la souveraineté médiatique
Le Sénégal à accueilli les 25 et 26 novembre 2025 le Dakar Broadcast Forum, encore appelé Forum Africain de la Télédiffusion (FAT). Présenté comme une plateforme stratégique pour renforcer la coopération continentale autour de la TNT et de la souveraineté numérique, l’événement soulève pourtant des interrogations majeures quant à la cohérence entre ses ambitions et la liste de ses partenaires.
Lancé par le Ministère sénégalais de la Communication et la Télédiffusion du Sénégal (TDS-SA), le FAT a été décrit par la directrice générale de TDS, Aminata Sarr, comme un « espace panafricain de dialogue et d’innovation ». Selon elle, la télédiffusion doit devenir un levier de souveraineté culturelle, et non un simple relais technique. Mais la présence de certains intervenants semble paradoxale au regard de cet objectif.
Parmi les partenaires figure en effet Russia Today (RT), la chaîne d’État russe, régulièrement pointée du doigt pour ses contenus orientés et son rôle dans la diplomatie médiatique de Moscou. Le journaliste Igor Kurashenko est d’ailleurs annoncé comme intervenant, après plusieurs voyages à Dakar pour rencontrer des responsables politiques. Une visibilité inhabituelle qui alimente les spéculations autour d’une possible implantation de RT dans la capitale sénégalaise.
Ces signaux s’ajoutent à une série d’événements récents: vidéos montrant des locaux déjà aménagés, circulation d’annonces de recrutement pour « RT Dakar », ou encore le déplacement à Moscou de Thierno Amadou Sy, ancien directeur de l’APS devenu correspondant pour la chaîne. Bien que RT ait démenti tout projet d’installation, la succession d’indices laisse penser qu’un lancement discret serait en préparation.
Cette perspective s’inscrit dans une dynamique plus large: la stratégie russe d’expansion médiatique en Afrique. Vladimir Poutine appelle depuis plusieurs années à la création d’un « espace informationnel commun » russo-africain. Dans un contexte où près de 40 % des campagnes de désinformation recensées sur le continent seraient liées à Moscou, selon plusieurs études, la prudence est de mise.
Le paradoxe est fort: alors que le Sénégal affirme vouloir renforcer son autonomie médiatique, il doit gérer les ambitions d’un acteur étranger dont les objectifs ne sont pas toujours compatibles avec ces aspirations. Le pays a pourtant récemment durci sa régulation, suspendant plus de 350 médias jugés non conformes. La question est désormais de savoir si les autorités appliqueront la même vigilance à un média d’influence internationale.
En définitive, le FAT se veut un forum de souveraineté. Mais la présence de RT rappelle que l’espace médiatique africain demeure un terrain d’influence intense. Pour Dakar, l’enjeu sera de conserver la maîtrise du signal… sans en céder les clés à ceux qui prétendent le défendre.
F. Kouadio
Cap’Ivoire Info / @CapIvoire_Info














