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Le mégaprojet minier de Simandou , en Guinée, longtemps présenté comme un futur pilier de la croissance nationale, est entré depuis fin 2025 dans sa phase d’exploitation. Quelques semaines seulement après le lancement officiel des premières exportations de minerai de fer, une autre réalité s’impose sur le terrain: celle d’une démobilisation massive de la main-d’œuvre qui avait porté le projet durant sa phase de construction.
Pendant plusieurs années, Simandou a mobilisé plus de 60 000 travailleurs guinéens et étrangers. La construction simultanée de la mine, d’une ligne ferroviaire de près de 670 kilomètres reliant le sud-est du pays à la côte atlantique, ainsi que d’infrastructures portuaires, a créé un afflux d’emplois sans précédent. Pour de nombreuses régions rurales, ces chantiers représentaient une opportunité économique rare.
Mais avec l’achèvement des principales infrastructures, la transition vers la phase opérationnelle s’accompagne d’une réduction brutale des effectifs. Les emplois permanents liés à l’exploitation minière sont aujourd’hui estimés à moins de 15 000 postes. En quelques mois, près de trois quarts des travailleurs ont vu leurs contrats arriver à terme.
Dans des localités comme Dantilia ou Kamara, les départs se comptent par milliers. Selon des sources locales, le phénomène s’est accéléré à partir de juin 2025, notamment au sein du Winning Consortium Simandou dominé par des entreprises chinoises et singapouriennes, chargé des infrastructures ferroviaires et portuaires. Cette démobilisation, bien que classique dans les grands projets miniers, prend en Guinée une ampleur inédite.
Sur le plan macroéconomique, les autorités guinéennes continuent de mettre en avant les retombées futures du projet. Les exportations de minerai de fer devraient générer des recettes importantes, renforcer les réserves de change et soutenir des programmes de développement à long terme. La stratégie « Simandou 2040 » ambitionne même de transformer structurellement l’économie nationale.
Cependant, à court terme, la question sociale demeure entière. Dans un pays où les alternatives d’emploi restent limitées, l’absorption de dizaines de milliers de travailleurs démobilisés constitue un défi majeur. Le contraste est saisissant entre les promesses macroéconomiques et la précarité immédiate vécue par de nombreuses familles.
Simandou marque sans doute un tournant historique pour la Guinée. Reste à savoir si les bénéfices de cette transition profiteront durablement à la population, ou s’ils se concentreront principalement entre les mains des partenaires industriels et financiers du projet.
F. Kouadio
Cap’Ivoire Info / @CapIvoire_Info














