Procès de Gbagbo et Blé Goudé: Bernard Houdin dénonce “un scandaleux montage juridique et politique”

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La Cour pénale internationale a confirmé ce mercredi l’acquittement du président Laurent Gbagbo. Son conseiller,
Bernard Houdin commente une décision «historique» qui sanctionne à ses yeux une manipulation judiciaire impliquant la France.
Par Maria Malagardis le 31 mars 2021

Avez-vous été surpris par le verdict ?

Non, j’ai toujours su qu’il était innocent. Mais là, c’est «tako kélé», comme on dit en dioula, «un coup KO» ! Ce mercredi, le juge a vraiment démoli tout l’argumentaire de l’accusation qui, pendant le procès, avait présenté trois fausses vidéos, 82 témoins si peu crédibles que la procureure a renoncé d’elle-même à en présenter d’autres. Dans toute cette affaire, on a assisté en réalité à un scandaleux montage juridique et politique. A l’époque de l’envoi de Gbagbo à La Haye, la Côte-d’Ivoire n’avait même pas signé le Statut de Rome [d’adhésion à la CPI, ndlr], elle ne le fera qu’en 2013. Deux ans plus tôt, Gbagbo ne pouvait donc en principe être remis à cette instance par simple décision de la Côte-d’Ivoire. Depuis 2017, on sait, grâce aux échanges de mails à l’époque entre la délégation française à l’ONU et Luis Moreno Ocampo [premier procureur de la CPI entre 2003 et 2012], révélés par Mediapart, comment s’est négocié un véritable montage pour transférer Gbagbo à La Haye. En liaison avec Ouattara à Abidjan. La confirmation de l’acquittement ne doit pas faire oublier la responsabilité de la France dans toute cette affaire.

Quel rôle précis a joué la France ?

Lorsque au lendemain des élections de 2010, Ouattara revendique la victoire avec le soutien du président de la Commission électorale qui notamment trafique le taux de participation, la crise post-électorale commence. Il y aura des affrontements. Mais ce sont les forces françaises qui joueront un rôle décisif en faisant intrusion dans la résidence présidentielle pour arrêter Gbagbo le 11 avril 2011. Sarkozy l’a même reconnu dans un livre d’entretiens avec des journalistes (2), dans lequel il déclare sans détour : «On a sorti Gbagbo, on a installé Ouattara.»

Pourquoi la France aurait-elle été si hostile à Gbagbo ?
Depuis son élection en 2000, Gbagbo n’a jamais été accepté par la France, alors que c’est peut-être le président le plus francophile qu’ait connu la Côte-d’Ivoire. Dès 2002, une tentative de coup d’Etat se solde par la scission du pays en deux. Les rebelles dirigés par Ouattara s’installent au nord et sont soutenus par le président burkinabé de l’époque, Blaise Compaoré. Lequel est le relais de la France dans la région. C’est dans la suite de cette partition du pays qu’a eu lieu l’affaire du bombardement de Bouaké dans lequel sont morts des militaires français, et dont le procès a démarré cette semaine. Le rejet de Gbagbo est symptomatique d’une politique africaine dominée par les réseaux de la Françafrique. On manipule sans scrupule les résultats électoraux pour s’assurer du maintien au pouvoir de présidents perçus comme des alliés. Gbagbo lui, avait été un opposant et appartient à l’Internationale socialiste. Le cercle autour de Chirac ne lui faisait pas confiance puis lui sera complètement hostile.
L’acquittement de Gbagbo signifie-t-il à vos yeux que son camp n’a aucune responsabilité dans la crise post-électorale qui a fait au moins 3 000 morts en trois mois ?
Gbagbo lui-même a toujours dit qu’on ne sortait pas d’une guerre en habits de gala. Bien sûr, il y a eu des massacres de chaque côté, c’était une guerre. Mais il y a aussi les crimes de guerre, c’est-à-dire des crimes délibérés sur les civils en particulier. Ces à propos de ceux-là, entre autres, que Gbagbo a été acquitté. Il reste à déterminer qui est responsable des massacres tels que celui de Duékoué, un Oradour-sur-Glane ivoirien. Si trois enquêteurs de la CPI sont actuellement à Abidjan, c’est peut-être, enfin, pour faire éclater la vérité.

La prochaine étape, c’est le retour de Gbagbo en Côte-d’Ivoire ?
Ouattara est pris à son propre jeu. Il a toujours dit qu’il fallait attendre le verdict de la CPI. Mais le juge à La Haye a bien souligné aujourd’hui qu’il fallait désormais préparer le voyage, «en toute sécurité», et là où ils le souhaitent, des deux ex-accusés, désormais définitivement innocentés.
Bernard Houdin est l’auteur du livre : Gbagbo, un homme, un destin, Editions Max Milo, 2019.

Maria Malagardis
Libération

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