Le street art, un moyen d’expression sociale en pleine visibilité en Côte d’Ivoire

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Illustration: Elmatador Chimere- Abidjan Côte d’Ivoire

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En Côte d’Ivoire, le street art occupe désormais une place visible dans l’espace urbain, en particulier à Abidjan. Longtemps relégué à une pratique marginale ou assimilé à de simples graffitis, il s’affirme aujourd’hui comme un véritable moyen d’expression sociale, porté en grande partie par la jeunesse.

Dans plusieurs communes de la capitale économique, notamment Yopougon, Abobo, Treichville ou Koumassi, les murs se couvrent de fresques et de messages à portée sociale. Ces œuvres abordent des thèmes proches du quotidien des populations: chômage, inégalités, violences, environnement, citoyenneté ou encore cohésion sociale. Le choix de l’espace public permet une diffusion directe des messages, sans filtre institutionnel, au cœur même des quartiers.
Le street art se distingue par son caractère accessible. Il ne nécessite ni médiation ni support particulier pour être compris. Les images, souvent symboliques et expressives, parlent à tous, indépendamment du niveau d’instruction ou de la langue. Pour de nombreux artistes, il s’agit avant tout de sensibiliser, d’interpeller ou de provoquer une réflexion collective sur des réalités parfois banalisées.

Au-delà du message, le street art participe à la transformation du paysage urbain. Des murs dégradés ou abandonnés deviennent des supports artistiques qui redonnent vie à certains espaces. Dans plusieurs quartiers, ces fresques sont progressivement intégrées au cadre de vie et deviennent des repères visuels pour les habitants. Certaines initiatives associent même les populations locales à la conception des œuvres, renforçant ainsi le sentiment d’appartenance communautaire.

La jeunesse ivoirienne est au centre de cette dynamique. Souvent autodidactes, les street artists utilisent cette forme d’expression comme un moyen de se faire entendre dans un contexte où les opportunités restent limitées. Les réseaux sociaux jouent un rôle important dans la valorisation de leur travail, permettant une diffusion rapide et élargie des œuvres, parfois au-delà des frontières nationales.

Malgré cet essor, le street art reste confronté à plusieurs difficultés. L’absence de cadre réglementaire clair expose certaines œuvres à des effacements ou à des sanctions. Le manque de financements et de reconnaissance institutionnelle freine également la structuration du milieu. Toutefois, ces contraintes n’ont pas empêché la pratique de se développer, portée par une forte créativité et une volonté d’expression persistante.

En Côte d’Ivoire, le street art s’impose ainsi comme un outil d’expression sociale à part entière. À travers les murs, une partie de la population, notamment les jeunes, exprime ses préoccupations, ses aspirations et sa vision de la société, contribuant à nourrir le débat public de manière originale et directe.

F. Kouadio
Cap’Ivoire Info / @CapIvoire_Info

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