Entrepreneuriat féminin en Côte d’Ivoire: un potentiel économique encore sous-exploité

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Illustration: AIP - Une photo de famille des responsables de la banque panafricaine au terme de l' annonce de l' émission le premier ‘’Gender Bond’’ de l’UEMOA pour soutenir l’entrepreneuriat féminin

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En Côte d’Ivoire, l’entrepreneuriat féminin est partout. Dans les marchés, les ateliers, les exploitations agricoles, les cuisines de transformation ou encore sur les plateformes numériques, les femmes créent, produisent et vendent. Pourtant, cette dynamique reste largement sous-estimée dans les politiques économiques et dans l’accès réel aux opportunités de croissance.

Selon les données nationales, l’immense majorité des femmes entrepreneures évoluent dans le secteur informel. Ce choix est rarement idéologique: il est souvent contraint. L’informel permet de démarrer rapidement, avec peu de capital et sans lourdeurs administratives. Mais il constitue aussi un plafond de verre. Sans statut formel, l’accès aux financements structurants, aux marchés institutionnels ou aux partenariats privés reste très limité.
Pourtant, les opportunités sont réelles. L’agro-transformation, notamment autour du manioc, de la noix de cajou, des fruits locaux ou du cacao transformé, offre des débouchés durables sur les marchés urbains et régionaux. La demande existe, mais elle exige régularité, qualité et conditionnement, autant de critères difficiles à atteindre sans accompagnement technique et financier.

Le numérique ouvre également de nouvelles perspectives. De plus en plus de femmes utilisent les réseaux sociaux et les outils de messagerie pour vendre, prendre des commandes et fidéliser leur clientèle. Ce commerce digital, souvent informel lui aussi, permet néanmoins de dépasser les frontières du quartier et de toucher une clientèle plus large, notamment en milieu urbain.

Face à ces opportunités, les obstacles restent structurels. L’accès au crédit demeure le principal frein. Les garanties exigées par les banques, l’absence d’historique financier ou la faible taille des activités excluent de nombreuses femmes des circuits classiques. Les dispositifs de microfinance, bien que nombreux, ne suffisent pas toujours à soutenir une véritable montée en gamme.

À cela s’ajoute la question du temps. Entre responsabilités familiales et pression sociale, beaucoup de femmes entrepreneures portent une double, voire une triple charge, qui freine leur capacité à développer leur activité sur le long terme.

L’enjeu, aujourd’hui, n’est donc pas de “créer” l’entrepreneuriat féminin, mais de le structurer. Formalisation progressive, accès au financement adapté, formation en gestion et accompagnement de proximité sont les leviers essentiels pour transformer des activités de survie en véritables entreprises créatrices de valeur et d’emplois.

F. Kouadio
Cap’Ivoire Info / @CapIvoire_Info

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