Il suffit de quelques minutes de marche pour comprendre que quelque chose ne va plus à Ouragahio, située à 17 kilomètres de Gagnoa, dans le sud-ouest de la Côte d’Ivoire.
Aux carrefours, devant certaines habitations, à proximité des commerces et le long de plusieurs rues, des tas d’ordures ménagères se sont installés comme s’ils faisaient désormais partie du décor. Sous le soleil, les déchets fermentent. Après la pluie, ils se répandent sur la chaussée. Les odeurs prennent à la gorge. Les mouches tournent en nuées. Les moustiques prolifèrent. Les riverains ferment leurs fenêtres, mais cela ne suffit plus.
Le constat est patent sur le terrain. Notre équipe de reportage a parcouru plusieurs quartiers de la commune ce vendredi 3 juillet 2026. Partout, le même spectacle s’impose : des montagnes de déchets composés de sachets plastiques, de restes alimentaires, de bouteilles et d’autres détritus envahissent les espaces publics.
À cette situation s’ajoute un autre constat tout aussi préoccupant : les différents points de collecte et les bacs à ordures ménagères installés dans plusieurs quartiers de la commune sont aujourd’hui complètement débordés. Incapables de contenir le volume des déchets, ils débordent sur les trottoirs et la chaussée, transformant ces espaces en véritables dépotoirs à ciel ouvert. Cette saturation témoigne des difficultés que connaît le système de collecte des ordures dans la commune.
Dans les rues, la colère est aussi visible que les ordures.
Sous le couvert de l’anonymat, un habitant ne cache plus son exaspération.
« Nous vivons avec ces montagnes d’ordures sous nos fenêtres. L’odeur est insupportable, surtout après les pluies. Nous avons peur pour nos enfants qui respirent cet air tous les jours. »
Quelques mètres plus loin, Mme N’Guessan laisse éclater son inquiétude.
« Nous ne demandons pas l’impossible. Nous voulons simplement vivre dans un environnement propre. Chaque jour, les ordures s’accumulent devant nos maisons. Les mauvaises odeurs deviennent insupportables et nous craignons pour la santé de nos enfants. Nous demandons aux autorités d’agir rapidement. »
Pour Djédjé , le problème appelle avant tout des réponses.
« Qui est réellement chargé de la collecte des ordures à Ouragahio ? Pourquoi les déchets de la commune ne sont-ils plus ramassés régulièrement ? Les populations veulent comprendre, mais surtout voir des actions concrètes. »
Son interrogation trouve un écho chez une autre habitante rencontrée par notre équipe de reportage.
« Nous sommes fatigués de vivre au milieu des ordures. Les mauvaises odeurs nous empêchent parfois même de manger tranquillement. Quand il pleut, les déchets se dispersent jusque devant nos maisons. Nous avons l’impression d’être oubliés. Pourtant, nous avons droit, comme tout le monde, à un cadre de vie sain », confie-t-elle sous le couvert de l’anonymat.
Au-delà du désagrément quotidien, les professionnels de santé tirent la sonnette d’alarme.
Joint par téléphone par notre équipe de reportage, le médecin-chef du Centre de santé urbain de Ouragahio, Dr Seka Jean Marius, rappelle que la situation est loin d’être anodine.
« L’accumulation des déchets crée un environnement favorable à la prolifération des moustiques, des mouches et des rongeurs. Cela augmente de manière significative les cas de paludisme et de maladies diarrhéiques. L’insalubrité est un facteur direct de dégradation de la santé publique. »
Il insiste également sur l’urgence d’une action coordonnée.
« Si rien n’est fait rapidement, nous risquons une augmentation des consultations liées aux maladies environnementales. Il est indispensable que les autorités locales et les populations travaillent ensemble pour rétablir un cadre de vie sain. »
Au fil des échanges avec les habitants, un même souhait revient : voir disparaître ces montagnes d’ordures qui défigurent la commune. Beaucoup plaident pour une collecte régulière, des points de regroupement adaptés, un enlèvement plus fréquent des déchets et une politique d’assainissement durable afin d’éviter que les bacs à ordures ne débordent continuellement.
À Ouragahio, l’insalubrité n’est plus un simple désagrément. Elle est devenue un véritable signal d’alarme. Les habitants ont parlé, les professionnels de santé ont averti, et notre équipe de reportage a constaté la réalité sur le terrain. Entre les montagnes d’ordures et les bacs de collecte débordants, l’urgence d’une réponse des autorités apparaît plus que jamais nécessaire. Désormais, une question demeure : combien de temps encore la commune pourra-t-elle supporter une telle situation ?
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