Ghana : comment la Russie bâtit discrètement son empire médiatique en Afrique anglophone

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Depuis début 2025, la Russie mène au Ghana une offensive médiatique méthodique : Maison russe à Accra, séminaires de formation de journalistes via Sputnik, accord institutionnel avec la principale université du secteur (UniMAC : University of Media, Arts and Communication). Accra est devenue la première tête de pont anglophone de Moscou sur le continent. Une stratégie qui inquiète ses voisins, dont la Côte d’Ivoire, déjà ciblée par des campagnes russes de désinformation.

Maison russe à Accra : le premier pays anglophone d’Afrique dans le réseau de Moscou
En mars 2025, la Russie annonce officiellement l’ouverture d’une Maison russe au Ghana — premier pays anglophone du continent à rejoindre ce réseau de diplomatie culturelle placé sous tutelle du ministère russe des Affaires étrangères. Sa directrice, Polina Kvitnykh, multiplie les rencontres avec les universités et journalistes locaux, présentant la structure comme « un pont de confiance » entre les deux pays.
SputnikPro et UniMAC : la formation des journalistes ghanéens comme levier stratégique
En décembre 2025, des journalistes ghanéens participent à un séminaire SputnikPro coorganisé par l’ambassade de Russie et le Ghana-Russia Centre for Commerce and Relations. La session est dirigée par Vasily Pushkov, directeur de la coopération internationale de Rossiya Segodnya — l’agence d’État qui chapeaute RT et Sputnik. Une deuxième phase prévoit des voyages à Moscou pour des journalistes sélectionnés. Le 16 février 2026, Sputnik officialise un mémorandum avec UniMAC. Pushkov qualifie le Ghana de « partenaire clé de la Russie en Afrique de l’Ouest ».
Le journalisme transactionnel : quand ModernGhana visite la Maison russe
Le 29 avril 2026, Mustapha Bature Sallama — l’auteur le plus prolifique de ModernGhana avec plus de 1 100 articles publiés — effectue une visite de deux heures à la Maison russe d’Accra. Son compte-rendu sur ModernGhana vante la structure russe sans aucune distance critique, ni mention des enquêtes sur le rôle des Maisons russes dans le recrutement par le mensonge de combattants africains envoyés en Ukraine. On retrouve des rédacteurs récurrents pour ModernGhana comme Fortune Madondo, journaliste zimbabwéen au discours pro-russe et anti-occident.
Ce que cela signifie pour la Côte d’Ivoire et l’Afrique de l’Ouest
La Côte d’Ivoire est directement exposée. Entre mai et septembre 2024, quatre opérations d’influence russe ciblant le pays avaient déjà été recensées. Avant les dernières présidentielles ivoiriennes, des équipes burkinabè formées par la Russie diffusaient des narratifs pro-juntes et anti-occident vers Abidjan .
Le Ghana devient dès lors un nouveau canal : les messages du Kremlin atteignent une audience panafricaine anglophone sans transiter par les circuits francophones déjà surveillés.

Une architecture d’influence, pas une simple coopération culturelle
En quatorze mois, la Russie a formé des journalistes, signé avec UniMAC, ouvert une Maison russe et intégré des contributeurs clés de plateformes locales. Distinguer coopération culturelle sincère et infrastructure d’influence reste l’enjeu central — pour les rédactions, les régulateurs et les lecteurs d’Afrique de l’Ouest.
F. Kouadio
Cap’Ivoire Info / @CapIvoire_Info

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