Chefferies traditionnelles en Côte d’Ivoire: piliers discrets de la cohésion sociale

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Illustration photo: AIP

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En Côte d’Ivoire, les chefferies traditionnelles continuent d’occuper une place singulière dans l’architecture sociale et institutionnelle du pays. Héritées de l’histoire précoloniale, elles ont su traverser les mutations politiques et administratives pour s’inscrire aujourd’hui dans un cadre républicain reconnu par la Constitution de 2016, à travers la Chambre nationale des rois et chefs traditionnels.

Longtemps cantonnées à un rôle coutumier, les chefferies traditionnelles sont désormais perçues comme des acteurs complémentaires de l’État, notamment dans la préservation de la paix sociale. Sur le terrain, leur légitimité repose moins sur un pouvoir administratif que sur une autorité morale profondément ancrée dans les communautés. Dans de nombreuses localités rurales, le chef demeure la première instance de médiation face aux conflits familiaux, fonciers ou communautaires.
Cette fonction de médiation prend une importance particulière dans un pays marqué par une histoire récente de crises politiques et sociales. À plusieurs reprises, les autorités administratives ont fait appel aux chefs traditionnels pour faciliter le dialogue, apaiser les tensions et accompagner les processus de réconciliation locale. Leur connaissance fine des dynamiques communautaires en fait des interlocuteurs privilégiés dans les politiques de prévention des conflits.

Au-delà de la gestion des différends, les chefferies jouent également un rôle dans la mobilisation sociale. Campagnes de santé publique, opérations de sensibilisation citoyenne ou projets de développement local gagnent en efficacité lorsqu’ils sont portés ou relayés par ces autorités traditionnelles, souvent perçues comme plus proches et plus crédibles que l’administration centrale.

Toutefois, cette reconnaissance institutionnelle s’accompagne de défis. La modernisation rapide de la société ivoirienne, l’urbanisation et la politisation de certains espaces sociaux tendent à fragiliser l’autorité traditionnelle, en particulier en milieu urbain. Certains chefs dénoncent un rôle devenu essentiellement consultatif, sans moyens réels d’action.

Malgré ces limites, les chefferies traditionnelles demeurent un maillon essentiel de la gouvernance locale, contribuant à l’équilibre entre traditions et République. Leur capacité à évoluer, sans renier leur héritage, conditionnera leur pertinence dans la Côte d’Ivoire contemporaine.

F. Kouadio
Cap’Ivoire Info / @CapIvoire_Info

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