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Premier producteur mondial de cacao, la Côte d’Ivoire se retrouve aujourd’hui au cœur d’une conjoncture exceptionnelle. Les cours internationaux du cacao ont atteint des niveaux historiques, conséquence directe de mauvaises récoltes en Afrique de l’Ouest, du changement climatique et d’une forte tension sur l’offre mondiale. Face à cette situation, une question revient avec insistance: qui profite réellement de cette hausse des prix ?
Contrairement à d’autres pays producteurs, la Côte d’Ivoire dispose d’un mécanisme de régulation unique dans le secteur agricole. À travers le Conseil Café-Cacao, l’État fixe un prix bord-champ garanti aux producteurs, protégeant ainsi les planteurs des fortes fluctuations des marchés internationaux.
Pour la campagne en cours, ce prix a été relevé à un niveau sans précédent, traduisant une volonté politique claire: mieux rémunérer le travail des paysans ivoiriens.
Cette décision a permis à de nombreux producteurs d’améliorer temporairement leurs revenus, dans un contexte où le cacao reste la principale source de subsistance de plusieurs millions de personnes. Mais malgré cet effort notable, les déséquilibres structurels de la chaîne de valeur persistent.
En réalité, le cacao brut ne représente qu’une faible part du prix final d’un produit chocolaté vendu sur les marchés occidentaux. La transformation, la commercialisation et la distribution concentrent l’essentiel de la valeur ajoutée.
Les coopératives locales, bien qu’essentielles pour l’organisation du secteur, disposent encore de marges limitées. Les exportateurs, eux, bénéficient davantage de la hausse des cours, mais restent encadrés par la régulation nationale. Les véritables gagnants demeurent les industries de transformation et les fabricants de chocolat, principalement installés hors du continent africain.
Pour autant, la Côte d’Ivoire n’est pas passive. Depuis plusieurs années, les autorités multiplient les initiatives en faveur de la transformation locale, de l’amélioration de la qualité du cacao et de la traçabilité. L’objectif est clair: faire en sorte que le pays capte une part plus importante de la richesse issue de son cacao.
Dans un contexte mondial instable, la stratégie ivoirienne apparaît aujourd’hui comme un modèle de résilience. La hausse des prix, si elle est bien accompagnée, pourrait devenir une opportunité historique pour renforcer durablement le secteur et améliorer les conditions de vie des producteurs.
F. Kouadio
Cap’Ivoire Info / @CapIvoire_Info













