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À trois mois du scrutin présidentiel du 25 octobre 2025, les regards se tournent vers une catégorie décisive de la population : la jeunesse. Majoritaire en nombre, visible sur les réseaux, active dans les quartiers, la jeunesse ivoirienne est attendue comme un acteur central du processus démocratique. Mais sa mobilisation est loin d’être acquise.
Une majorité démographique encore marginale dans les urnes
Avec près de 78 % de la population âgée de moins de 35 ans, selon les données gouvernementales, la jeunesse représente un levier électoral majeur. Mais dans les faits, sa participation reste timide. De nombreux jeunes ne sont pas inscrits sur les listes électorales, et ceux qui le sont ne votent pas toujours.
Ce constat n’est pas nouveau. Ce qui change en 2025, c’est la prise de conscience des autorités et de la société civile. Depuis l’an dernier, des campagnes de sensibilisation ont été lancées pour inciter les jeunes à s’enrôler et à s’informer correctement sur les enjeux électoraux. À travers les initiatives « Stop aux sorciers numériques » et « En ligne tous responsables », le gouvernement cherche à répondre à deux urgences : la démobilisation et la désinformation.
Les réseaux sociaux : un outil d’expression… et de manipulation
Les jeunes Ivoiriens s’informent aujourd’hui majoritairement via les réseaux sociaux, où se mêlent vidéos virales, débats politiques et, trop souvent, fausses nouvelles. Ce terrain numérique, à la fois dynamique et fragile, expose une partie de la jeunesse à des contenus mensongers ou manipulés.
Certains influenceurs très suivis, à l’image de Johnny Patcheko, utilisent leur plateforme pour relayer des messages souvent populistes ou complotistes. Ces discours, parfois bien emballés, séduisent une jeunesse en quête de repères mais accentuent la défiance envers les institutions et détournent l’attention des vrais enjeux.
Les autorités l’ont compris. Avec l’appui de partenaires techniques (ANSSI, PLCC, GIZ, UE), des séances de sensibilisation ont été organisées dans plusieurs régions, notamment à Soubré, pour apprendre aux jeunes à vérifier l’information avant de la partager. Mais le défi reste immense.
Une jeunesse qui s’engage autrement
Loin de l’image d’une jeunesse désintéressée, les jeunes Ivoiriens s’engagent – mais différemment. Ils sont actifs dans les associations, les quartiers, les écoles. Ils participent à des campagnes de sensibilisation, lancent des initiatives locales, produisent du contenu éducatif en ligne.
C’est dans ce contexte qu’a été relancé le Parcours Citoyen, un programme coordonné par le Service national des jeunes. En 2025, environ 900 élèves âgés de 14 à 17 ans ont été formés à Bouaké, Dabou et dans d’autres localités. Objectif : leur transmettre des notions de civisme, de responsabilité et de participation citoyenne.
Des caravanes civiques et électorales ont également sillonné le pays, avec des arrêts à Yamoussoukro et Taabo, pour renforcer la compréhension des processus électoraux et redonner du sens à l’acte de voter.
Un scrutin décisif pour une génération connectée
La présidentielle du 25 octobre sera un tournant. La jeunesse, très présente dans l’espace public et sur les plateformes numériques, peut faire la différence — à condition qu’elle transforme son énergie en action concrète.
Dans les semaines à venir, l’enjeu sera de poursuivre les efforts de formation, de vigilance face à la manipulation, et de pédagogie civique. Car la démocratie ne se joue pas uniquement en ligne. Elle se construit par le vote, l’engagement de terrain, et une compréhension claire des responsabilités de chacun.
La jeunesse ivoirienne a les moyens de peser. Reste à savoir si elle le fera dans les urnes, ou si elle laissera sa voix être détournée par les vents de la désinformation.
F. Kouadio
Cap’Ivoire Info / @CapIvoire_Info