L’ECO des savanes: Disparition du Franc CFA, un flou absolu

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L’ECO DES SAVANES
DISPARITION DU FRANC CFA, UN FLOU ABSOLU

Le Franc CFA fait couler beaucoup d’encre et de salive. Nul n’ignore aujourd’hui les conséquences néfastes de cette monnaie sur les économies africaines appartenant à la zone franc.
La rationalité du mécanisme actuel est complètement dépassée et ne peut donc plus être porteuse d’efficacité économique. Cela est une certitude.
La France qui est souvent indexée par l’opinion africaine invite ces derniers temps les dirigeants africains à prendre leurs responsabilités concernant ce fameux Franc CFA. On peut de fait dire que pour la France le Franc CFA a vécu même si toute la dynamique de son fonctionnement tant dénoncée reste encore de mise .
Cependant, force est de constater que rien ne bouge fondamentalement du côté des pays africains.
L’actualité de ces derniers mois a donné lieu à des élucubrations sans lendemains. Les pseudo experts et autres hommes politiques africains ont multiplié les rencontres pour ne sortir qu’avec une proposition de changement de simple dénomination. En lieu et place de CFA, ils suggèrent qu’on dise ECO. Rien que çà !
La montagne aura donc accouché d’une souris.
Les changements en profondeur réclamés et attendus par les populations africaines sont renvoyés aux calendes grecques. Aucune réflexion autour des problèmes de fond n’a été menée si l’on en croit ceux qui baignent le secret des alcôves. Des messes de verbalisme creux.
Ils parlent par la bouche du chef de l’Etat ivoirien, de convergences.
Mais de quelles convergences s’agit-il ? Convergences de quoi vers quoi ?
– de convergences en matière de taux de croissance ?
– de convergences en matière de taux d’inflation ?
– de convergences en matière de taux de chômage, de création d’emploi ?
-de convergences en matière de déficit budgétaire, de taux d’endettement extérieur ?
– etc. ?
Le chef de l’Etat ivoirien à la sortie de son désormais traditionnel exercice d’explication et de compte rendu sur les affaires françaises en Côte d’Ivoire avec le Président français parle de façon vaseuse et creuse en disant qu’ “aucune monnaie ne sera sacrifiée”. Il ne manquerait plus que cela. Encore heureux qu’aucune monnaie ne soit sacrifiée.
Une fois qu’il a dit çà, que nous aura t-il appris ? Rien, absolument rien.
Si par convergence, ces chefs d’Etat entendent harmonisation des politiques économiques soutenue par l’adoption de critères communs s’agissant des fiscalités, des conditions d’investissement et autre rien n’est dit. Encore moins étudié avec sérieux. Ils nous servent du que du vent !
Sur les questions fondamentales, rien n’est dit:
– Quels rapports de parité avec les principales devises mondiales telles que le dollar, l’Euro, le Yen, etc. ?
– Comment l’ECO en question va t-il être défini par rapport au CFA, au Naïra nigérian, au Cédi ghanéen, etc. ?
– Quel va être le rapport de convertibilité de chaque ECO-Pays avec le reste des grandes devises mondiales ?
– Y aura-t-il une Banque Centrale commune à tous les pays ayant adopté cette monnaie ?
– Quels vont être les mécanismes de fonctionnement de cette Banque Centrale ?
– Qui fabriquera cette monnaie et sur quelle base, avec quelles conditions de sécurité ?
– Qu’en est-il des fameux comptes des pays de la zone CFA auprès du trésor français, etc.?
Voilà autant d’interrogations autour desquelles, le flou reste total. Et pourtant ce sont là, des questions qui sont des questions fondamentales pouvant consacrées la mort véritable du franc CFA et inaugurer l’entrée dans une nouvelle ère monétaire et financière au bénéfice des économies africaines.
La question monétaire est une question importante convient-il de le souligner. La monnaie est au cœur de toute la dynamique économique. La question du commerce renvoie à la monnaie. La question de l’investissement renvoie à la monnaie. La question de la masse salariale renvoie à la monnaie. La question du fonctionnement de l’état renvoie à la monnaie, etc.
La monnaie est donc le poumon de la dynamique de développement économique. Lorsqu’elle n’est pas maîtrisée de l’intérieur, aucune politique de régulation économique fiable n’est possible. Il faut traiter donc ce problème avec le plus grand sérieux pour une fois qu’on s’en donne l’opportunité.
Il faut communiquer avec le plus de clarté possible autour de la question afin que le débat se dépassionne et que les travaux soient enrichis par les contributions des uns et des autres parce que c’est une question qui regarde tout le monde.
Just because we are involved !

Dr Kock Obhusu, économiste

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