Affaire Kakou Diagou- Mamadou Koulibaly sur le ” CFA”: Koulibaly remet les pendules à l’heure

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1) Tout d’abord, qu’en tant que chercheur, je ne me sens nullement humilié par des débats contradictoires au cours desquels il m’est démontré que je suis dans l’erreur. C’est le propre du travail universitaire que de n’avoir jamais la vérité infuse et de savoir que du débat public sort la vérité, en attendant que de nouvelles évolutions remettent en cause ces vérités précédentes. Alors les commentateurs peuvent être à l’aise et me contredire. Aucune humiliation n’en ressortirait, pour moi en tout cas.
2) M. Diagou dit: «Au Ghana nous faisons une progression de 15% par an de chiffre d’affaires.» Il ne nous dit pas si la progression de son chiffre d’affaires est réelle ou nominale. Votre commentateur dit que c’est du nominal. Il semble être dans le secret des dieux. Ok.
Alors, dans ce cas, il n’a pas besoin de convertir en franc cfa, cette monnaie fabuleuse, pour avoir sa progression réelle. Même en cedis, le calcul se ferait et montrerait que 15% de croissance du chiffre d’affaires avec 15% d’inflation (selon l’exemple du commentateur qui semble lire dans la tête de Diagou) donnerait une évolution réelle nulle.
Pourquoi donc utiliser l’alibi de la conversion en fcfa?
Réponse : Pour argumenter en faveur du franc cfa.
Diagou continue: «In fine, chaque année, le chiffre d’affaires converti en cfa, ça donne 1 à 2% de progression. Vous travaillez pour rien, parce que l’inflation est telle qu’au Ghana, au Nigéria, on est content quand on arrive à avoir le fcfa.»
Diagou ne dit nulle part qu’il ramène son chiffre d’affaires en Côte d’Ivoire. Il dit qu’il le convertit en franc cfa, donc avec l’inflation de 15% du Ghana.
Mon arithmétique, donc calcul basique, servait à montrer que le manque de précision de sa démarche ouvrait bien d’autres interprétations que celle qu’il privilégie. Et je crois avoir réussi puisque, de partout, des précisions sortent sur ce qu’il a voulu dire mais qu’il n’a pas dit et que ses interprètes volontaires lui attribuent. Tant mieux. Quand on prend des positions sur des questions de ce type, il faut éviter les fausses démarches et les faux alibis.
3) Il fait sa conversion et attaque les monnaies nationales dans lesquelles il dit faire 15% de croissance de chiffre d’affaires.
«D’ailleurs au Ghana et au Nigéria, on vous arrache le fcfa. Si les monnaies nationales étaient si bonnes, on n’aurait pas ça.»
Ce qui est en cause, ce n’est pas l’inflation ghanéenne ou nigériane, comme il se plaît à le dire. Mais la surévaluation du franc cfa par rapport à ces monnaies. L’inflation ghanéenne reste au Ghana, de même que l’inflation nigériane reste au Nigeria ou l’ivoirienne en Côte d’Ivoire. Ce que Diagou met en cause n’est qu’un des effets du régime de change du franc cfa comparé aux autres pays. Le pouvoir d’achat de son chiffre d’affaires au Ghana ne peut être comparé à celui qu’il aurait en Côte d’Ivoire que par le jeu de la parité: la parité des pouvoirs d’achat.
Ce sont ces éléments qui me font dire que le seul but de Diagou était de montrer qu’il est un bon défenseur du franc cfa. Il s’y est mal pris, et dans la méthode, et dans l’argumentation.
Le franc cfa est surévalué par rapport à de nombreuses autres monnaies, ce n’est un secret pour personne, et selon les statistiques de la BCEAO, cette situation se présente comme le montre le tableau ci dessus.
Quand vous travaillez avec ce type de monnaie, il ne faut pas accuser l’inflation ghanéenne ou nigériane. La parité fixe du franc cfa trop forte a des conséquences sur la compétitivité.
Diagou sait tout cela, mais n’a pas voulu accuser la parité du cfa. Il a choisi plutôt de se rabattre sur l’inflation ghanéenne.
Mon commentaire voulait lui rappeler qu’il n’a pas cité les bonnes raisons qui font que son taux de croissance du chiffre d’affaires, en passant d’une monnaie faible à une monnaie forte, diminuerait fatalement. Et ce n’est pas l’inflation qui est en cause, car dans son calcul du chiffre d’affaires, il a déjà utilisé le niveau général des prix.
4) Les commentaires regrettent qu’en plus de mon incompétence, je sois obligé d’insulter Diagou. Ils n’ont pas compris que Diagou m’insultait en même temps que tous ceux de ma profession. Était-ce nécessaire, si ce n’est pas pour insulter, de dire que les chercheurs, qui ne sont ni chefs d’entreprises, ni financiers, ni banquiers, sont illégitimes pour parler des problèmes hautement sérieux du franc cfa, parce qu’ils n’ont rien créé, rien géré?
Je cite: «Souvent, nos chercheurs qui font des déclarations sur le franc cfa n’ont jamais gérés quoi que ce soit ! Ils n’ont jamais été entrepreneurs de quoi que ce soit.»
Jamais géré quoi que ce soit??? Est-ce lui Diagou qui gère nos familles, nos vies, nos carrières, nos maisons, nos recherches, nos amphithéâtres, nos facultés et UFR? Et tous ceux qui s’offusquent de ma réaction ne trouvent rien à dire?
Ils n’ont jamais été entrepreneurs? Probablement. Mais est-ce nécessaire de l’avoir été pour savoir que du Ghana, vous ne pouvez pas envoyer de Western Union ou MoneyGram à l’étranger?
La commerçante qui vit à Elubo, le chauffeur qui travaille à Noé et les parents dont les enfants vivent leur scolarité hors de la zone cfa savent que quand on envoie un million de francs cfa d’ici, on ne retire pas là-bas un million de la monnaie locale, et que entre les deux moments, on sait que la monnaie locale est tombée ou est montée.
Koulibaly serait dans l’ignorance de ces pratiques, comme les chercheurs qui n’ont pas d’entreprises. Ben voyons!
Que Diagou se rassure: Ces chercheurs, ces travailleurs, ces parents, ces commerçants et les autres savent tous ce qu’il coûte d’avoir une monnaie surévaluée. Ils ne s’en prennent pas au taux d’inflation du Ghana, mais au cours élevé du franc cfa.
5) J’ai eu droit à des cours sur le calcul du taux de croissance réel. Ils ont oublié de me parler du taux de change réel.
Merci à tous pour les indications sur le calcul et les enregistrements de chiffre d’affaires des entreprises multinationales. Diagou n’en a pas parlé et je m’en tiens à ce qu’il a dit.”
MK
lebanco.net

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