Radiodiffusion Télévision Ivoirienne : une échéance nommée TNT

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Depuis plusieurs semaines, suite à l’annonce du lancement de la migration ivoirienne vers la télévision numérique, c’est le branle-bas de combat au sein de la Radiodiffusion Télévision Ivoirienne (RTI). Entre les grands travaux techniques, l’amélioration du contenu et le lancement des programmes de sa troisième chaîne, le diffuseur national ivoirien a encore du pain sur la planche avant que ses chaînes soient prêtes pour la TNT.

« Le signal est disponible depuis fin janvier. Aujourd’hui, on n’a que la RTI1, la RTI2 et A+ Ivoire de disponible sur la TNT », confiait, à la fin du mois dernier, Sidi Tiémoko Touré, le ministre ivoirien de la communication. Sur les 7 chaînes de télévision prévues pour occuper la plateforme, seulement 3, dont deux de la RTI, émettent effectivement. Cependant le diffuseur national n’est pas au bout de ses peines. Et malgré d’énormes avancées, ces dernières semaines, la RTI est encore loin d’être prête pour le grand saut. Alors que le basculement est prévu pour juin 2020.

A priori, la RTI pourra tenir le délai, même si le groupe se sent de plus en plus sous pression. « Tout à fait, il y a une pression particulière quant aux préparations au basculement vers la télévision numérique », nous a confié Fausseni Dembélé, le nouveau directeur général de la RTI. Comme il nous l’explique, alors que du côté du contenu, le groupe semble prêt, sur le plan technique, beaucoup reste à faire.

« Du point de vue du contenu, tout semble prêt »

Contrairement à de nombreux diffuseurs nationaux d’Afrique francophone subsaharienne, du point de vue du contenu, la RTI est prête à migrer vers la télévision numérique. « De ce côté-là, nous sommes bien armés. Nous avons anticipé les besoins de contenus avec Rti production et distribution. Nous avons un catalogue de plus de mille heures disponibles que nous renforçons avec des partenariats en production et coproduction », assure le DG de la RTI.

« Nous avons anticipé les besoins de contenus avec Rti production et distribution. Nous avons un catalogue de plus de mille heures disponibles que nous renforçons avec des partenariats en production et coproduction »

Effectivement, le groupe a anticipé, depuis 2014 et la création des entités RTI Production et RTI Distribution, les exigences de diversité et de qualité imposées par le passage à la télévision numérique. Depuis 5 ans, la RTI s’est appliquée à produire ou acquérir des séries comme Brouteur.com (photo de Une) ou Rêve sans faim.

Régulièrement présent aux Discop Africa et à des évènements comme le marché international des programmes télévisés (MIPTV), la RTI a, au fil des années pu juger de la qualité et, au besoin, améliorer ses productions. La chaîne n’hésite pas non plus à collaborer avec des entreprises étrangères pour diversifier son contenu. « Concernant le contenu, le MIPTV a été une excellente plateforme pour nous. Cette année, comme les autres, nous avions du contenu de qualité à proposer et évidemment des choses à acquérir. Nous avons signé d’importants accords avec des partenaires comme Canal+ avec qui nous avons des projets de coproduction. Nous avons également conclu des accords de distribution et d’acquisition de droits de diffusion avec des entreprises comme l’indien Zee TV et Videorama du Maroc », révèle Fausseni Dembélé. Malgré ces nombreux accords, le diffuseur national ivoirien s’est assuré de créer une sorte de vivier de contenu local. « Nous croyons dans le talent des créateurs ivoiriens. Nous travaillons avec des scénaristes et des réalisateurs locaux avec qui nous avons lancé de nombreuses actions. Nous avons même lancé un programme de détections de jeunes scénaristes pour qui nous avons créé des lignes de financement et de production », confie le DG de la RTI.

« Nous croyons dans le talent des créateurs ivoiriens. Nous travaillons avec des scénaristes et des réalisateurs locaux avec qui nous avons lancé de nombreuses actions. »

A ce niveau d’avancement dans la création de contenu, on pourrait croire la RTI plus prête que jamais pour le basculement. Seulement, l’acquisition des équipements et le financement viennent jeter une ombre au tableau.

Côté radio tout semble prêt, mais pour la télévision il y a encore à faire…

« Au niveau de la radio, de la production à la transmission, les équipements sont acquis et les travaux et nous mettent au meilleur niveau localement. Nos chaînes radio ont actuellement le meilleur son du pays. Ce qu’il reste à faire concerne essentiellement la télévision », explique Fausseni Dembélé.

En effet, la RTI doit encore acquérir du matériel et le financement de son acquisition ne semble jusque-là pas réglé. « Nous avons progressé. Nos équipes sont outillés et opérationnelles. Elles ont été formées et mises à niveau. Aussi, nous avons des studios en HD. Toutefois, nous devons faire des investissements relativement importants pour les équipements de production et renforcer la fibre optique pour la transmission », confie le DG de la RTI.

Il faut rappeler que les préparations de la RTI sont essentiellement financées sur fonds propres par le groupe. Ces fonds sont complétés par d’autres, obtenus dans le cadre de partenariats noués notamment durant les Jeux de la Francophonie à Abidjan 2017. En plus de tous ces contretemps, la RTI doit encore s’affairer à étoffer la programmation de la RTI 3, sa dernière chaîne, également prévue pour figurer sur la plateforme TNT ivoirienne. Jusqu’au mois dernier, la RTI continuait de recruter du personnel pour cette chaîne.

En plus de tous ces contretemps, la RTI doit encore s’affairer à étoffer la programmation de la RTI 3, sa dernière chaîne, également prévue pour figurer sur la plateforme TNT ivoirienne.

A priori, rien ne semble mettre en péril la présence des chaînes de la RTI, si on considère le délai prévu pour la migration. Néanmoins, le radiodiffuseur pourrait très vite se retrouver en difficulté sans les financements nécessaires pour l’acquisition des équipements.

Le plus ironique, à l’échelle régionale, c’est que la RTI est l’un des radiodiffuseurs les plus avancés dans ses préparations pour le basculement. Aussi bien en termes de contenu que d’équipements, la plupart des chaînes de télévisions du continent sont en retard sur les standards de la TNT. De quoi se demander si les objectifs de la TNT des différentes nations d’Afrique francophone subsaharienne seront réellement atteints en 2020, année choisie par la plupart des pays pour achever la migration.

Servan Ahougnon
Ecofin Hebdo

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