Perspectives économiques en Côte d’Ivoire : des graphiques pour comprendre les enjeux de l’urbanisation

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Une des économies les plus performantes du continent

En 2018, les principaux résultats macroéconomiques enregistrés par la Côte d’Ivoire auraient fait le bonheur de la plupart des ministres de l’Économie et des Finances de la planète. Le dernier rapport de la Banque mondiale sur la situation économique en Côte d’Ivoire constate en effet que pour la septième année consécutive, le taux de croissance devrait dépasser 7 % et atteindre 7,4 % en 2018. Sur la même période, le PIB réel par habitant a augmenté de 32 %. À ce rythme, la Côte d‘Ivoire pourrait rejoindre le groupe des pays à revenu intermédiaire d’ici une quinzaine d’années, à condition de promouvoir une économie plus inclusive et de maîtriser son urbanisation rapide.

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Une croissance peu inclusive

Pour durer sur le long terme, la croissance économique d’un pays doit être bien redistribuée. Or, même si les dernières données statistiques sur la pauvreté recueillies en 2015[1] montrent que le revenu national s’est accru de 80 % entre 2012 et 2015 et, que la Côte d’Ivoire enregistre pour la première fois depuis 40 ans une diminution de son taux de pauvreté, cette diminution reste faible, de 51 % à 46,3 %, avec le même nombre d’Ivoiriens pauvres qu’en 2008, soit environ 10,7 millions de personnes. En 2015, près de 46 % des Ivoiriens vivaient encore avec moins de 750 francs CFA par jour (environ 1,3 dollars).

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Les inégalités ne sont pas seulement économiques mais aussi géographiques. Les pauvres sont plus nombreux en zone rurale (56,8 %) qu’en milieu urbain (35,9 % dont 22,7 % à Abidjan), même si cet écart tend à diminuer au fil du temps avec un taux de pauvreté qui s’est réduit dans les campagnes (-5,7 %) entre 2008 et 2015 et, qui a augmenté dans les centres urbains (+6,4 %). Par ailleurs, le nord et le nord-ouest du pays sont plus pauvres (plus de 60 %) que le littoral et le sud-ouest (moins de 40 %).

Une urbanisation rapide qui pourrait accélérer le développement

Comme dans la plupart des pays de la planète et, plus rapidement que dans la moyenne des pays d’Afrique subsaharienne, les villes grandissent à toute vitesse en Côte d’Ivoire. Le taux d’urbanisation a grimpé de 17,7 % en 1960 à plus de 50 % en 2018. Parmi les pays africains de plus de 5 millions d’habitants, la Côte d’Ivoire est le troisième pays le plus urbanisé, derrière le Cameroun et le Ghana.

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En permettant aux entreprises d’être plus productives et aux ménages d’accéder à plus d’emplois, à des écoles pour leurs enfants et à de meilleurs soins de santé que dans les campagnes, une urbanisation maîtrisée pourrait avoir des retombées positives et favoriser une économie plus inclusive. Or les citadins ivoiriens sont actuellement confrontés à de nombreux défis, surtout pour se déplacer.

Abidjan dépense chaque jour 4 milliards de francs CFA en transports

Chaque jour, on compte plus de 10 millions de déplacements à Abidjan. Chaque ménage dépense en moyenne 1 075 francs CFA (environ 1,8 dollars) et perd plus de trois heures dans les transports. En d’autres termes, plus de 4 milliards de FCFA (environ 6,9 millions de dollars) sont dépensés quotidiennement (en coût monétaire et d’opportunité), soit l’équivalent de 1 200 milliards de FCFA par an (soit environ 2,4 milliards de dollars). Cela représente la troisième dépense des ménages (après la nourriture et le logement) et l’équivalent d’environ 5 % du PIB national en 2017.

Les résident des quartiers éloignés sont les plus pénalisés car leurs déplacements sont plus longs (78 minutes par déplacement contre une moyenne de 33 minutes). Par ailleurs le coût total du transport peut absorber jusqu’à 30 % des revenus des ménages pauvres alors qu’il ne représente que 5 % du budget des ménages les plus riches.

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Des infrastructures mal réparties et peu diversifiées

Ces difficultés de mobilité à Abidjan tiennent en partie à la faiblesse des infrastructures de transport qui desservent le territoire de manière inégale et se dégradent rapidement. Cela s’explique également par la quasi absence de transports publics et l’explosion des transports informels, plus dangereux et polluants pour y pallier. Moins d’un déplacement sur 10 y est effectué dans un transport public, soit environ 4 fois moins que dans une ville de même taille en Europe.

Trois pistes pour améliorer la mobilité urbaine

Il faudrait tout d’abord définir une vision cohérente du transport urbain et un cadre institutionnel qui implique l’ensemble des acteurs de la mobilité pour réussir le projet du Grand Abidjan adopté en 2016. La deuxième piste serait de mieux intégrer le système de transport afin d’offrir plusieurs moyens de se déplacer au sein de l’agglomération, en renforçant le transport de masse sur les principaux corridors et développant des réseaux de transport de quartier. Enfin, l’utilisation des nouvelles technologies permettrait de faciliter les déplacements et de mieux gérer les flux de personnes et de marchandises.

Source: banquemondiale.org

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