Niger-Turquie: Le Général Tiani à Ankara, quatre accords pour recomposer les alliances du Sahel

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MDN

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Le président de la transition nigérienne s’est rendu en visite officielle en Turquie les 3 et 4 juin 2026. Accueilli au palais présidentiel d’Ankara par Recep Tayyip Erdoğan, le Général Abdourahamane Tiani a signé quatre accords bilatéraux portant sur la défense, le commerce et la santé. Un déplacement qui s’inscrit dans une recomposition profonde des alliances sahéliennes depuis le putsch en juillet 2023.

Un accueil aux symboles soigneusement choisis
Le ministre turc de la Défense en personne attendait le Général Tiani sur le tarmac de l’aéroport d’Ankara, dans la soirée du mercredi 3 juin. Le choix de cet interlocuteur d’accueil n’est pas anodin : il donne d’emblée le ton d’une visite où le volet sécuritaire prime . Le lendemain, au complexe présidentiel, la cérémonie protocolaire (hymnes nationaux, revue de la garde d’honneur) a précédé un entretien en tête-à-tête entre les deux dirigeants, suivi de discussions élargies entre délégations .

Erdoğan a qualifié le Niger de « pays frère » lors de sa prise de parole publique, réaffirmant la volonté d’Ankara de poursuivre l’intensification de ses échanges diplomatiques, économiques et stratégiques avec les États africains. Une formule convenue, mais qui prend un relief particulier dans le contexte de recomposition des alliances sahéliennes.

Une délégation ministérielle à géométrie variable
Autour du Général Tiani : le ministre d’État chargé de la Défense nationale, le Général d’armée Salifou Mody, le ministre des Mines Ousmane Abarchi, le chef de la diplomatie Bakary Yaou Sangaré, les ministres de la Santé, de l’Équipement, de l’Économie, de l’Agriculture, de l’Énergie et du Commerce, ainsi que l’ambassadrice du Niger en Turquie, Salou Adama Gazibo¹. Dix ministres nigériens en tout, selon plusieurs sources .

Il ne s’agit donc pas d’une visite à dominante militaire. En réunissant dans un même avion les responsables de secteurs aussi variés, Niamey signale sa volonté d’aborder l’ensemble de ses dossiers prioritaires en un seul déplacement.

Quatre accords signés, trois domaines visés : défense, commerce, santé
Au terme des discussions, quatre conventions bilatérales ont été paraphées . Le volet défense est sans conteste le plus sensible. La Turquie s’est imposée ces dernières années comme un fournisseur d’équipements militaires très actif sur le continent, portée notamment par le succès commercial de ses drones de combat, déjà déployés dans plusieurs pays sahéliens engagés dans la lutte contre les groupes armés jihadistes⁴. Pour Niamey, confrontée à une forte pression terroriste dans les régions de Tillabéri et de Diffa, l’offre turque constitue un complément utile à la coopération militaire engagée avec la Russie.

Le volet commercial vise à structurer des échanges encore modestes mais en croissance. Les entreprises turques du bâtiment et des travaux publics multiplient leurs implantations en Afrique de l’Ouest, et le Niger représente un marché encore peu saturé pour ces opérateurs⁴.

Sur le plan sanitaire, Ankara a fait de la coopération médicale un outil de soft power à part entière : formation de personnels, équipements de structures hospitalières, accueil croissant de patients africains dans les établissements turcs . Pour un système de santé aussi fragile que celui du Niger, l’accord ouvre des perspectives concrètes.

Un rapprochement ancré dans la recomposition géopolitique régionale
Cette visite s’inscrit dans une trajectoire engagée depuis la prise de pouvoir de juillet 2023 par le Général Tiani. Après le retrait des forces françaises puis américaines du territoire nigérien, les autorités de transition ont méthodiquement diversifié leurs appuis extérieurs, en se tournant vers la Russie, l’Iran et la Turquie⁵.
Cette présence turque dans la bande sahélienne s’inscrit dans une stratégie continentale de long terme. Le nombre d’ambassades turques en Afrique est passé de 12 en 2002 à plus de 40 aujourd’hui, et la compagnie nationale Turkish Airlines dessert désormais la quasi-totalité des capitales africaines⁵. Cette infrastructure diplomatique et logistique sert de socle à une projection commerciale et politique que le recul des puissances occidentales a considérablement facilitée.

La Turquie engagée au Sahel depuis des années (Mali), quel résultat ?
L’enthousiasme d’Ankara pour le Sahel ne date pas d’hier. Au Mali, la coopération militaire turco-malienne s’est fortement accélérée après le coup d’État de 2021, notamment avec la livraison de drones à partir de fin 2022, puis de nouveaux lots en 2024. Pourtant, malgré ces équipements, les groupes jihadistes continuent de mener des attaques de grande ampleur et ont même su adapter leurs propres tactiques, développant en outre l’usage de drones artisanaux. Le bilan est sévère : les drones turcs n’ont pas modifié les équilibres stratégiques fondamentaux du conflit malien .
Pour le Niger, qui s’apprête à s’engager sur une voie similaire, la leçon malienne mérite réflexion : Ankara vend des capacités, pas une sécurité. La question n’est donc pas de savoir si la Turquie sera présente au Sahel, elle l’est déjà, mais si cette présence suffira à changer concrètement le quotidien des populations prises en étau entre groupes armés et transitions politiques à l’horizon incertain.

F. Kouadio
Cap’Ivoire Info / @CapIvoire_Info

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