Quand la haine rend funèbre et funeste: la perte du sens et de la responabilité chez ASK

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QUAND LA HAINE REND FUNEBRE ET FUNESTE :
la perte du sens de la responsabilité journalistiques chez André Silver Konan

Une tribune internationale de Lawrence Atiladé
Doctorant en Science Politique, EHESS-Paris
Secrétaire à la Communication du RJR-France

Alors que ses contempteurs espéraient le revoir, épée à la main, revanchard, aigri et agressif, Guillaume Kigbafori Soro est revenu le 20 juillet 2017, après trois semaines d’absence hors du pays, chantant l’hymne de la paix. Avec le rameau de la parole apaisante, il « lance un appel au calme, à la pondération et s’engage à travailler davantage, et plus que par le passé, pour reconstruire l’union de toutes les filles et tous les fils de la Côte d’Ivoire. » Et de poursuivre: « Pour ma part, j’ai décidé de demander, une fois de plus, pardon aux Ivoiriens, pour tout ce que, depuis 2002, j’ai pu consciemment ou inconsciemment commettre comme offenses à ce peuple qui a tant souffert. J’adopterai la même approche du Pardon et j’irai demander Pardon à mes aînés les présidents Henri Konan BEDIE, Alassane OUATTARA et aussi Laurent GBAGBO pour tous les torts, manquements ou offenses que moi-même ou mes proches ont pu causer à chacun d’entre eux spécifiquement. Je demeure convaincu que toutes les filles et tous les fils de ce pays doivent résolument emprunter le chemin de la vraie repentance et de la vraie réconciliation. En ce qui me concerne j’ai déjà pardonné et je suis désormais sans rancune ni colère. »
Cela a suffi pour remettre en selle, l’acrimonie brutale, de ceux qui jouissent de la discorde, de la division. Ces « ambassadeurs de la haine » qui aiment à s’enraciner dans le temps perdu, ressassant les possibilités d’espoirs et de progrès humains, sociaux, anéantis ; ruminant, déplorant et pleurant quotidiennement sur leur sort et celui des autres. Ceux-ci, à l’instar de M. André Silver Konan idéalisent le passé à défaut de s’y renfermer. Nourrissant facilement l’hostilité envers les citoyens engagés dans la recherche du pardon et de la réconciliation, ils cultivent le ressentiment, répandent le mal et incitent à la vengeance mortifère. A ce propos, j’envisage ici de déconstruire successivement les principaux arguments avancés par ce dernier, dans son article intitulé : « Mes 2 préalables après la demande de pardon de Soro ». La finalité de cet exercice étant d’établir que la décontextualisation politique dont il fait montre, l’inscrit inévitablement sur la liste des « ennemis du pardon et de la réconciliation inter-ivoiriens ».

Au plan lexical

Intéressons-nous d’entrée de jeu au titre de son papier, dans son contexte locutoire. Consultons l’emploi du mot « préalables », que André Silver Konan prend pour des « conseils, des suggestions ». Dans une suite logique d’événements, d’actes, de faits, un préalable se rapporte à ce qui doit être fait, dit, examiné, ou réglé antérieurement, et avant tout. Une question préalable est donc une condition ou ensemble de conditions sine qua non à remplir avant d’entreprendre une action. On parle aussi de préambule, de préliminaire. Quant au conseil qui s’apparente à la suggestion, c’est un avis, une recommandation à une personne sur ce qu’il convient de faire pour l’aider à diriger sa conduite et atteindre une assise professionnelle, morale et spirituelle etc. A la lecture de ces définitions, on peut s’apercevoir qu’un préalable n’est pas un conseil, encore moins une suggestion. C’est un prérequis tout simplement. En confondant conditionnalité et suggestivité, notre reporter étale son état d’âme compulsionnel. Une fois cette ambiguïté levée, restituons Konan dans ses intentions originelles, en le reprenant de la façon suivante : « Voici mes deux conditions à l’acceptation du pardon de Guillaume Soro ». De ce fait, André Konan tente de théoriser (sans le savoir peut-être) une conditionnalité du pardon Soroiste. Ne fait-il pas preuve d’un peu de zèle dans cet élan ? Certainement pas, eu égard au titre de journaliste politique qu’il revendique. Examinons alors, ces dites conditions. En réalité, elles sont au nombre de quatre (4) :

Premièrement, l’auto-conditionnement de Guillaume Soro lui-même, qui selon André Silver Konan, aurait fait du succès de la réconciliation nationale, une introduction à la perpétuation de son avenir politique, avec en point focal, les élections présidentielles de 2020. Par un détour abstrait dont lui seul a le secret, André Silver Konan affirme que le processus du pardon propulsé par GKS répond à des fins électoralistes. Archi-faux !

Pour mémoire, la première demande publique de pardon ne s’est pas faite en 2017. Elle remonte à bien plus longtemps. « Aux parents des victimes, nous demandons le pardon. Elles ne seront pas oubliées » : cette promesse de Guillaume Soro en 2007, lors de la cérémonie de la flamme de la paix était-elle dictée par une ambition présidentielle ?

Quand Guillaume Soro se rendait dans la cour familiale de Laurent Gbagbo pour demander pardon, était-ce en vue de 2020 ? Etait-ce à dessein de garantir sa victoire en 2020, qu’il recommanda aux députés de sillonner les campements et les hameaux pour prêcher le pardon, après avoir lui-même officiellement demandé pardon à l’ensemble de tous les ivoiriens, dès le début de sa première législature en 2012 ? Décrédibiliser en prêtant des intentions mercantilistes à celui qui a toujours été au service de l’intérêt national, répond à une stratégie de diabolisation qui ne résiste pas (non plus) à la clarté des faits : GKS ne s’est jamais dérobé à l’appel de ses responsabilités devant l’histoire. Il a toujours répondu présent, aux côtés de ses frères et sœurs en période électorale ou non. Son engagement pour son pays échappe donc à cette insinuation malveillante d’André Silver Konan.

Deuxièmement, André Silver affirme que GKS n’obtiendra jamais de pardon « tant qu’il continuera ou semblera présenter la rébellion comme un acte héroïque ». Or, nous avons entendu le Président de l’Assemblée Nationale, une fois de plus, ce 20 Juillet 2017, « j’ai décidé de demander, une fois de plus, pardon aux Ivoiriens, pour tout ce que, depuis 2002, j’ai pu consciemment ou inconsciemment commettre comme offenses à ce peuple qui a tant souffert. J’adopterai la même approche du Pardon et j’irai demander Pardon à mes aînés les présidents Henri Konan BEDIE, Alassane OUATTARA et aussi Laurent GBAGBO pour tous les torts, manquements ou offenses que moi-même ou mes proches ont pu causer à chacun d’entre eux spécifiquement.demander pardon aux Ivoiriens, pour tous les torts, manquements ou offenses que lui-même ou ses proches ont pu consciemment ou inconsciemment causer à chacun d’entre eux spécifiquement, depuis 2002 ». décidé de demander, une fois de plus, pardon aux Ivoiriens, pour tout ce que, depuis 2002, j’ai pu consciemment ou inconsciemment commettre comme offenses à ce peuple qui a tant souffert. J’adopterai la même approche du Pardon et j’irai demander Pardon à mes aînés les présidents Henri Konan BEDIE, Alassane OUATTARA et aussi Laurent GBAGBO pour tous les torts, manquements ou offenses que moi-même ou mes proches ont pu causer à chacun d’entre eux spécifiquement.Il s’est engagé à adopter la même attitude en allant demander Pardon à ses aînés, les présidents Henri Konan BEDIE, Alassane OUATTARA et aussi Laurent GBAGBO ». décidé de demander, une fois de plus, pardon aux Ivoiriens, pour tout ce que, depuis 2002, j’ai pu consciemment ou inconsciemment commettre comme offenses à ce peuple qui a tant souffert. J’adopterai la même approche du Pardon et j’irai demander Pardon à mes aînés les présidents Henri Konan BEDIE, Alassane OUATTARA et aussi Laurent GBAGBO pour tous les torts, manquements ou offenses que moi-même ou mes proches ont pu causer à chacun d’entre eux spécifiquement. décidé de demander, une fois de plus, pardon aux Ivoiriens, pour tout ce que, depuis 2002, j’ai pu consciemment ou inconsciemment commettre comme offenses à ce peuple qui a tant souffert. J’adopterai la même approche du Pardon et j’irai demander Pardon à mes aînés les présidents Henri Konan BEDIE, Alassane OUATTARA et aussi Laurent GBAGBO pour tous les torts, manquements ou offenses que moi-même ou mes proches ont pu causer à chacun d’entre eux spécifiquement. décidé de demander, une fois de plus, pardon aux Ivoiriens, pour tout ce que, depuis 2002, j’ai pu consciemment ou inconsciemment commettre comme offenses à ce peuple qui a tant souffert. J’adopterai la même approche du Pardon et j’irai demander Pardon à mes aînés les présidents Henri Konan BEDIE, Alassane OUATTARA et aussi Laurent GBAGBO pour tous les torts, manquements ou offenses que moi-même ou mes proches ont pu causer à chacun d’entre eux spécifiquement. décidé de demander, une fois de plus, pardon aux Ivoiriens, pour tout ce que, depuis 2002, j’ai pu consciemment ou inconsciemment commettre comme offenses à ce peuple qui a tant souffert. J’adopterai la même approche du Pardon et j’irai demander Pardon à mes aînés les présidents Henri Konan BEDIE, Alassane OUATTARA et aussi Laurent GBAGBO pour tous les torts, manquements ou offenses que moi-même ou mes proches ont pu causer à chacun d’entre eux spécifiquement.Malgré toute cette bonne volonté affichée, aux yeux de Konan, GKS n’a jamais reconnu ses erreurs, comme il se devrait. Pour aller à la réconciliation, quelle forme spécifique devrait alors prendre l’attribution à soi d’une faute ? Avouer, n’est-ce pas se remémorer, se reconnaitre dans un évènement réel qui a laissé des traces et qui demandent à être réinterprétées ? Le pardon, connote une largeur d’esprit, une grandeur du cœur qui cherche à comprendre l’autre au-delà de ses limites. Andre Silver ne peut pas ne pas le savoir, lui, qui tous les dimanches matin, invitent sur son blog, ses lecteurs à méditer la Bible. En bon chrétien qu’il prétend être, il n’oserait nier la générosité divine qui a fait l’homme à son image, au risque de sa propre négation.
Troisièmement, GKS ne connaitrait pas la paix intérieure à moins de demander pardon aux « vraies victimes » de la rébellion. Pour s’étayer, notre observateur égrène un chapelet de vivants, allant de « l’épouse et les enfants de Me Emile Boga Doudou aux parents des jeunes de Koko morts étouffés dans un container à Korhogo, en passant par ceux d’IB, de Désiré Tagro, des gendarmes de Bouake, des danseuses d’adjanou de Sakassou. ». Or donc, dans la tête du frère Konan, il existe une hiérarchisation des victimes. Selon quel ordre de sélectivité ? Qu’entend-il par « vraies victimes » ? Sont-ce les plus populaires, les plus riches, les nationaux, les immigrés…? En démarquant par classification les vraies douleurs des fausses, selon ses propres critères, Konan creuse davantage le fossé de la marginalisation sociale, d’une part et fait fi de la dimension générationnelle du pardon, d’autre part. Il est donc de bon ton de lui rappeler que le pardon (individuel ou collectif) est aussi un « travail de deuil et de mémoire » qui implique une démarche de conversion profonde, qui ne peut s’accommoder des apparences ou des gestes extérieurs non informés du dedans par une inspiration spirituelle forte. C’est une action multidirectionnelle vers les morts qui ne sont plus, les vivants, et leurs héritiers, les héritiers de leurs héritiers.

Quatrièmement, André Silver Konan conditionne la réconciliation totale au retour du PDCI aux affaires. Qui ne sait pas que derrière Konan le journaliste se cache Konan le militant du (http://www.lementor.net/?p=24516) ? En voici l’illustration parfaite. Félix Houphouët Boigny « qui aurait sans doute commis des erreurs et créé des injustices, dans sa conquête du pouvoir et la conservation de celui-ci (…) aurait dans les deux premières décennies de son règne, en tout cas, su se faire pardonner par les survivants et ayant-droits de son action politique ». Quelle comparaison fallacieuse !

Pourquoi tronquer les faits en exaltant l’approche Houphouetiste de la réconciliation nationale, si ce n’est pour dire que le PDCI, qui aspire ardemment au pouvoir d’Etat en 2020, est le seul parti politique capable de conduire la Cote d’Ivoire vers le sentier de la paix ? Heureusement, il répond à cette question par l’affirmative dans un tweet du 20/07/2017 : « A mon avis (et je peux me tromper), je ne suis pas très à l’aise avec les questions militaires ». André Silver Konan ne sait rien des exigences géostratégiques intégrées aux communautés complexes dans leurs processus de sortie de crises. In fine, on comprend mieux ses errements excessifs.

Dans ce quadruple parcours, il ressort nettement que les notions de pardon et de réconciliation retrouvent droit de cité dans l’espace médiatique, ce qui ne les empêche pas de poursuivre leurs carrières dans l’espace politique, ou leurs structures sont assurément de natures différentes. Soit André Silver Konan ignore tout ce que nous venons d’énumérer un peu plus haut ; soit il le sait, et feint de l’ignorer afin de mieux assouvir son désir de « journaliste funèbre ». D’une manière ou d’une autre, il aurait pu constater, à tout le moins, avant de se lancer dans des élucubrations, que le pardon conditionné n’est pas nécessairement authentique, comme il veut nous le laisser entendre. Jacques Derrida ne pense pas le contraire, quand il détache le pardon du repentir. Pour le philosophe Français, s’il accorde son pardon à la condition que l’autre avoue, commence à se racheter, à transfigurer sa faute, à s’en dissocier lui-même pour en demander pardon, alors ce pardon commence à se laisser contaminer par un calcul qui le corrompt. Le pardon doit aussi tenir compte de l’impardonnable. Par voie de conséquence, autant on devrait se méfier « de ces demandes de pardons lancées dans un salon feutré d’aéroport, devant flash et caméras », autant, on devrait se permettre des réserves sur des demandes de pardon ciblées, qui pourraient aussi être calculées et intéressées. Au lieu de poser des préalables, André Silver Konan devrait plutôt se contenter de transmettre des réflexions vivantes, des témoignages qui aideront à réveiller dans le for intérieur des hommes et des femmes de meilleurs sentiments à l’égard du prochain et de la société. Le travail du pardon est lent et patient. Il n’a pas besoin de « pesanteurs communicationnelles » mais plutôt d’« éléments facilitateurs ».

Pour conclure, est-il encore utile de rappeler que Guillaume Soro est à ce jour, le grand maitre de l’ordre Ivoirien du pardon et de la réconciliation ? (http://www.guillaumesoro.ci/tribune-internationale/guillaume-soro-grand-maitre-de-l-rsquo-ordre-ivoirien-du-pardon-et-de-la-reconciliation_13369_1500748894.html) Il apparait en disparaissant, surgissant toujours là où on l’attend le moins, informé de ce que le défi consiste à travailler pour rendre propice la reprise des relations d’une manière nouvelle dans un contrat sociopolitique renouvelé pour toute la Côte d’Ivoire, sans exclusive ni exclusion. Telle est la dimension vibratoire du leader générationnel.

Note :

Jacques Derrida, Foi et Savoir suivi de Le siècle et le pardon, Paris, Seuil, 2001, p.108.

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