Guillaume Soro et le défi du pardon et de la réconciliation (1ère partie)

681

Guillaume Soro et le défi du pardon et de la réconciliation

(1ère partie)

L’Editorial de Tiburce Jules Koffi

On le sait : c’est depuis le 03 avril que le PAN a annoncé officiellement son engagement à œuvrer pour le « Pardon et la Réconciliation nationale ». À combien de réactions, aussi diverses qu’opposées, n’avons-nous pas assisté alors, comme effets de cette communication ? Fait normal — son auteur compte au nombre des plus hautes figures de l’Etat ; et le thème abordé est d’intérêt national. C’est un de ses sujets auxquels nul citoyen ne peut rester indifférent.

Sur la question, se distinguent deux positions apparemment inconciliables, dans la pure tradition de la discorde : pour et contre ; en d’autres termes, les avis favorables à cette initiative, et ceux qui la rejettent, sans réserve. C’est cette dernière tendance qui suscite cet article.

L’argumentaire qu’elle déploie est plus que discutable. À suivre le raisonnement de ceux qui s’opposent à la démarche du PAN, Guillaume Soro, pour avoir été le chef de la rébellion, porte la responsabilité des crimes et morts d’hommes qu’elle a engendrés. Il a « les mains sales » — c’est leur expression. Ce fait ne l’autorise donc pas, selon, eux, à engager une demande de pardon et réconciliation. J’ai reçu maints courriers donnant dans un tel argumentaire déployé avec une rage et une fureur telles que j’ai cru, par moments, m’être égaré pour avoir pris fermement position en faveur de la démarche du PAN.

C’est surtout, comme on peut le deviner, du côté des partisans de Laurent Gbagbo, que j’ai rencontré les réactions les plus hostiles. Sur les réseaux sociaux, on les appelle GOR (Gbagbo Ou Rien.) Leur avis sur la question se résume en un réflexe d’affirmation du culte « Gbagbo-le-messie » célébré en une ritournelle magique aux entournures du mystique : « Sans Gbagbo, pas de pardon ni de réconciliation ! »

Reconnaissons, en toute honnêteté, la légitimité sinon la justesse d’une telle position : je ne vois vraiment pas comment ce pays pourrait en arriver à pardonner aux uns et aux autres, et à réconcilier et sa classe politique et les composantes de la population, tant que l’un de ses fils les plus charismatiques, en l’occurrence Laurent Gbagbo, se trouverait hors du pays, exclu du cercle de vie national. Laurent Gbagbo est indiscutablement un fils prodige du pays ; et cet exil, ce bannissement déguisé, ne l’a pas rendu moins populaire et charismatique que par le passé . Nous-mêmes qui l’avions âprement combattu n’admettons pas son exclusion de la vie socio politique nationale, à plus forte raison, ses partisans.

Nous revenons donc à la problématique de départ : l’intransigeance des deux camps antagoniques que sont les partisans du Rhdp (favorables, pour la plupart d’entre eux, au maintien de l’ex-président ivoirien à La Haye) et ceux de Laurent Gbagbo, infatigables revendicateurs de la « libération sans condition » de leur leader. Il faut ajouter à tout cela l’intransigeance, aussi, des  »sans parti politique », selon que ces derniers sont pour ou contre la libération de Laurent Gbagbo. On le voit : impossible d’être neutre sur cette question. Le fardeau de méfiance, voire de haine qui divise la classe politique ivoirienne et, à travers elle, la société ivoirienne, se creuse ainsi et de plus en plus, et s’accentuera tant que cette équation ne sera pas résolue. On comprend donc que le premier défi qui attend le PAN dans sa quête (on ne peut plus, noble, pour une Côte d’Ivoire unie et fraternelle), est celui de la résolution de la « question Gbagbo. » Comment résoudre cette équation ? Réponse : par sa prise en compte dans la démarche pour le « Pardon et la Réconciliation nationale » — ce que le PAN a, manifestement, compris. Le panel de ce projet comprend en effet des point forts ; entre autres :

la libération des prisonniers politiques ;
la prise d’une loi d’amnistie pour tous les protagonistes impliqués dans ce conflit national qui a fait vaciller l’embryon de nation que nous étions en train de construire ;
le retour des exilés, par une volonté et une action décisives d’Etat, et leur intégration dans le tissu de production nationale.
Etc.
La prise de position en faveur de la libération de l’ex-président du pays, Laurent Gbagbo est perceptible dans ce projet. La décision d’aller voir ce dernier à la Haye s’inscrit ainsi dans cette ligne.

[GSK ET LA CLASSE POLITIQUE IVOIRIENNE]

Ils me disent aussi, les GOR : « Ce n’est pas à Guillaume Soro d’engager cette démarche. Il n’est pas crédible. » Et ils assènent : « Il a trahi Gbagbo qui avait fait de lui Premier ministre ! » Ah oui ! Le dealde l’Accord politique de Ouaga (Apo) était donc d’aider à la réélection de Laurent Gbagbo à la tête du pays par/avec le soutien de Guillaume Soro et Blaise Compaoré ? Parfait ! Mais alors, une réflexion cruciale : si Gbagbo avait été réélu grâce à cet Accord politique, Guillaume Soro serait donc apparu aux yeux des partisans de l’ex-chef d’Etat ivoirien comme une personne de bien, fréquentable et recommandable ! Oui, c’est cela : pour les GOR donc, Guillaume Soro n’est « bien » que lorsqu’il est au service de Gbagbo !

Pour preuves : alors Premier ministre, Guillaume Soro (le même, que vilipendent aujourd’hui les gbagbophiles) était devenu le héros des « Refondateurs et des « gbagbophiles. » L’on se souvient encore de la déclaration, par Charles Blé Goudé des belles amours retrouvées entre Guillaume Soro et la « Galaxie patriotique. » Ce fut une époque de noces médiatiquement rapportées entre l’ex-chef de l’ex-rébellion (on ne les appelait plus rebelles, mais  »ex-rebelles ») et les partisans de Gbagbo. Et tous les nouveaux partenaires et amis du nouveau Premier ministre crièrent « Haro sur Charles Konan Banny » sorti de la Primature dans la disgrâce ! Coup de semonce : Laurent Gbagbo, lui-même, n’hésitera pas un seul instant à déclarer, superbe de convictions : « De TOUS mes Premiers ministres, Guillaume a été le meilleur ! » Oui, Gbagbo et ses partisans ont bu jusqu’à la lie, le calice des amours politiques entre eux et Guillaume Soro. Ce même Soro fut la coqueluche du Rhdp qui n’a eu de cesse de vanter les qualités d’organisateur et d’administrateur de ce jeune homme  »courageux »,  »intelligent »,  »éclairé »,  »compétent,  »structuré »… tant de ces adjectifs (hautement qualifiants) à lui attribués, naguère !

Oui, c’était aux époques de feu et de plomb. Et il n’y avait personne de valide et de vaillant au front pour faire face à l’adversité. Guillaume Soro et ses acolytes (les rebelles) furent ainsi au service des uns (le Rhdp) et des autres (les Refondateurs) pour animer l’échiquier politique ivoirien.

Au total : adulé par les Refondateurs, et sans cesse honoré par le Rhdp (qui souffla, enfin, de s’être débarrassé de Charles Konan Banny qui ne faisait rien pour faire chuter Laurent Gbagbo — Ah ! ce maudit tandem Banny-Gbagbo !), Guillaume Soro fut l’homme politique du salut national, de 2007 à 2011. Blé Goudé, Serge Kassy, Alpha Blondy, Eugène Djué, entre autres, re (tissèrent) avec lui une alliance sacrée. Mieux, Guillaume Soro fut l’homme politique-passerelle qui participa hautement à la stabilisation du pays, de 2011 à 2013 (fin de sa primature ?) Il alla au-delà de cette date et de cette mission, en soutenant le scélérat, suspect et antidémocratique « Appel de Daoukro » qui offrait cinq années de pouvoir à Alassane et le Rdr, et que la myopie de l’élite corrompue du Pdci-Rda eut l’imprudence de saluer ! En voilà d’autres qui feraient mieux d’engager une démarche de « Pardon et Réconciliation » à l’endroit de leurs militants.

En attendant cet improbable repentir de l’élite du Pdci-Rda, saluons donc librement la caravane du « Pardon et de la réconciliation », l’actuel cheval de bataille du Président de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire ; approuvons de même et tout aussi librement ses (légitimes) prétentions à la magistrature suprême. Et retenons surtout que ces deux actes sont, à ce stade de son prodigieux parcours politique, les SEULS significatifs qu’il est en train de poser de lui-même et par lui-même, pour l’affirmation de sa propre cause… dans un intérêt national.

Et je ne vois vraiment pas qui pourrait l’empêcher d’accomplir un tel programme ; et de quel droit pourrait-on d’ailleurs empêcher cette perle du bourbier politique ivoirien de signer son propre avènement, après avoir comblé les ambitions des uns et des autres. À moins de se montrer d’une rare ingratitude, la classe politique ivoirienne devra admettre la légitimité de (la plus que probable) candidature de Guillaume Soro à la présidentielle de 2020.

Source: guillaumesoro.ci

Tiburce Koffi

tiburce_koffi@yahoo.fr

PARTAGER