Les prerequis pour le développement économique et social des pays africains

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LES PREREQUIS POUR LE DEVELOPPEMENT ECONOMIQUE ET SOCIAL DES PAYS AFRICAINS
par Emmanuel Nkunzumwami

L’Afrique noire veut-elle réellement sortir de la pauvreté endémique ?
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Le 29e sommet de l’Union africaine des 3 et 4 juillet 2017 reprend les éléments de base du développement et déclare des intentions non hiérarchisées dans le temps. Merci à Donald Kaberuka, ancien président de la Banque africaine de développement, de rappeler l’importance de l’autonomie financière pour envisager les étapes suivantes du développement, à commencer par le financement du fonctionnement de l’organisation panafricaine, l’Union africaine. En effet, comment comprendre le continent le plus riche en ressources naturelles minières, énergétiques (pétrole et gaz) et hydrauliques, les plus abondantes du monde, soit le moins doté en ressources du progrès économique et social dans le monde ? Donc les peuples les plus pauvres du monde, mais assis et marchant sur les terres les plus convoitées de notre planète terre. Parce que, en dehors des problèmes de la colonisation mentale et du manque de courage ou d’ambition de certains dirigeants africains, les pays ne se sont pas dotés de projets et de programmes précis, avec des plans de réalisation.

En 2017, les cinquante-quatre chefs d’Etat africains en sont encore à se fixer un objectif de réunir 800 millions de dollars (l’équivalent de l’argent des primes annuelles pour les salariés d’une grande entreprise européenne), pour le fonctionnement de leur organisation continentale, l’Union africaine. Soit les Etats sont mal organisés, soit les corruptions sont telles que les caisses des Etats ne parviennent pas à réunir une très modeste contribution d’une poussière de pourcentage de sa richesse nationale, soit l’Union africaine est une posture et une vitrine sans intérêt où l’on adhère pour quelques sorties annuelles pour rencontrer les collègues en vue des conversations de routine. L’Union africaine peut-elle continuer à dépendre de l’Union européenne, des Etats-Unis, de la Chine, du Japon et de la bonne volonté de quelques pays émergents qui étaient encore aussi pauvres que les pays africains au début des années 1960.

Que les Africains ne se détournent donc pas de l’essentiel. Les prérequis au développement sont clairs et incontournables :

1°- La paix intérieure, la sécurité des territoires, des populations et des institutions sont le pilier principal du développement. Les guerres civiles permanentes comme en Centrafrique ou en République du Congo ; les insécurités liées au terrorisme dans de nombreux pays du Sahel, au Nigeria, au Cameroun, au Tchad ou au Mali ; les risques des déstabilisation par des puissances extérieures, souvent occidentales, avec la complicité des ressortissants africains, tel qu’au Burundi ou en République démocratique du Congo ; ainsi que les Etats inexistants tels que la Somalie ou le Sud Soudan, ne peuvent que contribuer à décomposer les pays, et tirer davantage les peuples dans la misère croissante permanente. Résoudre ces graves crises, c’est contribuer à jeter les fondations du développement.

2°- L’éducation de la jeunesse, l’ambition de la recherche et de l’innovation, la formation professionnelle pour préparer l’avenir. Le continent africain est le plus jeune du monde, mais il demeure l’espace mondial où les taux de scolarisation et d’alphabétisation demeurent les plus bas du monde. Que l’on ne nous oppose pas les écoles coraniques de conditionnement culturel et d’embrigadement islamique qui n’élèvent pas les niveaux d’éducation des futurs professionnels des nations africaines. Les pays africains ont besoin des écoles de niveaux international, des centres de recherches de haut niveau, des centre de développement et des recherches linguistiques et historiques pour retrouver les racines des peuples, des universités performantes, et des centres de formation professionnelle aux métiers indispensables au réel développement économique. Les contributions des originaires d’Afrique, dispersés à travers le monde, seront indispensables pour rattraper les retards et mettre en commun les savoirs et les savoir-faire au service du développement économique et social en Afrique. La jeunesse est l’avenir des nations.

3°-La sécurité alimentaire, sanitaire, énergétique et environnementale pour lutter contre les épidémies et la mortalité infantile. Il n’est pas besoin d’expliquer que l’encouragement des forts taux de fécondité pour pallier à la mortalité infantile est une hérésie entretenue dans certaines communautés africaine. L’important est d’atteindre un taux de fécondité de 3 à 4 enfants par femme en âge de procréer dans des familles monogamiques, et de s’assurer de la bonne alimentation, d’un niveau d’hygiène publique et familiale, et des moyens de l’assainissement public qui assurent un meilleur développement des enfants. L’avenir des nations est assis sur la qualité de l’éducation complète et des soins apportés à la santé de leur jeunesse. Enfin, le développement moderne de l’éducation, des infrastructures hospitalières et des équipements sanitaires repose sur la distribution de l’électricité au plus grand nombre des familles et des territoires. La lutte contre les épidémies et contre la malnutrition, ainsi que l’assainissement et la bonne hygiène publique, constituent le socle d’une bonne santé publique indispensable au développement des nations.

4°- Les infrastructures de communication et de transports sont indispensables aux échanges intérieurs et à la circulation des personnes, des biens et des informations au sein du continent africain. Les quatre dimensions qui fondent les économies modernes s’imposent également en Afrique. Les moyens terrestres de communication et de transport (routes, autoroutes, chemins de fer) ; l’usage des cours d’eau et des mers pour le transport ; le développement des liaisons aériennes et des équipements aéroportuaires pour relier des immenses pays-continents ; et le développement des échanges informationnels utilisant les progrès numériques. C’est le monde actuel et l’impératif qui s’impose à l’Afrique. Ce n’est pas une option, car les Etats n’auront pas le choix entre les dimensions. Toutes ces dimensions s’imposent à tous les pays, autant en Afrique que dans le reste du monde. Développer, diversifier et entretenir les infrastructures participe au désenclavement économique, culturel et mental des peuples.

5°- Les stratégies d’industrialisation et de transformation des ressources brutes en produits finis ou semi-finis en Afrique. Les dirigeants des pays africains seraient-ils naïfs, pour s’appliquer une interdiction de développement de l’économie industrielle, au prétexte qu’elle serait polluante ? Et pendant ce temps, leurs ressources alimentent les chaînes industrielles en Amérique, en Europe et en Asie, au profit des habitants de ces continents. Bien sûr les recherches se poursuivent pour réduire les pollutions industrielles et améliorer l’environnement. Et en attendant, que fait-on ? L’Afrique devrait-elle rester à l’arrêt ? Non. Cependant, les ressources peuvent être limitées pour entretenir une industrie performante dans chaque pays, et la mise en concurrence sur les mêmes productions au sein des Etats voisins serait ruineuse pour l’ensemble des acteurs. Il est extrêmement urgent de développer des stratégies industrielles de dimension régionale au sein des Communautés économiques régionales (CER). Nous sommes disposé à intervenir au sein de ces communautés pour participer à l’élaboration de ces stratégies. L’Afrique dispose de cinq Communautés économiques régionales (CER) constituées qu’il conviendra de développer. Elles peuvent développer des échanges entre elles, mutualiser des ressources industrielles et énergétiques, partager des efforts sur de grands projets continentaux… Mais, elles doivent exister et entretenir une cohésion économique, monétaire et sécuritaire interne. Nul ne viendra construire le développement en Afrique, en dehors des Africains eux-mêmes. Que des rêves et des illusions cessent.

Conclusion
Toute politique économique à l’échelle continentale qui ignore les CER est vouée à l’échec. Les politiques économiques, douanières, monétaires, de libre-échange entre les Etats devront avoir leur socle solide au sein de ces CER. L’espace continental de libre-échange associant les pays relativement avancés du Maghreb et les pays en très grand retard de l’Afrique centrale, ou avec les pays en fortes difficultés tels que la Somalie, le Malawi, le Sud-Soudan n’a strictement aucun sens pour le développement des pays les plus pauvres. Les pays exportateurs gagneront, alors que la dépendance et l’appauvrissement aggraveraient la misère des pays les plus pauvres. Toutes les régulations utiles pour le progrès économique et social devront être pensées et développées au sein des Communautés économiques régionales (CER). Les infrastructures énergétiques (pétrole, gaz, électricité) pourront ainsi irriguer et relier les pays à travers les CER. Ce sont donc ces ensembles qui contribueront à leur développement, en partenariat avec des structures extérieures de participation aux financements, à l’expertise et au contrôle de qualité et de sécurité des installations.

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Emmanuel Nkunzumwami
Analyste économique et politique
Essayiste

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