Ce que pense par Jean Bonin

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À l’approche de la prochaine présidentielle de 2020, les ambitions s’affirment et les stratégies politiques (et militaires) s’affinent.

Il y a d’un côté ceux qui intègrent dans leur course au pouvoir l’aspect militaire et ceux qui, dépourvus de tout dispositif militaire, démocrates, comptent plutôt sur le suffrage des électeurs.

1 – D’UN CÔTÉ, IL Y A LES ACTEURS DE LA COURSE À L’ARMEMENT POUR L’ACCÈS OU LE MAINTIEN AU POUVOIR.

En prévision de la présidentielle de 2020, alors qu’après la crise post électorale de 2010 le désarmement a été (volontairement ?) bâclé, et plutôt que d’y travailler pour débarrasser la Côte d’Ivoire de toutes ces armes qui pullulent dans la nature, voila que les protagonistes de la rébellion de 2002 procèdent, contre toute attente, à une course au surarmement. Quand on garde (cache) des armes ou qu’on en acquiert cest forcément pour le cas échéant s’en servir. Contre qui s’en serviront-ils ?

a) – Soro Guillaume, ex chef de la rébellion, probable candidat indépendant.

Soro détiendrait, selon un rapport officiel de l’ONU, pas moins de 300 tonnes d’armes. La découverte au domicile d’un de ses proches d’une importante cache d’armes démontre que l’ONU avait vu juste et dit vrai. À côté de cet arsenal de la mort, Soro peut aussi compter sur certains ex chefs de guerre reconvertis dans l’armée régulière et qui lui sont, semble-t-il, acquis ou restés fidèles.

b) – Ouattara et/ou le candidat officiel du RDR.

Le candidat officiel du RDR sera, soit le chef de l’Etat actuel (la nouvelle Constitution de 2016 qu’il s’est taillée sur mesure le lui permet), soit celui qu’il aura adoubé (Bakayoko, Coulibaly, Bictogo…).

Il est fort probable que le candidat du RDR, sauf paix des braves, ne sera pas Soro qui, d’ailleurs, n’occupe à ce jour aucun poste significatif dans la hiérarchie de l’appareil politique du RDR.

Le candidat du RDR pourra lui aussi compter sur les ex chefs de guerre acquis au chef de l’Etat mais également sur les très destructeurs M1-24 qu’il vient d’acquérir pour renforcer l’arsenal militaire de l’Etat face à celui dont l’ONU accuse Soro de détenir (caché).

2 – DE L’AUTRE CÔTÉ IL Y A LES DÉMOCRATES.

a) – le FPI

Il a déjà pris part à l’élection présidentielle en 2010 et en 2015 pour donner une chance à la réconciliation nationale et à la paix. Il sera probablement présent en 2020 si les militants le décident. Le Parti regorge de candidats de valeur : Affi N’Guessan, Ahoua Donmello, Augustin Komoé, Marcel Gossio, Amani Michel et même Gbagbo Laurent si, d’ici 2020, il est libéré et que son état de santé le lui permet. En tout état de cause, il appartiendra à la prochaine convention du FPI de décider du choix de son candidat.

Le FPI n’a ni armement, ni armée, ni chefs de guerre. Il ne pourra donc compter que sur le suffrage des électeurs ivoiriens s’il veut accéder au pouvoir. Il dispose, contrairement aux candidats « pro-armes », d’un projet de société et d’un programme de gouvernement. Depuis la libération de Affi N’Guessan, son Pdt en exercice, en août 2013 de la prison de Bouna, il a fait de la paix et de la réconciliation nationale son cheval de bataille. Sur ce terrain il a donc une longueur d’avance sur les mêmes qui, en 1999, 2000, 2002 et 2010, ont balafré la nation, renversé Bedié, extradé Gbagbo et Blé Goudé à la CPI, occasionné des milliers de morts et qui comme par enchantement découvrent, hypocritement, à l’approche de 2020, les vertus électorales de la réconciliation et qui, armes lourdes dans la main droite, veulent faire croire aux ivoiriens qu’ils sont subitement devenus, calculs politiciens dans la main gauche, les chantres de la réconciliation entre populations qu’ils ont activement contribué a assassiner, emprisonner, mis en exil…

b) – Le PDCI

Ce Parti a une longue expérience de la gestion du pouvoir. La Côte d’Ivoire lui doit ses lettres de noblesse en matière de développement harmonieux du pays et de promotion non sectaire ou tribaliste de ses cadres. C’était sous l’illustre Félix Houphouët-Boigny, le père de la nation.

Les guerres de succession entre les héritiers (Bedié, Guéi, Ado, Yacé…) ont fini par avoir raison de ce Parti. En 2020, cela fera 20 ans qu’il a perdu le pouvoir, il devrait donc logiquement présenter un candidat. Tout comme le FPI ou l’UDPCI, il n’a ni armement, ni armée, ni chefs de guerre acquis à sa cause.

Pour l’heure, nulle ne sait s’il a un programme actualisé de gouvernement. De même, pour le moment, aucun cadre ne se dégage ni ne sort du lot pour prétendre être le candidat naturel de ce Parti, tant l’emprise de son président, Bedié, est forte. Bedié pourrait donc après l’échec de 2010 et l’absence de 2015 être l’homme providentiel de ce Parti. Pourtant, ce Parti regorge tout aussi, à l’instar du FPI, de cadres compétents et pacifiques.

3 – CONCLUSION

La Côte d’Ivoire survivra-t-elle à une nouvelle guerre en 2020 au regard de la course à l’armement qui est actuellement engagée entre les candidats « pro-armes » ? Rien n’est moins sûr.

Les ivoiriens ne peuvent pas réellement tourner le dos à la guerre, aux guerriers et à la violence en confiant les destins de ce pays, qui aspire à la paix et à la réconciliation vraie, à des candidats dont les hauts faits d’armes politiques sont marqués du sang innocent des ivoiriens. Ce serait une grave erreur. Tout comme l’erreur qui a consisté pour certains, en 2010 et 2015, surtout chez les militants du PDCI, à croire que confier la gestion du pays à ceux qui l’avaient balafrée et qui, parce qu’ils détenaient des armes, nous ouvriraient les voies de la paix.

L’actualité nationale de l’heure, qui est marquée notamment par les exactions commises sur les populations et les biens par les mutins, les démobilisées et autres microbes, sans compter l’actuelle course à l’armement et à l’enrichissement illicite par des dozos en cravate mués en ministres, DG, PCA et directeurs centraux d’administration publique, montre bien qu’il faut confier le pays à un homme vertueux, profondément pacifique, ouvert et qui est capable de faire avancer notre fragile nation parce qu’il propose un programme de gouvernement crédible et réaliste.

Je formule donc le voeux que le Seigneur bénisse notre nation et nous donne la capacité de discernement pour qu’en 2020 nous portions à la tête de notre très chère Côte d’Ivoire un homme ou une femme qui porte en lui les valeurs et les qualités du père de la nation et du père de la démocratie ivoirienne.

Jean Bonin
Juriste
Citoyen ivoirien.

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