Ce n’est pas Soro qui tire les ficelles ou décryptage d’une mutinerie

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Ce décryptage a été écrit dimanche 14 mai 2017 et publié le lendemain lundi 15 mai 2017, alors que la crise n’était pas encore réglé, conserve sa pertinence.

Avant les informations et allégations relatives à la découverte d’armes, il tentait de placer d’expliquer comment dans une crise militaire à laquelle Guillaume Soro ne pouvait pas être partie prenante, un lien idéologique pouvait être fait de façon volontaire ou involontaire, pour. Il prônait également un dialogue marqué par le refus du paiement des primes, tandis que le dialogue conseillé par d’autres signifiait acceptation du paiement des primes.

Le Président de l’Assemblée nationale de la Côte d’Ivoire , pas plus qu’en janvier dernier , n’est pas impliqué dans la mutinerie des soldats d’une partie de l’Armée.
En janvier 2017, on a même entendu des commentateurs prétendre que les soldats manifestaient [ mais c’était pour vraiment si peu ! ] pour que la Présidence de l’Assemblée nationale n’échappe pas à Guillaume Soro.
Guillaume Soro ne peut tirer les ficelles dans les mutineries en cours en Côte d’Ivoire, puisqu’en réalité, il est lui aussi une cible et même l’objet de protestation des mutins.
Guillaume Soro est l’expression de la réussite sociale et matérielle que les mutins envient, de ce qu’ils n’ont pas pu devenir, et qu’ils ne peuvent pas tous devenir, mais à laquelle ils aspirent , et qu’ils rêvent de devenir avec leurs armes.
Quand les mutins voient Guillaume Soro, ils ne se trouvent pas moins légitimes que lui. Ils veulent devenir ce qu’il est devenu : un homme à l’abri d’une attente de prime de 7 millions ou 12 millions Fcfa.
Comment à ce titre, le Président de l’Assemblée nationale peut-il parvenir à manipuler des mutins dont la protestation le vise indirectement, puisqu’ils pensent que ce que Guillaume Soro est devenu, c’est bien grâce à eux, qui pourtant n’ont rien eu.
C’est quand on n’a pas compris cela, qu’on peut penser que Guillaume Soro peut tirer les ficelles de la mutinerie pour affaiblir le pouvoir, et se présenter en recours, en négociateur pour espérer en tirer des dividendes politiques , pour faire un coup d’État qui ouvrira un processus dont le contrôle et la maîtrise, ne sont évidents pour personne.
Cependant, il n’est pas juste , quand on a fini de dire que Guillaume Soro n’est pas impliqué dans les mutineries , d’accuser un entourage imaginaire du chef de l’État, de dire que que le Président Ouattara doit se débarrasser de ses collaborateurs, de parler de l’enrichissement illicite des uns et des autres, en tentant de présenter Guillaume Soro comme un électron libre, pas comptable de ce qui est fait; en tentant de faire croire que Guillaume Soro est opposé à tous les autres, et dispose d’une recette miracle, d’une solution meilleure pour adresser et aborder les problèmes actuels de la Côte d’Ivoire.
Par ailleurs au moment où tout le monde dénonce le recours aux armes et à la violence , si on se souvient avoir par le passé exalté la violence et la rébellion , si on se souvient avoir revendiqué le fait d’avoir sauvé une cause par la violence, si on se souvient avoir dit que si c’était à refaire , on referait la même chose pourtant décriée désormais, il est possible de se sentir concerné et de penser -à tort bien entendu- que la fermeté à l’endroit des soldats , est un reniement de toutes les formes passées de violence ( y’a t-il de bonnes violences , des causes qui méritent la violence ) , est une fermeté contre Guillaume Soro, alors qu’il n’en est rien.
Oui il n’en est absolument rien , même si quelques formes d’injures dans le débat politique, les menaces d’envoyer ad-patres , dix pieds sous terre, ou carrément l’allusion à une autre possibilité de recours aux armes brandie par des gens prétendant soutenir les ambitions présidentielles réelles ou imaginaires prêtées à Guillaume Soro, ne peuvent manquer d’interpeller, et d’inciter à vouloir faire un parallèle entre le recours actuel aux armes, l’exaltation d’un recours passé aux armes, et l’allusion à un futur recours aux armes.
L’option actuelle choisie par le gouvernement est la fermeté. Si d’autres personnes ne sont pas d’accord , il est temps qu’elles exposent et expliquent clairement et courageusement leur point de vue, au lieu de s’en prendre à d’imaginaires collaborateurs qui auraient trompé le chef.
La vérité est que le chef de l’État, Alassane Ouattara a dit, après analyse approfondie de la situation, que la Côte d’Ivoire ne peut plus supporter le paiement des primes.
Il a en face de lui, des collaborateurs loyaux qui l’aident à faire passer le message.
Les autres veulent qu’on continue le dialogue, c’est à dire qu’on s’engage à trouver près de 60 milliards Fcfa supplémentaires pour satisfaire les soldats argent ou rien.
Voilà ce que couvre l’appel au dialogue : payer , toujours payer alors pour un problème qui ne date pas tout à fait de la crise post électorale entre les camps Ouattara et Gbagbo, puisque l’accord de Ouaga est évoqué.
La confusion qui consiste à voir Guillaume Soro dans la colère des militaires, vient précisément du fait qu’à défaut de s’en pendre directement au chef de l’État, des soutiens réels ou supposés du Président de l’Assemblée nationale, ne se privent pas de soutenir les positions des mutins, de justifier leurs postures, et de s’en prendre sans arrêts a des supposés collaborateurs incompétents d’Alassane Ouattara, à un entourage du chef de l’État, jamais clairement identifié, mais qu’on préfère évoquer pour éviter le courage d’avoir à indexer directement la compétence du chef de l’État lui-même.
Puisque le Président Alassane Ouattara agit réellement en connaissance de cause, puisque ses collaborateurs ne le manipulent pas, puisqu’il les a choisis librement et qu’il peut les révoquer librement, vouloir insister pour le présenter sous l’image d’un chef « infantilisé et manipulé » par l’entourage [ une erreur commise au passage par Joël N’Guessan] , est proprement insultant pour lui, et pour ses collaborateurs, jamais clairement identifiés comme les trompeurs.
Quand le débat prend cette tournure , difficile de ne pas rappeler que celui qui a revendiqué la rébellion est bien Guillaume Soro. Pour le meilleur et pour le pire, il est le père de la rébellion. Pour en tirer les profits et les bénéfices positifs, mais également pour en subir les conséquences négatives éventuelles .
Il ne s’agit pas lorsqu’il y’a problème, de dire que l’on était en mission pour le Rdr ou pour Ouattara, mais ensuite d’exiger pour soi-même d’autres avantages, et signes de gratitudes lorsque tout va bien.
En ces temps incertains, il est juste de clarifier aussi bien les dits que les non dits, pour éviter les suspicions et les confusions dévastatrices pour toutes et pour tous.
Conclusions : de 1- Guillaume Soro ne tire pas les ficelles de la mutinerie; de 2- il n’y a pas un entourage autour du chef de l’État, qui le trompe et qui aurait organisé le convoyage de faux représentants de soldats.
Nous avons simplement en face des soldats adeptes de l’argent ou rien , des soldats « AOR », qui ont récusé leurs porte-parole qu’ils accusent d’avoir été achetés parce qu’ils ont eu une attitude constructive.
Que mille décisions soient prises, que ce soit avec Ouattara qu’ils parlent , avec Duncan, Amadou Gon, Soro ou autre personne, leurs problèmes c’est l’argent.
À priori c’est une bonne chose de ne vouloir que l’argent, et pas le renversement des institutions; mais la persistance de la crise peut bien conduire à un coup d’État , puisque la Côte d’Ivoire n’a pas les moyens pour leur trouver cet argent.
Depuis des semaines, des imams et d’autres émissaires, ont été envoyés vers eux, pour tenir ce message de vérité, pour exprimer une incapacité.
Il est clair que si le gouvernement et le Président Ouattara, trouvent un bon émissaire qui saura convaincre les militaires mécontents à renoncer à l’argent et à l’usage de la violence, ils seront preneurs : les rois et chefs traditionnels, Mindaoudou, San Egidio , Cedeao, Union Africaine, ou toutes les autres instances… peu importe, le message doit être : il n’y a pas pas d’argent à donner.
Le prix à payer pour la paix devient de plus en plus lourd, même si personne ne souhaite le carnage et des morts d’homme.

Charles Kouassi
L’Intelligent d’Abidjan

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