Mutinerie en Côte d’Ivoire: ceux qui ont renoncé aux primes n’ont pas parlé au nom des mutins

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Soldats mutins Sia Katibou, AFP

Côte-d’Ivoire- Persistance de la mutinerie : ceux qui ont renoncé aux primes n’ont pas parlé au nom des mutins

L’évolution déplorable de la situation ce samedi matin appelle deux interrogations : 1- ceux des mutins qui ont déclaré jeudi soir avoir renoncé aux primes qui faisaient l’objet de leurs revendications étaient-ils réellement des mutins ou des infiltrés du pouvoir Ouattara au sein de ceux-ci ? 2- la séance de vaudou d’expiatrice à laquelle ils se sont livrés n’était-elle qu’une farce, mise en scène par les stratèges du régime et exécutée par de faux repentis ?

Ce questionnement vaut d’autant plus son pesant de pertinence que hier vendredi, alors que tout le monde croyait la sérénité revenue en Côte d’ivoire, le pays a dû faire face à un regain d’insurrection des mutins qui ont de nouveau repris leurs activités déstabilisatrices. Au point où ce matin même, Bouaké, deuxième ville du pays, était toujours bloquée, alors que vendredi, le ministre de la Défense, Alain-Richard Donwahi, assurait que 90% du territoire était sous contrôle, et qu’il n’y avait plus rien à négocier avec les mutins après la renonciation aux primes annoncée par le sergent Fofana devant le président de la République. Selon le ministre ivoirien, seules allaient être appliquées les décisions prises lors de cette rencontre entre les autorités du pays et ce « représentant des mutins ».
Jeudi, en effet, des mutins venus de Bouaké ont fait une déclaration dans les locaux de la présidence en l’absence de la presse, et cette déclaration a été filmée et remise à la Radiotélévision Ivoirienne (RTI) pour diffusion. Dans sa déclaration au nom de ses 8 400 camarades d’armes, le sergent Fofana affirmait : « Nous présentons nos excuses pour les différentes situations malheureuses que nous avons connues, au nom des 8 400. Le gouvernement a prêté une oreille attentive à nos problèmes, il y a eu un accord consensuel. En ces temps de réconciliation, nous prenons l’engagement solennel de nous ranger et de nous mettre aux ordres de la République », avait déclaré le sergent Fofana, devant le Président de la République Alassane Ouattara .
Mais à l’épreuve des faits, il semble qu’il ne parlait pas au nom de tous les 8400 mutins, mais en son nom et des quelques mutins « revenus à la raison » comme lui. La preuve, la colère des mutins est allée crescendo après qu’ils eurent pris connaissance de cette déclaration : « Nos représentants qui ont parlé hier à la télévision pour annoncer que nous renoncions à nos primes ne nous ont pas consultés avant. Nous sommes en colère contre eux, d’autant que personne n’arrive à les joindre depuis hier. Nous demandons le reliquat des primes promises. En janvier, nous avions reçu 5 millions de Francs CFA, et on nous avait promis 7 autres millions versés par tranches de un million à partir de juin. Nous voulons que le gouvernement parle avec nous », a déclaré un des mutins, un sergent de 28 ans de l’Unité de commandement et de soutien (UCS), rencontré hier par nos confrères de l’hebdomadaire Jeune Afrique.
Du coup, si tout le monde souhaite le retour de la paix dans ce pays qui a été sérieusement meurtri par Ouattara et ses complices occidentaux fin 2010-1er semestre 2011 aux fins de faire main basse sur le pouvoir d’Etat, le risque est grand que ce vœu ne puisse pas être réalisé à brève échéance. Voici les raisons :
– ceux qui revendiquent les primes sont pour la plupart, d’anciens rebelles -dont les « dozos » de sinistre réputation- qui ont aidé Ouattara à prendre le pouvoir en 2011, et non des militaires de profession.
– Ils ont tellement versé du sang et s’en sentent tellement coupables qu’ils accepteraient difficilement d’avoir ainsi damné leurs âmes pour seulement les beaux yeux de Ouattara. Ils veulent à tout prix recevoir la contrepartie financière de ces péchés capitaux, car ce qu’ils appellent « primes » n’est en fait que l’argent qui leur avait été promis pour après la prise du pouvoir par Ouattara ;
– Ils sont au bas mot 8400 individus, qui ont reçu récemment cinq millions chacun, si l’on en croit la déclaration du soldat de l’UCS supra, ce qui arithmétiquement, aurait déjà grevé le trésor public ivoirien de quelque 42 milliards. Maintenant, ils attendent encore 7 millions chacun, soit 58,8 milliards au total. Même si cela leur est versé par tranche d’un million à chaque paiement, c’est 8,4 milliards que le gouvernement devrait leur verser à chaque fois aux frais du contribuable qui n’a jamais appelé la rébellion dans son pays.
– Sarkozy qui a soutenu la rébellion en Côte d’Ivoire n’est plus au pouvoir en France pour décider d’une « aide financière au pays ami de Côte d’Ivoire » permettant de résoudre « l’équation mutins ». Or la Côte d’Ivoire a de toute évidence d’autres priorités devant lesquelles le régime Ouattara ne peut se dérober pour régler prioritairement les revendications des ex-rebelles des ex-Forces Nouvelles.
Au regard de ce qui précède, la situation est plutôt du genre chaud devant, celui qui sème le vent ne pouvant récolter que la tempête !

Ndam Njoya Nzoméné

Cameroonvoice

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