Côte d’Ivoire : ruées vers les hôpitaux publics après l’augmentation des tarifs dans le privé ?

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L’augmentation annoncée des actes médicaux dans les établissements sanitaires du secteur privé n’est pas saluée par l’ensemble des acteurs et usagers. Pendant ce temps, les hôpitaux publics envisagent améliorer leurs prestations.

« Nos coûts n’augmentent pas puisque ce sont des tarifs publics qui sont encadrés. Mais nous avions estimé que cela pouvait être une aubaine pour capter beaucoup de clients, surtout au niveau des assurances pour améliorer nos prestations ; le coût étant moindre ici, les gens viendront. Tout compte fait, nous avons les meilleurs experts ici, le problème c’est l’hôtellerie et la prise en charge. Les textes au niveau de l’État qui fixent les prix, c’est jusqu’au Centre hospitalier régional (CHR). Les Chu ne sont pas contraints par ces textes. On peut en fonction de la qualité d’une prestation déterminer un prix, mais cela se fait en accord avec le conseil de gestion et le ministère. La direction générale est en train de voir comment mener des actions opérationnelles afin de tirer profit de cette situation », a confié un chef de service au chu de Cocody, qui n’a pas souhaité être cité , faute d’avoir obtenu l’autorisation de la hiérarchie.

[ L’entrée en vigueur de la CMU va soulager ]

Cet interlocuteur a ajouté : « Nous sommes en train de mener une réflexion à la faveur de la CMU pour revoir tous nos coûts et pour voir si ces coûts s’alignent au moins sur le niveau CHR ; parce que souvent nous faisons des prestations qui sont moins chères que dans les CHR. Ceux qui seront en dessous, nous allons les ramener au niveau CHR. La CMU peut nous sauver si elle entre en ligne de compte. C’est le tiers payant. L’État qui vend le service est aussi acheteur de ce service pour sa population. La CMU est une aubaine. Elle va réduire la corruption, les déperditions, ça va nous obliger à mieux travailler parce que c’est la mutualisation des risques. Ça va faire marcher les structures et ça ira pour tout le monde ».

À l’hôpital Marie-Thérèse Houphouët-Boigny, Dr Doh médecin-chef a expliqué : « Tous les hôpitaux publics répondent à la tarification du système général de santé. Les consultations de spécialité sont à 1000F, et les consultations de médecine générale à 1000francs. Notre paquet minimum d’activité se résume à des activités de soins primaires qui englobent des soins préventifs tels que la vaccination, la planification familiale. Et l’option préventive est tout ce qui concerne le couple mère-enfant. (Gynécologie, consultations prénatales, post- natale, etc.) ».

[ La Mugef-ci pas d’accord : ce que prévoient ses responsables ]

La mesure d’augmentation des tarifs dans les cliniques ne rencontre pas l’assentiment de la mutuelle générale des fonctionnaires et agents de l’État de Côte d’Ivoire (Mugef-ci). Pour son président du conseil d’administration, Mesmin Komoé, elle est lourde de conséquences financières pour les mutualistes.

« Il y’ a des augmentations de plus de 300%. Malheureusement, le réseau des soins d’Ivoire santé est constitué de 70% des cliniques privées. Les soins médicaux infirmiers par jour étaient facturés à 10.000Fcfa, donc on payait 2000Fcfa. Désormais, ils vont être facturés à 18000Fcfa. Nous allons, désormais, payer 10.000 Fcfa au lieu de 2000Fcfa. Les soins intensifs par jour étaient facturés à 70.000Fcfa, donc le ticket modérateur était à 14.000Fcfa. Désormais, ça sera facturé à 250.000 par agent et la différence de 180.000Fcfa ajoutée aux 14.000 FCF qu’on payait avant, désormais pour le soin intensif, nous allons payer 194 000 FCFA. Ils disent que c’est un préalable, si nous ne pouvons pas accepter cela, ils ne prennent pas Ivoire Santé », s’est désolé Mesmin Komoé.

[ Les soins à domicile et le recours aux hôpitaux publics conseillés ]

« Mais, nous n’allons pas rester là, les bras croisés. Nous avons demandé à la direction exécutive de poursuivre les discussions avec nos amis de l’ACPCI ( Association des cliniques privées de Côte d’Ivoire) , et le syndicat des médecins privés pour que nous puissions trouver un accord soutenable pour tout le monde. Si effectivement cela est mis en application, il y’a des expériences qui ont été déjà menées dans d’autres pays, en Israël, en Belgique notamment : On appelle cela les soins à domicile. On a un partenaire qui a mis en Côte d’Ivoire cette politique de soins à domicile. Si tu es malade, tu appelles et on envoie le médecin chez toi. Il te consulte chez toi. Si ton cas nécessite que tu sois conduit dans un hôpital pour des examens complémentaires, en ce moment il va te dire d’y aller. Si ton cas nécessite qu’on t’hospitalise, en ce moment il te dira d’y aller pour qu’on t’hospitalise. Pour nous, c’est également un moyen de réduire les coûts. Parce que les actes qu’ils ont donnés sont des actes médicaux. Ils n’ont pas encore donné les coûts d’hôtellerie. Et les coûts qui ont été donnés sont des coûts plancher , c’est-à-dire dans la plus petite clinique de Côte d’Ivoire, c’est cette tarification qui doit être en vigueur. Dans les grandes cliniques, ils ne nous ont pas encore dit à combien elles seront. On va également accentuer notre collaboration avec les centres de santé publique. On va encourager nos mutualistes à fréquenter davantage les hôpitaux publics pour les pathologies pour lesquelles les hôpitaux publics disposent de plateaux techniques nécessaires. On ira dans les cliniques, lorsqu’on dira que notre maladie ne peut être soignée dans un hôpital public. On va poursuivre le développement de notre réseau mutualiste », a suggéré le PCA de la mutuelle.

[ Réactions mitigées dans les cliniques privées entre Abidjan et l’intérieur du pays ]

S’agissant des réactions dans les cliniques privées, une dame en service à la clinique St Gabriel à Angré dans la commune de Cocody, a révélé peu avant le 1er janvier 2019, ceci : « À un moment donné, on avait déjà appliqué cette mesure jusqu’à ce que le ministre de la Santé par un Arrêté, demande la mise en veilleuse des nouveaux tarifs jusqu’à la fin de l’année 2018. Pour le moment, c’est l’ancien tarif qui est appliqué puisqu’il est dit que c’est après le 31 décembre 2018 que la nouvelle mesure va entrer en vigueur. Donc à partir du 1er Janvier, nous allons mettre cela en vigueur. Mais, nous avons appris que les négociations se poursuivent au plus haut niveau avec les autorités pour voir comment cela va se passer ». Contactée à nouveau le 3 janvier 2019, elle a affirmé que les nouveaux tarifs étaient désormais appliqués.

De son côté, Koulaï Patrick, gérant d’une clinique à Abengourou, avait avant les fêtes, affirmé : « Il serait difficile que cela entre en application, parce qu’il faut donner le temps aux assureurs d’expliquer ces augmentations à leurs assurés. Ils doivent aussi augmenter leur niveau de cotisation, or la situation économique est difficile. Abidjan et l’intérieur du pays n’ont pas les mêmes réalités. À l’intérieur les prix des actes médicaux sont un peu bas parce que les gens n’ont pas les moyens. Ils n’ont pas l’argent. On peut te faire une consultation-spécialiste à 10.000francs et généraliste à 8000. Or, à Abidjan, on peut te faire une consultation spécialiste à 17000 voire 20 000francs. On se demande si tous ces paramètres ont été étudiés. La première fois que cette décision a été prise, toutes les cliniques n’ont pas adhéré à la réforme. Ces mesures arrangent les plus grandes cliniques parce qu’elles ont déjà un grand standing, des assurés nantis, donc cela ne fait que les arranger. Mais pour les petites cliniques, cela sera difficile. Sinon nous n’avons pas de problème. Si on fait une consultation à 17000francs, cela ne fait que nous arranger puisque c’est du commerce que nous faisons. Mais, dans la pratique, est-ce que cela sera effectif ? Surtout qu’avec ce qui existait avant les gens avaient du mal à payer et maintenant cela a augmenté ». Également contacté, depuis la nouvelle année, il a indiqué que dans sa clinique, les nouveaux tarifs n’étaient pas encore appliqués.

Ernest F
L’Intelligent d’Abidjan

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