Comment Macron veut faire du français la troisième langue la plus parlée au monde

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Le chef de l’État a annoncé mardi, devant les académiciens, un plan pour redynamiser la francophonie.

Il a terminé son discours les yeux brillants en évoquant ses lectures de Giono et de Colette. Sans doute pas mécontent de son éloge de la langue française prononcé sous la coupole de l’Institut de France, là où se réunissent les académiciens depuis bientôt quatre cents ans. Là surtout où aucun président de la République ne s’était exprimé avant lui, malgré le statut de protecteur de l’Académie dont il jouit.

Mardi, les immortels étaient tous là pour écouter, selon les mots de l’Élysée, le «discours fondateur» d’Emmanuel Macron sur la francophonie. Sujet poussiéreux s’il en est que le président de la République s’est efforcé de moderniser. D’abord en conviant, aux côtés des quarante membres de l’Académie française, près de trois cents étudiants. Ensuite en exposant, sur un ton parfois lyrique, une trentaine de mesures pour propulser le français au troisième rang des langues les plus parlées dans le monde alors qu’elle occupe aujourd’hui, dans le meilleur des cas, la cinquième place. Une ambition de développement pour la langue française qu’Emmanuel Macron a placée dans le prolongement de celles de Charlemagne, de Louis XII et surtout de François Ier avec son ordonnance de Villers-Cotterêts.

«L’histoire de notre pays fut constituée par ces héros que sont les professeurs de français»

Pour le chef de l’État, développer le français à l’ère moderne suppose avant tout que la France cesse de se voir comme le cœur de l’espace francophone. «Ce que l’on appelle la francophonie, ce n’est pas cet espace incertain à la périphérie de la France et dont elle serait le centre», a-t-il assuré. Car selon lui, la francophonie, c’est avant tout «la langue française».

«La France est un pays parmi d’autres qui écrit et parle en français. Voilà le décentrement que nous devons réussir», a-t-il expliqué, avant de se livrer à un long éloge du français et surtout de ceux qui l’enseignent. «Sur ce sujet», a souri Emmanuel Macron, dont l’épouse était professeur de français, «j’ai une forme de conflit d’intérêts biographique qui pourrait conduire à fausser mon jugement, je ne pourrai le nier. Mais je veux néanmoins dire que l’histoire de notre pays fut constituée par ces héros que sont les professeurs de français». L’occasion pour lui de vanter à nouveau les réformes lancées par son ministre de l’Éducation, Jean-Michel Blanquer, pour redynamiser l’apprentissage de la langue dès le plus jeune âge.

En la matière, Emmanuel Macron veut aller encore plus loin. Il a demandé «des exercices multipliés, de la dictée à la pièce d’éloquence, de la lecture à voix haute à la chanson, de la récitation à la réflexion sur la racine des mots, qui passe par la revitalisation résolue des langues anciennes». Une façon de dénoncer le bilan de ses prédécesseurs sur le volet éducatif. «Nous ne pouvons être davantage ce pays où ces reculs avaient été admis», a-t-il dénoncé.

Lui ne veut pas d’un autre recul, celui qui consisterait à accepter d’enlaidir la langue en institutionnalisant l’écriture inclusive. Sans citer explicitement cette revendication de militantes féministes, le président de la République a rappelé que le rôle de l’Académie française était de «protéger la langue contre les précieuses et les précieux de tout temps… Et nous en avons encore».

«Le rôle de l’Académie française était de protéger la langue contre les précieuses et les précieux de tout temps… Et nous en avons encore» 
Emmanuel Macron

Fin 2017, au plus fort du débat sur l’écriture inclusive, l’Académie française avait émis une «solennelle mise en garde» contre «ce redoublement de complexité» qui finirait fatalement par remettre en cause «les promesses de la francophonie». D’autant que celles formulées par Emmanuel Macron sont nombreuses: doubler le nombre d’élèves dans les lycées français, doubler les moyens de l’Agence française du développement pour l’éducation en Afrique, débloquer des crédits en faveur du Partenariat mondial pour l’éducation, doubler le nombre d’étudiants étrangers en France venant des pays émergents….

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