Robinets à sec à Cape Town : pourquoi cette pénurie d’eau ?

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Cape Town (Afrique du Sud) n’est pas la première ville à faire face à une sécheresse, mais elle sera vraisemblablement la première grande ville à manquer d’eau. Des restrictions d’eau sont en vigueur dans la ville et le « jour zéro » en 2018 devrait tomber en juin, date à laquelle la municipalité sera incapable de fournir de l’eau à ses résidents.

L’approvisionnement en eau à court terme est un sérieux problème, et bien que la sécheresse actuelle soit grave, elle n’est pas la pire connue par la région du Cap. Dans le passé, le Cap a prospéré et a toujours survécu aux caprices de la météo. Les gens choisissent de vivre dans les villes pour y prospérer dans un lieu dynamique et peuplé où ils peuvent aisément échanger des biens et des connaissances. Au cours des dernières années, la population du Cap a augmenté de plus d’un demi-million de personnes par décennie. Pourtant, dans la ville, personne ne se souvient d’un « jour zéro ». Qu’est-ce qui a changé aujourd’hui?

Pourquoi ce manque d’eau ?

L’approvisionnement en eau naturelle en Afrique du Sud n’a pas changé au cours des derniers siècles. Les systèmes de gestion de l’eau et la technologie ont toujours répondu au besoin des populations. Aujourd’hui, le problème est qu’avec l’augmentation de la population, la demande dépasse nettement l’offre. Depuis la fin du XIXe siècle, le taux de croissance de la population en Afrique du Sud a augmenté à mesure que les approvisionnements alimentaires devenaient plus abondants et plus fiables et que l’accès à de bons soins médicaux s’améliorait. Les villes ont grandi ce qui a permis au niveau de vie d’augmenter. Néanmoins, dans le cas de l’eau, la demande dépasse l’offre. Rajoutons un point important, l’eau est le monopole du secteur public à Cape Town.

Comprendre les pénuries

Pourquoi la nourriture est-elle abondante mais l’eau rare? Nous n’avons aucune raison de croire qu’il existe des fuites significatives dans les conduits d’eau. Dans le monde, au fil du temps, les réserves ont tendance à augmenter grave à une bonne gestion des ressources. Notons que dans les pays socialistes les pénuries sont fréquentes mais cela est du à une hyper régulation de l’Etat et à des sociétés d’État mal gérées et peu performantes. C’est par exemple le cas du Venezuela. Le non respect des droits de propriété freine les activités de tous donc ça touche également l’exploitation de l’eau et la capacité de résilience en cas de manque. De même, nous nous souvenons tous que le Zimbabwe a commencé son ère post-transition en étant exportateur net mais a subi les conséquences de la violation des droits de propriété lorsque le gouvernement a exproprié des terres, et a imposé de lourdes réglementations et charges fiscales, et a privé les citoyens des moyens de prospérer. Dans les deux cas, la perte des droits de propriété et de liberté économique ont entraîné la stagnation économique, la pauvreté, la violence et la défaillance face aux catastrophes naturelles telles que la sécheresse ou les tempêtes.

Les sociétés prospères peuvent aussi connaître des pénuries mais dans ce cas les raisons sont liées à la régulation de secteurs particuliers soumis par exemple à des licences professionnelles pour exercer. Il peut également s’agir de quotas agricoles visant à maintenir les prix à un niveau supérieur aux prix du marché. Mais dans d’autres cas, la cause des pénuries résulte de bonnes intentions. Dans le cas de l’eau à Cape Town, l’intention déclarée était de nationaliser l’approvisionnement en eau afin de rendre l’eau accessible à tous.

Les dangers de la gestion étatique

En réalité, un bien ne peut être gratuit que s’il est suffisamment abondant et disponible. Mais quand l’Etat décide de la gratuité d’un produit tel que l’eau, d’évidence, les populations l’utiliseront de manière irresponsable et sans limite. Si le seul effort à fournir est d’ouvrir le robinet, le gaspillage s’installe. Alors que l’eau est un bien commun précieux, une telle gestion lèse l’ensemble des utilisateurs et les enserre dans un véritable fardeau.

Ainsi, quand l’approvisionnement en eau est nationalisé, personne ne la possède vraiment et personne ne peut maitriser son utilisation responsable. Si le secteur de l’eau était ouvert au secteur privé, la gestion aurait pu être améliorée et le manque anticipé grâce à des investissements permettant la distribution de l’eau à tous dans des quantités responsables et suffisantes. Ce serait en plus une opportunité d’investissement pour une entreprise performante dans ce domaine.

Ce qui est sur c’est qu’un prix de l’eau inférieur à son coût d’approvisionnement réel n’incite aucunement l’utilisateur à l’économie en vue d’une gestion durable. La privatisation du secteur de l’eau permettrait en plus de déterminer le juste prix de cette denrée stratégique. C’est bien la rareté qui détermine le prix et déclenche le reflexe de la responsabilité. Plutôt que d’angoisser à la perspective d’un «jour zéro», les habitants de Cape Town envisageraient l’avenir avec raison et confiance.

Richard J. Grant, économiste analyste pour The Free Market Foundation.

Article publié en collaboration avec Libre Afrique.

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