Ediémou Blin à ses détracteurs sur le 3e mandat de Ouattara: «Je comprends les réactions, mais…”

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Ediémou casse la baraque
« Je comprends les réactions, mais j’ai peur… »
• Des vérités crues et des révélations sur la division du Fpi
• C’est Ouattara qui m’a soigné

« Il faut un troisième mandat à Ouattara ». Voilà le bout de phrase qui a provoqué une volée de bois vert contre le révérend pasteur Ediémou Blin Jacob, chef de l’Eglise céleste de Côte d’Ivoire. Des critiques acerbes aux invectives, tout y est passé. Avec une dose de spiritualité, l’homme de Dieu reprécise les contours de son vœu et invite les Ivoiriens à l’unité. Interview !

Vous avez demandé aux Ivoiriens d’accepter un 3e mandat de Ouattara. Pourquoi ?
C’est la première fois dans ma vie que je vois quelqu’un faire un vœu, et qu’on lui dise pourquoi il a fait ce vœu. Tout citoyen sur cette terre de la Côte d’Ivoire a le droit de formuler des vœux dans ce mois de janvier. Nous pensons que formuler des vœux, pas pour que quelqu’un meurt, mais pour le bonheur d’un homme, un Président de la République, je ne pense pas avoir tué quelqu’un.

En tant qu’homme de Dieu, on attend de vous un vœu qui profite à un plus grand nombre. Or, à regarder les réactions, le plus grand nombre ne semble pas être de votre avis…

Bien sûr. Il y a le mensonge et il y a la vérité. Il y en a qui m’ont félicité. D’autres m’ont dit « pourquoi tu as fait ça ? Il fallait faire ceci ou cela ». Je leur ai donné la même réponse.

Laquelle ?

Je leur ai demandé si nous sommes dans le mois d’octobre ou de septembre. Nous sommes dans le mois de janvier. C’est la première fois que les gens se plaignent lorsque je formule un vœu. Ils m’ont répondu que je ne devais pas parler, parce que c’est trop sensible. J’ai répondu pour dire « c’est être malhonnête ». Vous connaissez Ouattara ? Nous avons entendu ici que la Constitution est faite contre Ouattara. Jusqu’à ce qu’il gagne devant vous. Et change la Constitution. Qu’est-ce que la politique ? On nous a dit que Ouattara ne serait jamais candidat. Devant vous tous, il a été candidat. On nous a dit qu’il ne serait ni maire, ni député, ni président. Il est devenu président. Arrêtons.

Est-ce que vous comprenez ceux qui n’ont pas apprécié votre déclaration ?

Je ne veux pas les comprendre.

Donc, ce sont eux qui ne vous ont pas compris… ?

Est-ce que tout le monde doit être d’accord sur un sujet ? Dans la vie, personne ne doit croire qu’on doit suivre son point de vue. Tout le monde ne peut suivre une opinion. Tu auras des partisans. Et d’autres seront farouchement opposés. Je pense que ce n’est pas méchant. Cela prouve qu’en Côte d’Ivoire, chacun est libre de s’exprimer. Je me suis exprimé. Les gens ont réagi. Je rends grâce à Dieu.

Il n’en demeure pas moins vrai que vous restez un chef, un guide religieux. Beaucoup ont pensé qu’en tant que tel, vous devez rester au-dessus de la mêlée…

Cela n’existe pas. Les gens veulent des paroles biaisées. Ou bien on est insensible ? J’ai fait ça pour mon pays. Ce pays pour lequel nous nous battons toujours. Pour que les enfants de ce pays aient la vocation que Dieu lui a donnée, qui est une vocation divine. C’est-à-dire nous accepter les uns les autres. Pour vivre en paix dans ce pays. Et non dans la haine. Ici, c’est chacun pour tous, tous pour un. La Côte d’Ivoire n’appartient à personne. Elle appartient à tout le monde. Chacun a une surface de la Côte d’Ivoire. Et cultive sa surface. Quand des gens se fâchent contre Dieu, est-ce que Dieu les tue ? Non. Dieu laisse les hommes s’exprimer.

Faut-il considérer votre déclaration comme un simple vœu de nouvel an ou comme une révélation ?

Mon patron s’appelle Maurice Séri Gnoléba, trésorier payeur de Côte d’Ivoire. Ministre, président du Conseil économique et social. C’est l’un des économistes que Houphouët connaît. C’est auprès de lui que j’ai connu le président Ouattara. C’est le président Houphouët qui m’a fait. Quand je vois quelqu’un que le président Houphouët a fait, et qu’à la mort du président Houphouët, l’ingratitude a fait qu’on a vu ce qu’on a fait, on reste solidaire. On a dit à Ouattara d’aller au Fmi, il est parti. Quand il est revenu, on lui a dit tu ne peux pas être candidat, il est candidat. On lui a dit tu ne peux pas être président, il est président. Par le discernement que j’ai, en tant que homme naturel, qui doit avoir un sixième sens, cela me pousse à dire que ce monsieur n’est pas n’importe qui. Pourquoi j’ai demandé un troisième mandat ? Au Pdci, lorsque le secrétaire général dit qu’il a le micro, le ministre Adjoumani dit qu’il est le haut-parleur. Ils sont divisés. Quand celui qui a le micro et le haut-parleur ne sont pas ensemble, c’est difficile. Au Fpi, M. Abou Drahamane Sangaré et M. Affi sont opposés. M. Koulibaly a son parti. Pendant que deux de leurs leaders sont en train de souffrir, ils sont divisés. Le Mfa est divisé. Le Pit est divisé… Donnez-moi le nom d’un parti qui n’est pas divisé ? C’est pourquoi je dis que dans ces divisions, si quelqu’un est déjà au pouvoir, le bons sens veut que si on aime la Côte d’Ivoire, qu’on lui demande de continuer.

Ces partis accusent Ouattara d’être à l’origine des divisions en leur sein pour mieux régner…

Quand quelqu’un vous défie et qu’il remporte le défi, on se tait. On le laisse dans la basse-cour faire le cocorico.

Avec la loi…

Vous vous amusez avec les paroles. Quand on est président, on a la loi avec soi. Vous ne connaissez pas ce que c’est qu’une autorité. Il y a l’autorité temporelle et l’autorité intemporelle. Quand Dieu parle, personne d’autre ne peut parler. En voyant ce que nous voyons, nous prenons notre courage pour parler aux Ivoiriens. Aucun fétiche ne peut battre Ouattara. Il n’y a que nous, si on est méchant, qui pouvons réussir. Je vous ai déjà dit qu’on ne peut pas le battre.

Sommes-nous en politique ? À une foire aux fétiches ?

Vous m’avez surement mal compris. Ce sont des âmes que Dieu a faites. Dieu a ses instruments. Quand ils ne sont pas là, rien ne marche. Personne ne peut aller contre Ouattara.

Et la loi ?

Moi je ne connais pas la loi. Quand le débat sur l’éligibilité avait commencé, j’ai appelé mon cousin Ahizi du Pit pour qu’il m’éclaire. Il était dit « Pour être candidat, il faut être de père et de mère ivoiriens…. ». On nous a fait entendre depuis que Ouattara ne peut être candidat parce que c’est « Ou ». Nous avons entendu que c’est à cause de lui qu’on a mis « Et ». Donc il ne peut être candidat. J’ai demandé à Ahizi, toi qui connais la loi, ce monsieur souffre trop, on va encore aux élections, ils vont dire qu’il ne peut être candidat. Je précise que je n’ai jamais rencontré Ouattara la nuit. En médiation, on va à deux, à trois…Mais « One by One », le président Ouattara ne m’a jamais reçu jusqu’à maintenant. Il y a toujours une ou plusieurs personnes en notre compagnie. Récemment au palais, il m’a salué, et m’a demandé « pasteur, et votre santé ?». Il y a des gens qui veulent que je sois infirme. Mais si le n°1 des Ivoiriens vous demande comment va votre santé, vous êtes heureux. Je reviens pour dire qu’Ahizi m’a fait entendre : « pasteur, puisqu’il est le président de la République, il est le garant de la Constitution, il n’est pas concerné, il est déjà candidat ». Une fois élu, il a proposé un changement de Constitution. Les Ivoiriens ont adopté une nouvelle constitution. A l’heure actuelle, le président Ouattara est au-dessus de la loi. Donc il est candidat d’office. Avez-vous un pays dans le monde où les militaires ont pris le pouvoir et l’ont laissé aux civils dans la même année ? Ne vous amusez pas avec la Côte d’Ivoire. La Côte d’Ivoire a un esprit. Face à cet esprit, ceux qui ont le discernement peuvent voir ce qui arrive. Dieu a donné un pouvoir à chaque homme. Si la personne est dans la vérité, si la personne ne triche pas, ce qu’il demande, Dieu lui donne. Est-ce une révélation ? Un vœu ? Il faut retenir que j’ai profité de janvier pour faire un vœu. Si Dieu le veut, ça va se réaliser. Si Dieu ne veut pas, ça ne va pas se réaliser.

Vous semblez en colère… !

Le prophète Oschoffa a dit aux chrétiens célestes, j’ai remis mon église à Ediémou parce qu’il s’est sacrifié pour l’Eglise. Celui qui va empêcher Ediémou de faire son travail, son pays sera divisé, sa famille va être divisée, son parti va être divisé. Le président Houphouët lui-même a dit église d’Ediémou. Un de ses ministres a donné un autre papier à quelqu’un d’autre dans la même église. Je lui ai dit quand Houphouët va mourir, le Pdci sera divisé. Par la grâce de Dieu, le président Gbagbo arrive au pouvoir, il demande au ministre Gnonkonté Désiré de faire enquête. Gonkonté va au Nigeria et au Bénin, et on lui dit que le chef, c’est Ediémou. On me donne un papier pour dire que c’est toi le chef de l’église de Côte d’Ivoire. Agbaossi vient et me fait pasteur. Un autre ministre donne encore un autre papier à Gomé Hilaire et à Kanon, j’ai dit au ministre que le Fpi va être divisé. Chacun fait ce qu’il veut en cachette. J’ai le droit d’être en colère. Ces critiques sont faites au nom de la Côte d’Ivoire. Alors que des gens me fatiguent.

Vous êtes chef des chrétiens célestes de Côte d’Ivoire. Vous êtes aussi président du forum des confessions religieuses. Vous êtes également président des églises africaines révélées. Si c’était à refaire, referiez-vous cette déclaration ?

On va vers quelqu’un qui est bien pour vous. Ouattara est bien pour moi. On m’a demandé de confirmer que Ouattara m’a donné 100 millions FCFA. J’ai répondu pour dire qu’il m’a donné 1 milliard. La personne a commencé à rire. J’ai dit qu’on m’a donné 500 millions de FCFA, immédiatement. Et que les 500 autres millions devaient suivre. Je lui ai dit, quand j’étais malade, personne ne m’est venu en aide. C’est Ouattara qui m’a fait opérer des yeux en France.

Est-ce à dire que cette déclaration découle du fait que Ouattara vous a soigné ?

Je suis un humain. J’ai été reconnaissant. Pour montrer à ceux qui disent qu’il est méchant que Ouattara n’est pas méchant pour Ediémou. Qui a donné l’argent aux catholiques pour refaire la cathédrale ? C’est Ouattara. Qui donne l’argent aux musulmans ? C’est Ouattara. Qui donne l’argent aux protestants ? C’est Ouattara.

Donc il doit avoir un troisième mandat pour ça ?

Pourquoi vous ne voulez pas que la Côte d’Ivoire ait quelqu’un de paix ? Quiconque est pour la paix est béni de Dieu. Je suis derrière la paix. J’ai dit quelque chose. Mais laissez Ouattara s’exprimer d’abord. Je ne suis pas un homme à intérêt. J’aime mon pays. Je parle pour la Côte d’Ivoire. Si c’était à refaire, pour Houphouët-Boigny, pour la Côte d’Ivoire, pour ma foi, je vais dire la même chose. Si quelqu’un t’a fait du bien et que tu oublies, tu ne reconnais pas Dieu. Moi Ediémou je suis leader religieux, Ouattara m’a fait du bien, je lui suis reconnaissant.

Vous avez beaucoup de brebis aussi…

Pendant que nous travaillons, il y a des brebis qui ne voient que leurs intérêts. Ils veulent qu’on fasse ce qu’ils veulent. Moi je fais ce que Dieu veut.

Vous avez dit dans votre déclaration qu’un troisième mandat permettrait à Ouattara de réconcilier les Ivoiriens. Il achève un deuxième mandat, et la réconciliation est au point mort. Qu’est-ce qui vous faire dire qu’au troisième mandat, les choses seront différentes ? C’est votre ami. Pourquoi vous ne lui dites pas de libérer les prisonniers de la crise post-électorale ?

Avant, est-ce qu’on pouvait aller à Man ? Est-ce qu’on pouvait aller à Bouaké, à Bangolo ? Non.

La guerre est finie…

C’est d’abord ça la réconciliation. Si au sein du Fpi, les deux mentors se battent, qui va réconcilier qui ? Pourquoi vous ne voyez pas les choses en face.

Ils ne sont pas à la tête de l’Etat…

Montrez-moi un pays dans lequel tout le monde est réconcilié. C’est maintenant que le vent va être favorable pour la réconciliation. Quelle réconciliation voulons-nous faire ? Celle de Dieu ? Celle des Blancs ? Une réconciliation des Africains ? Il y a plusieurs sortes de réconciliation. Une réconciliation demande un sacrifice. Est-ce que le président Bédié parlait avec Ouattara avant ? C’est à cause du Rhdp qu’ils sont ensemble. Dans un pays, il doit avoir une politique apaisée. Arrêtons de jouer avec les mots. Il doit avoir le vivre ensemble.

Faire sortir de prison ceux qui y sont depuis la crise post-électorale peut apaiser les choses…

Ils vont sortir.

Quand ?

Vous faites le malin. Il suffisait seulement que le Fpi dise à Ouattara : « Tu as gagné » pour que son cœur soit apaisé.

Le Fpi de Miaka l’a fait. Il a rencontré Ouattara au palais. Mieux, Miaka a assisté à sa prestation de serment. Que faut-il encore ?

La réalité est que le Fpi n’a jamais dit publiquement que Ouattara a gagné. Dire que « Ouattara, tu es le Président de la République, tu as gagné », ça fait quoi ? Dieu, c’est l’humilité. Pourquoi vous voulez être Dieu. Vous êtes des créatures. Il suffisait d’une petite humilité pour que les choses soient réglées. Laissez Ediémou s’exprimer. Je prêche dans le désert. Je prêche pour la gloire de Dieu. Dieu sait que la Côte d’Ivoire lui appartient.

Quel message pour ceux à qui votre déclaration a déplu ?

L’homme a six sens quand il est spirituel. L’homme a 5 sens comme un animal. Il y a l’homme animal et l’homme spirituel. L’homme spirituel est un voyant. On dit Dieu ne fait rien sans au préalable parler à ses prophètes. Tout ce qui arrive, Dieu le révèle. Voilà pourquoi je m’appuie sur Papa Nouveau et mon prophète à moi, Oschoffa. J’ai reçu beaucoup de coups de fil. A ceux qui m’ont appelé je leur dis encore merci. Et singulièrement, mon deuxième fils. J’ai trois fils. Il y a un qui aime Alassane. Il y a un qui aime Gbagbo. Celui qui aime Alassane m’a dit, « Papa tu es le meilleur ». Celui qui aime Gbagbo m’a dit, « papa pourquoi tu as fait ça ». A ceux qui m’ont appelé, je dis du courage et espérance. Que leur souhait soit exaucé. Mais il faut qu’ils acceptent que le souhait des autres soit exaucé. Dieu est juste et il est juge. Si tu ne veux pas quelque chose pour ton ami, pour toi va tarder à venir. Si tu fais le sacrifice pour accepter que l’autre soit bien, Dieu aussi t’envoie ta bénédiction. Je les félicite. Mais je leur dis que c’est dans l’intérêt général que j’ai dit ça. Je les comprends, mais j’ai peur. Espérons que Dieu nous voie, nous bénisse dans l’union, nous bénisse dans la paix, nous bénisse dans la justice. Ils ont raison de dire ce qu’ils ont eu à me dire. Si c’était avant, ils allaient m’entendre. Oschoffa m’a dit, « mieux vaut chercher la paix qu’avoir raison ». Toutes les injures, je dis qu’ils ont raison. Moi j’ai tort. Mais de me laisser dans mon tort. Sachons qu’on est tous dans la Côte d’Ivoire. N’oublions pas qu’il y a la vérité humaine, la vérité scientifique, la vérité mathématique, la vérité qu’on veut. Mais la seule vérité qui l’emporte, c’est la vérité divine. Acceptons toujours la vérité qui est de Dieu. Que notre colère ne gâte pas ce que Dieu veut faire pour nous. Papa Oschoffa nous disait « si tu as un ennemi, il faut penser que demain, il sera ton ami, donc dose ta colère. Si tu as un ami, ne lui livre pas tous tes secrets, demain, il peut être ton ennemi ». Nous devons apprendre à être avec Dieu seul. Celui qui aime bien, châtie bien. Ils m’aiment beaucoup, voilà pourquoi ils ont dit ce qu’ils ont dit. Merci à toute la Côte d’Ivoire et soyons unis.

Interview réalisée par Tché Bi Tché

tbt552@yahoo.fr

connectionivoirienne.net

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