Ce que l’année 2017 a changé dans notre vocabulaire

447

«Harcèlement», «en marche», «ouragan»… L’actualité a été marquée par des mots hautement symboliques. Jeanne Bordeau, fondatrice de l’Institut de la qualité d’expression, revient pour Le Figaro sur ce lexique.

Quand il y a une nouvelle manière d’agir, il y a une nouvelle manière de dire. Et si les mots ne sont jamais que des «étiquettes collées sur les choses», ils ont toutefois le don de dire des réalités. Des vérités, qui pouvaient jusque-là être cachées, étouffées ou encore insoupçonnées. Les exemples furent nombreux en 2017.

«Tout le monde savait ce que Harvey Weinstein faisait et personne n’a rien fait», s’exclamait l’actrice Léa Seydoux en octobre alors que le monde entier découvrait, halluciné, les déclarations en cascade de femmes victimes d’harcèlement dans le sérail hollywoodien. Tout le monde savait hier que le réchauffement climatique n’était pas une billevesée. Et pourtant, il aura fallu attendre 2017 pour que le mot prenne un nouveau degré de vérité. Idem en politique. Si nul ne savait ce qu’il sortirait des urnes au premier tour de la présidentielle, tout le monde savait que le second tour entérinerait la fin du clivage gauche-droite et créerait une nouvelle réalité.

Pour sa dixième année consécutive, Jeanne Bordeau a analysé les mots, expressions et réalités qui ont fait l’actualité. La consultante, fondatrice de l’Institut de qualité d’expression, revient pour Le Figaro sur les trois principales thématiques de 2017.

● De quoi Macron est-il le nom?

L’arrivée au pouvoir du nouveau chef de l’État a refaçonné l’échiquier politique. «Très vite Macron installe son programme et le mot “En marche”». Cette locution donne alors lieu à une nouvelle réalité. «On a affaire à un bâtisseur, un homme qui a peut-être plus laissé dormir qu’il ne le pensait le mot révolution au profit du mot transformation. Il est dès lors celui qui prend en compte un état de vérité, estime Jeanne Bordeau. Il suffit d’observer son langage. Jupiter, autoritarisme, perlimpinpin… Il joue sur tous les temps de langage. Emmanuel Macron est hors époque. Mais quand il y a une nouvelle manière d’être, il y a nécessairement une nouvelle manière de dire.»

Malgré ses «expressions désuètes», considère Jeanne Bordeau, Emmanuel Macron reste plus moderne que son prédécesseur François Hollande qui s’exprimait dans une «langue un peu morte, plus vieillie». Cette vigueur se constate d’ailleurs dans le tic de langage du président. «“En même temps” fait la synthèse de sa politique et de son langage».
● Quand l’écologie devient un fait

Deuxième thématique: le développement durable. Le sujet n’a rien de nouveau. Une simple recherche suffira d’ailleurs à confirmer la récurrence du mot dans la presse et sur Internet depuis plusieurs décennies. Mais si cette locution n’est pas récente, sa compréhension, elle, est bien neuve. «2017 est l’année où l’on a enfin entendu et compris les mots “réchauffement climatique”», explique Jeanne Bordeau. Preuve en est de l’actualité. «Les ouragans Irma, Harvey, Anna, sans compter la multiplication des feux ces derniers mois… Il y a selon moi eu une véritable prise de conscience cette année. Le climat est un enjeu que l’on ne peut plus traiter de manière secondaire. Le sujet s’impose de lui-même», assure-t-elle.

Si le mot n’apparaît pas de manière systématique, les sujets qui en découlent, eux, sont séquentiels. On relève que les mots “cofarming”, “collecticity”, “food-tech” s’imposent de plus en plus dans notre quotidien. Des anglicismes, certes, mais que l’«on finit toujours par traduire en français». Ou qui passent de mode très vite.

● Le long combat du genre féminin

Les mots «femme», «féminisme», «féminisation» étaient sur toutes les lèvres cette année. Dans la foule qui manifestait en réaction, notamment, aux déclarations machistes du nouveau président des États-Unis, Donald Trump. Sur les lèvres des actrices et acteurs qui ont dénoncé les frasques sexuelles d’Harvey Weinstein et les moeurs hollywoodiennes. Et plus généralement sur les réseaux sociaux avec les campagnes #meetoo ou #balancetonporc.

«Tout à coup on ne veut plus que cette égalité soit prétendue, mais vécue. Elle doit passer dans les faits. Et cela passe aussi par son orthographe», indique Jeanne Bordeau. D’où le débat sur l’écriture inclusive et la féminisation des noms. «On veut dire au non à la domination du masculin», résume-t-elle. Un combat que l’année 2017 n’a pas suffit à achever.

Alice Develey

lefigaro.fr

PARTAGER