L’entrepreneuriat des jeunes dans la zone UEMOA : Quelles pistes d’accélération pour des politiques publiques efficaces ?

657

Les prévisions montrent que d’ici une nouvelle génération, la population africaine augmentera pour s’établir à 2 milliards d’habitants, la zone UEMOA (Union Economique Monétaire Ouest Africain) comptera environ 270 millions d’habitants. La bonne nouvelle est que cette démographie est en grande partie constituée de jeunes en âge d’exercer un métier. Certains spécialistes parlent de dividende démographique, c’est-à-dire la diminution mécanique des dépenses inhérentes à la population dépendante, pouvant générer des ressources supplémentaires à l’économie réelle. Mais pour bénéficier de ces retombées positives, les pays de l’UEMOA seront confrontés à des défis majeurs en termes de création d’emplois. Tous les pays de la zone ont déjà une politique de l’emploi destinée au secteur privé, notamment le développement de l’entrepreneuriat des jeunes. Quand on fait le bilan de l’entrepreneuriat dans les 8 pays de la zone, force est de constater qu’il est insatisfaisant. Cela nous pousse à poser les bonnes questions : Quelles sont les causes de l’inefficacité des politiques publiques destinées à promouvoir l’entrepreneuriat ? Quelles sont les pistes possibles pour accélérer le développement de l’entrepreneuriat ?

Les causes de l’inefficacité des politiques publiques destinées à promouvoir l’entrepreneuriat

Chaque pays de l’UEMOA dispose d’une politique nationale pour la promotion de l’entrepreneuriat des jeunes, nous pouvons citer le Mali avec l’APEJ (Agence Pour l’Emploi des Jeunes), le Sénégal avec l’ANPEJ (l’Agence Nationale pour la Promotion de l’Emploi des Jeunes), le Benin avec l’ANPE (l’Agence Nationale pour l’Emploi), etc. Toutes ces agences ont mis en place des projets d’appuis pour promouvoir l’entrepreneuriat des jeunes. Mais, les résultats tardent à venir ou même s’ils sont là, ils sont très insuffisants. Cette situation est imputable à plusieurs raisons. Tout d’abord, le niveau insuffisant d’incubateur d’entreprises permettant aux porteurs d’idées de pouvoir bénéficier des financements et d’être mieux accompagnés durant tout le processus de création de leur société. Par conséquent, chaque année nombre de jeunes se retrouvent au chômage par manque de politique d’insertion professionnelle. Les structures en charge de l’emploi des jeunes sont gangrénées par une corruption endémique. Certains agents de ces structures réclament un pot-de-vin pour faire passer les dossiers des jeunes voulant bénéficier des financements pour leur projet de création d’entreprise. Dans ce cas, les responsabilités sont partagées car il n’y a pas de corruption sans corrupteur.

De surcroît, plusieurs carences sont à mentionner au niveau de nos institutions publiques, notamment celles en charge de l’emploi des jeunes. Les agents administratifs sont généralement mal formés ou ne bénéficient pas d’une bonne formation pour apporter de l’innovation et de la créativité. Les administrations sont mal structurées, ce qui rend difficile les procédures administratives pour recevoir correctement toutes les informations concernant la création d’entreprise et les avantages prévus à l’égard des porteurs de projets. Au niveau du système institutionnel, il y a une absence de vision commune pour l’insertion des jeunes porteurs de projets innovants. En effet, chacun préfère penser à son devenir au lieu de penser collectivement pour appuyer réellement les jeunes diplômés capables d’entreprendre dans des secteurs porteurs tels que l’agriculture, l’élevage, l’artisanat, l’industrie et le tertiaire.
Les pistes possibles pour accélérer le développement de l’entrepreneuriat

L’entrepreneuriat doit être au coeur des politiques publiques. Nos gouvernements doivent être en mesure de proposer des opportunités aux jeunes porteurs de projets innovants. L’exemple du Mali avec le Forum « Invest in Mali » est une belle initiative pour attirer de nouveaux investisseurs dans le pays. Ce forum permet également à quelques jeunes porteurs de projets innovants de rencontrer des investisseurs potentiels. Les autres pays de la zone UEMOA doivent pouvoir mettre en place ce genre de dispositif pour que nombre de jeunes puissent avoir la chance de présenter leur projet aux investisseurs. Toutefois, il ne faut pas que l’initiative soit réservée uniquement à une piètre frange de la population.

Un accent doit être mis sur la formation des jeunes diplômés qui souhaitent entreprendre dans une activité. C’est un point essentiel car nombre de jeunes sont déboussolés dans l’élaboration de leur business plan. Nos gouvernements peuvent organiser des forums ou ateliers en partenariat avec les structures compétentes dans le domaine pour venir en aide aux jeunes porteurs de projets innovants. Il faut donc conseiller les jeunes à entreprendre dans les secteurs porteurs tels que l’agriculture, l’artisanat, l’industrie et les services.

Il faut prendre des mesures fortes au niveau régional. L’UEMOA peut jouer un rôle en facilitant l’accès aux compétences, aux financements, aux marchés et aux technologies. Dans ce contexte, Il faut tisser des partenariats avec les établissements financiers et bancaires. Les banques étant dans une situation de sur-liquidité, peuvent financer les jeunes porteurs de projets innovants. Elles doivent revoir leurs exigences en termes de risque de financement de projets. Du principe de précaution, devenu alibi de l’immobilisme, au calvaire qui attend un entrepreneur qui a échoué, nos banques africaines ont des dispositifs financiers conduisant à des démarches contraignantes pour les demandeurs de financement. Ces banques ont tendance à faire de la prise de risque une sorte de roulette russe, alors qu’elles devraient tout simplement reconnaître le rôle que peut porté l’entrepreneur dans la dynamique économique. Si l’accès aux financements devient facile, si la création d’entreprise devient limpide et si les jeunes porteurs de projets sont de mieux en mieux formés, l’entrepreneuriat contribuera significativement au développement économique de nos pays.

De manière concomitante, la lutte contre la corruption doit être une priorité. La corruption freine réellement le développement économique et social de nos pays, elle empiète aussi l’émergence de millions d’entreprises. Nos Etats doivent promouvoir la transparence, la justice et le mérite dans les administrations publiques en lien avec le développement de l’entrepreneuriat. Ces administrations telles que les agences nationales pour l’emploi des jeunes, doivent être au coeur des dispositifs de contrôle dans l’optique d’éviter des tentatives de corruption.

Enfin, l’entrepreneuriat doit permettre de dynamiser la concurrence sur les marchés avec la création d’entreprises, ce qui a des répercussions positives sur la productivité et la création de richesses. Mais, l’entrepreneuriat ne doit pas être uniquement synonyme de croissance économique et de création d’emploi, il doit être aussi un levier pour améliorer le train de vie des populations, lutter contre l’immigration et freiner l’urbanisation polaire.

Amadou SY
amadouusyy@gmail.com

PARTAGER