Esclavages noirs en libye. Le Mfa et Anaky parlent à la jeunesse d’Afrique

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ESCLAVES NOIRS EN LYBIE. LE MFA ET ANAKY PARLENT A LA JEUNESSE D’AFRIQUE NOIRE
Une vidéo passée sur une grande chaine internationale ! basée aux USA, montre une scène de vente aux enchères d’esclaves noirs en Lybie.
Les réactions au niveau mondial, unanimes en indignation et condamnation, ont au moins montré qu’envers et contre tout, le respect de l’être humain en sa dignité reste une valeur universellement reconnue et proclamée, et que la robotisation de notre espèce ou le clonage des émotions ne relèvent pour le moment que de la science fiction.
Mais, en prenant un peu de recul, posons nous une simple question : est ce la scène de vente d’êtres humains, surtout aux enchères, qui a révolté la planète entière, ou est ce le fait de l’esclavage en lui-même?
Est-ce que la même humanité, aujourd’hui indignée, ne cohabite pas hypocritement avec la certitude et les preuves que l’esclavage, à savoir l’asservissement d’un être humain à un autre par un acte commercial ou une prise de combat ou de guerre, et sa perpétuation par hérédité, ne se vivent pas sur les cinq continents ?
Nous avons d’ailleurs pu relever, qu’en même temps que cette vidéo aux images insupportables, les mêmes grandes chaines nous proposaient, dans la même journée, la mythique grande production cinématographique hollywoodienne, Les Dix Commandements.
Ce chef d’œuvre n’a pas pris un pli après bien plus d’un demi-siècle.
Mais en regardant les belles scènes et images dont nous ne nous lasserons jamais, nous avons tous pu observer que la cour des Pharaons regorgeait de collaborateurs de race noire, dont la belle et fière allure ne s’oppose pas à ce qu’ils soient des esclaves.
Et même dans les images de l’exode du peuple juif et de ses alliés, un des temps forts du même film, on retrouvait toujours les personnes de race noire dans les rôles de servilité.
L’esclavage est donc vieux comme le monde, ne nous le cachons pas.
La plupart des pays du bassin méditerranéen abritent et savent dissimuler, jusqu’à ce jour, de grandes poches de populations en condition d’esclavage.
Pendant des siècles, le pèlerinage à la Mecque des fidèles Musulmans d’Afrique Noire a constitué un terreau fertile pour ces pratiques aussi obscurantistes, que multiséculaires.
Et, dans les communautés d’origine de ces pèlerins, il était perçu comme interdit, voire sacrilège, de s’enquérir du sort des braves et pieux pèlerins qui ne revenaient jamais au village. Bien au contraire les familles étaient contraintes de tirer gloire de leurs ‘’saints’’ ou ‘’élus’ restés au pays du Prophète.
Mais, que tout le monde se rassure :
Il n’est pas dans notre projet de dresser des états, des populations ou des groupes raciaux et ethniques les uns contre les autres, au motif de la dénonciation légitime d’une pratique qui n’honore pas l’homme, et avilit autant le maitre que celui qui est réduit au rang de sous homme sinon de bête.
Toutes les sociétés humaines ont connu et pratiqué l’esclavage dans leur histoire, et on retrouve de graves séquelles de cette économie de société et de culture dans au moins la moitié des états inscrits à l’ONU en 2017.
L’Afrique Noire elle-même ne peut que faire monter un timbre d’indignation ‘en dubbying’’, presque gêné, puisque sur les 54 états de l’UA, il y en a au moins 40 où, dans la vie sociale, l’esclavage est reconnu et pris en compte.
Ne nous perdons pas dans les recherches de preuves ou d’exemples fastidieux. L’un des plus grands et prestigieux leaders politiques d’Afrique noire a eu à l’évoquer, il ya peu, avec un naturel et une spontanéité qui ont laissé le monde entier pétrifié.
Pas trop loin de son terroir, l’on ne peut pas avoir traversé le pays frère qu’est la Mauritanie sans avoir été mis en présence de situations prouvant que l’esclavage y’a toujours cours.
Et peut être conviendrait il avant toute autre manifestation, d’aider en priorité, et par des voies pacifiques ou diplomatiques les rares associations qui osent le dénoncer de l’intérieur en prenant de très gros risques.
Et que dire de l’OMERTA qui plane sur les boutiques de Mauritaniens en Côte d’Ivoire, où il y’a très souvent des doutes quant aux rapports entre les maîtres à peau claire et leurs serviteurs, négroïdes, qui ne sortent jamais ?
Lorsque la vague d’indignation sera retombée, il nous reviendra de garder une bonne part de notre raison pour parler aux jeunes, irréductibles, qui sont en préparation de la grande aventure, en Côte d’Ivoire comme dans les autres pays d’Afrique Noire.
C’est l’objet du présent message du MFA
CONFRONTONS-LES SANS DETOURS À QUELQUES VERITES :
 A-Première vérité- le gouvernement du pays face au candidat à l’aventure
Braves jeunes, Vous n’êtes absolument pas dans les plans, programmes ou budgets des gouvernements de vos pays respectifs.
Si vous êtes 5000 ou 10000 de votre pays à tenter l’aventure sur deux ans, ramenez cela aux millions de vos jeunes camarades déscolarisés et sans emploi qui, comme vous, ruminent leur misère chaque jour.
Le fait d’avoir pu obtenir de votre famille ou de proches les 5000 à 8000 Euros pour vous inscrire et prendre le départ fait même de vous un privilégié, envié de tous les copains du quartier.
Bien qu’il connaisse les difficultés et pièges de l’aventure, votre gouvernement, à part l’alerte ou la mise en garde,n’a aucun moyen légal de vous empêcher de partir. C’est la démocratie qui l’impose, la liberté d’aller et de venir, et en raison des accords régionaux, les pays que vous devez traverser n’ont aucun moyen de vous refouler, car il n’y a même pas d’obligation de visa.
La particularité de votre voyage, c’est que lorsqu’il réussit, l’on n’en parle jamais, sauf dans votre famille avec laquelle vous communiquez.
C’est uniquement lorsque l’aventure a échoué et que vous êtes en difficulté, sinistré, martyrisé ou esclave, que votre gouvernement a, quelques fois, l’information.
S’il advient que vous décédiez, on vous enterrera dans le sable, et personne ne fera plus cas de vous. Votre gouvernement n’a pas pour mission ou obligation de vous aider à arriver en Europe. Pour lui, vous êtes un cas parmi des millions ! L’ambassadeur ou les consuls qui se dévouent pour vous tirer d’affaire payent souvent plus de leur personne et même de leur poche que ce que l’Etat peut dégager pour cela.
Et, dans votre détresse juvénile, vous ne le savez pas et leur dites rarement merci.
Dans certains pays d’Afrique de l’Est, ceux qui vont à l’aventure préfèrent même mourir plutôt que d’être rapatriés, car c’est la prison qui les attend au retour au pays. Ils constituent bien sûr le grand réservoir où puisent les esclavagistes.
 B- Deuxième vérité : le pays de destination finale face au candidat à l’aventure qui y parvient.
Braves jeunes, Si vous réussissez et arrivez dans un pays européen, par quelque voie que ce soit, vous devez vous dire que les autorités ont bien voulu vous permettre d’y accéder et rester, parce que ces pays, du fait de leur renouvellement démographique moyen, ont besoin d’un volant de main d’œuvre immigrée, jeune et sous payée, pour l’agriculture, le bâtiment, les travaux publics, le gardiennage, les travaux de grande pénibilité en général ;
vous serez gérés par des officines en apparence clandestines, mais que les services d’immigration et de police connaissent et contrôlent . Vous serez toujours localisés et suivis.
C’est à ce niveau que vous ferez l’amère expérience de la faiblesse ou du manque total de chaine de solidarité entre les ressortissants d’Afrique Noire, aux niveaux régional, national, et transnational.
Tous les boat people et autres immigrés de servitude qui atteignent l’Europe, lorsqu’ils sont de l’Asie du Sud Est, de Chine , de Malaisie, de l’Inde, du Pakistan, du Bangladesh, etc connaissent comme vous une période de démarrage difficile ; mais, en moins de deux à trois ans, ils se retrouvent ‘’casés’’ ou intégrés dans des filières professionnelles où ils acquièrent formation, sens de l’effort et assiduité à la tâche;
C’est que leurs compatriotes arrivés de longue date dans un pays donné, souscrivent tous à une dette de solidarité envers ceux du pays qui y débarquent;
Et dans la plus grande discrétion, ces jeunes sont encadrés, soignés, nourris même, jusqu’à ce qu’ils soient autonomes.
Braves Jeunes d’Afrique Noire, vos prédécesseurs n’ont pratiquement pas encore pu préparer cela pour vous, et vous ne pourrez donc pas bénéficier de ce levier social fondamental qui, pour tout immigré, pèse autant, sinon plus, que ce que le pays d’accueil offre pour l’intégration et la promotion. Ce sera donc difficile pour vous, très difficile même. Cela doit vous être dit.
Vous aurez pour soucis majeur d’envoyer le maximum du peu qui vous sera payé à la famille au pays. Cela est louable, et aidera beaucoup la famille. Mais vous n’aurez pas beaucoup de chance de promotion dans la société de destination, pour des raisons de faible niveau d’éducation, de religion, de xénophobie, etc…
C’est une prison douce et à ciel ouvert qui vous engloutit, et après dix années, vous constaterez presque tous que vous êtes au même point.

Mais Braves Jeunes qui tenez coûte que coûte à prendre la route, notre sujet n’est pas de vous décourager ou d’éteindre en vous l’espoir légitime, surtout pour des jeunes, de tout entreprendre, même à hauts risques, pour accéder à ce qui devrait constituer une vie meilleure, et pour vous extraire du quotidien triste et sans espoir qui est souvent votre lot au pays.
Nous tenons simplement à vous éclairer et bien préciser certaines choses que vos cousins et amis, déjà arrivés en Europe, n’oseront jamais vous dire, pour ne pas paraitre vouloir vous boucher la voie du salut.
Et, si un jour, vous deviez emprunter ce chemin de l’enfer, n’y allez jamais avec votre femme, votre sœur ou votre cousine.
Vous risquez d’en être séparé dans un centre de triage clandestin, et de ne peut être plus la revoir puisqu’elle pourra être emmenée des centaines ou des milliers de Km plus loin.
Et, Si un jour, la miséricorde divine devait vous permettre de la voir arriver dans la petite chambre de votre foyer en Occident, vous devrez ‘’faire avec’ l’enfant, qu’elle aura eu lors de son odyssée ; ce pauvre innocent sera donc votre enfant, même si, de toute évidence, sa pigmentation restera un mystère permanent.
C’est que ces femmes, comme toutes les autres, auront subi ce que vous devinez, et elles étaient encore plus fragiles et sans défense que vous les jeunes gens pour lesquels nous nous mobilisons tous aujourd’hui,
Oui, Braves Jeunes, ayez en tête tout ce qui vient d’être exposé avant de prendre, seul, la grande décision de votre vie.

Abidjan, le 24 Novembre 2017

Kobena I Anaky
Président du MFA

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