Fatoumata Sakandé-Cissé (DG, BNI-Gestion): « Ces calomnies n’honorent pas notre institution »

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La première responsable commente, dans cet entretien, la situation qui prévaut dans son institution.
Fatoumata Sakandé-Cissé (DG, BNI-Gestion): « Ces calomnies n’honorent pas notre institution »

Pourquoi le Conseil régional de l’épargne publique et des marchés financiers (Crepmf) estime-t-il que vous avez enfreint la réglementation ?
Ils disent que nous avons enfreint la réglementation parce que nous avons fait ce qu’ils ont annoncé à l’occasion d’un Forum à l’hôtel président, à Yamoussoukro, en décembre 2015 et à l’hôtel Ivotel en janvier 2017. C’est-à-dire permettre aux sociétés de gestion d’actifs de développer des fonds de capital-risque et des fonds immobiliers dans un délai proche. Prenant en compte cette annonce et confortés par le fait que nos clients et partenaires avaient déjà fait une demande dans ce sens, nous nous sommes mis dans le starting-block pour développer cette activité. C’est sur la base de l’imminence de texte et notre posture habituelle d’avant-gardiste que nous avons investi dans des titres fonciers sécurisés en collaboration avec une société locale reconnue en la matière.

Pourquoi avez-vous anticipé sur la mise en place des textes ?
Nous avons agi ainsi, parce que certains de nos clients étaient déjà demandeurs de cette solution. Il s’agit de clients que nous avions déjà dans notre portefeuille depuis quatre ou cinq ans et qui souhaitaient diversifier leurs placements. En plus, lesdits clients avaient fait de bonnes performances sur la Bourse régionale des valeurs mobilières (Brvm). Mais connaissant les cycles haussiers et baissiers des marchés boursiers, ils avaient anticipé sur une correction de la Brvm dans un avenir proche. D’où leur appel en notre endroit pour procéder à la diversification de leurs placements, notamment dans le secteur immobilier qui connaît une bonne croissance depuis 2015.

Le Crepmf n’avait-il pas raison de prendre cette sanction ?
Bien évidemment non. En fait, nous n’avons pas enfreint la réglementation. Nous avons juste anticipé parce que les textes avaient été annoncés pour les mois qui ont suivi les communications du Crepmf sur la nouvelle règlementation. En plus, selon les textes sur lesquels ils se fondent, la sanction n’intervient qu’après une injonction formelle. Cette injonction n’a jamais été faite. En outre, Bni Gestion en tant que société de gestion d’actifs n’a jamais exercé cette activité, c’est plutôt une filiale détenue à 100 % par Bni Gestion que nous avons créée pour porter ce véhicule. Et les statuts de Bni Gestion agréés par le Conseil régional de l’épargne publique et des marchés financiers (Crepmf) le permettent. Le régulateur a également été informé de la création de cette société lors d’une mission d’inspection du 23 au 27 mai 2016, deux mois après la création de la filiale en mars de la même année.
Le Régulateur n’a pas daigné faire un retour de la demande d’agrément d’un Fonds immobilier que nous lui avons adressée en avril 2016. Il n’a également pas fait cas de ce que la création de cette filiale serait un problème. Nulle part, il ne nous a été notifié que nous n’avions pas le droit de créer d’autres sociétés.

Pouvez-vous nous relater ce qui s’est effectivement passé avec le Régulateur (Crepmf) ?
Nous avons eu des antécédents avec le secrétaire général du Crepmf anciennement acteur dans le même domaine d’activité que nous. Et nous avons eu une collaboration difficile dans le cadre de nos activités à cette époque. Après sa nomination au secrétariat général du Crepmf, il s’est emparé d’un dossier où il s’est illégalement immiscé aux fins de le faire aboutir au détriment de l’épargne des clients. Je tiens à souligner qu’en tant que régulateur, garant de la protection de l’épargne publique, il ne devrait pas donner une orientation d’investissement à un acteur. Ce qu’il a fait ! Nous avons les preuves. Bien évidemment en tant que professionnel, nous avons refusé d’accéder à ses sollicitations. Il a donc utilisé sa position de secrétaire général pour se venger.

Avez-vous des preuves de ce qu’il s’agit d’une vengeance ?
Nous avons aujourd’hui le sentiment qu’il a tout fait pour nous induire en erreur en annonçant des textes notamment sur les fonds de capital-risque et immobiliers. Nous connaissant avant-gardiste, il a bien mené son jeu en retardant ce qu’il avait annoncé dans l’unique but de nous sanctionner. Toutefois, nous avons pris en compte leurs observations et avons aussitôt régularisé en sortant totalement du capital de la société immobilière et en cédant tous les actifs fonciers acquis à cet effet. toutes ces opérations ont été faites dans la plus grande transparence sans le moindre préjudice pour les Fonds communs de placement (Fcp) que pour Bni Gestion.

Comment expliquez-vous ce que vous semblez présenter comme un acharnement contre vous ?
Nous avons été surpris de recevoir une notification qui a été décidée très certainement dans la précipitation comme si elle avait été commanditée par quelqu’un.

À qui pensez-vous ?
Je n’ai pas de preuves formelles, mais j’ai de très fortes présomptions sur une personne bien placée au sein de la Banque nationale d’investissement (Bni).

Vous ne semblez pas d’accord avec les audits dont votre institution fait l’objet…
Qu’il s’agisse d’un audit, de trois ou de 100 audits, la vérité est unique et infalsifiable car fondée sur des éléments factuels et disponibles chez Bni-Gestion. Malheureusement, cela dessert les clients, car nous sommes plus occupés à répondre aux questions des auditeurs qu’à travailler pour nos Clients.

Seriez-vous en train de dire que vous êtes victime d’une machination ?
Ce que je puis dire est que je suis une victime collatérale d’un combat au sommet de Bni Banque. Il y a une personne qui semble avoir une haine viscérale contre une autre (suivez mon regard) et je suis touchée de plein fouet par ce combat qui ne me regarde pas !!!

Vos clients peuvent-ils être rassurés de ce que leurs actifs sont en sécurité ?
Les clients n’ont pas perdu un centime relativement à ces opérations immobilières. Bni-Gestion a vendu la filiale à un opérateur à hauteur de 1,059 milliards de Fcfa. Le partenaire a acheté les actifs constitués a acheté les actifs constitués de terrains à hauteur de 13 milliards de Fcfa ainsi que le passif pratiquement au même montant. Bni-Gestion a donc engrangé des produits d’exploitation consécutivement à cette opération de plus d’1 milliard pour l’exercice 2017. Nous avons donc fait un profit. En plus, les fonds des Fcp ont été restitués jusqu’au dernier centime. Ils n’ont supporté aucune charge sur les transactions relatives aux régularisations.

Pourrait-on aller vers la coupure du cordon ombilicale entre la Bni et Bni Gestion ?
Cette situation va certainement engendrer d’autres difficultés. La question de la prépondérance de la Bni dans le capital de Bni Gestion se pose effectivement. Parce que nous avions rassuré la clientèle de ce que la présence de la Bni à 55 % dans notre capital ne poserait aucun problème dans notre fonctionnement.

Que préconisez-vous ?
La situation actuelle ne peut pas apporter la sérénité auprès de nos clients. Nous devons saisir cette occasion pour opérer une mutation de l’institution afin de la mettre à l’abri des agissements néfastes d’une partie. Nous voulons faire remarquer que Bni-Gestion a un actionnariat certes diversifié mais déséquilibré. Ainsi, faut-il songer à rééquilibrer l’actionnariat afin d’éviter une prépondérance d’un actionnaire qui se croirait tout permis en méprisant les autres parties prenantes (autres actionnaires, Clients, partenaires, …) par la prise de décision unilatérale sans tenir compte des intérêts notamment des Clients, notre raison d’exister ?

Que faut-il faire concrètement selon vous ?
Il faudra faire évoluer davantage le business modèle de notre institution vers une société encore plus proche des épargnants par la mise en place de concepts et produits toujours plus innovants et correspondant le plus aux besoins des épargnants et investisseurs, épousant notre culture africaine. Il faut mettre en place des mécanismes qui éjecteront de façon quasi certaine toute personne, quelle qu’elle soit, qui voudrait se servir de notre institution au détriment des clients et des autres parties prenantes. Il faut même oser aller vers le changement d’appellation si cela peut conforter les clients et investisseurs de notre marché financier qui ne demande qu’à être mieux piloté avec des règlementations qui sont dans l’ère du temps, comparativement à ce qui se passe sur les autres marchés financiers innovants aussi bien en Afrique que dans le reste du Monde. Il faut retenir que nous voulons continuer à travailler notamment pour le développement du secteur privé et le relèvement de l’épargne intérieure. Enfin nous voulons simplement dire que nous n’allons plus accepter de faire l’objet de calomnie vaine sans apporter les éclairages nécessaires aux citoyens.

INTERVIEW RÉALISÉE PAR ABOUBAKAR BAMBA

fratmat.info

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