Guillaume Soro de retour en Côte d’Ivoire : la stratégie du dialogue politique contre celle du coup d’Etat permanent en marche…

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Guillaume Soro de retour en Côte d’Ivoire : la stratégie du dialogue politique contre celle du coup d’Etat permanent en marche…

Une tribune internationale de Franklin Nyamsi
Professeur agrégé de philosophie, Paris-France

Les faits, bien compris, ont une force pédagogique irremplaçable en politique. Ils montrent ce que pensent, représentent et valent un homme politique, une génération et un peuple. Dans le cas d’espèce qui nous intéresse, on nous a vendu depuis deux mois, toutes les hérésies à propos de l’absence du territoire national, du Chef du parlement ivoirien, Guillaume Kigbafori Soro. Examinons au préalable quelques-unes des rumeurs lancinantes qu’on a distillées dans l’opinion, espérant faire ainsi chavirer la montée inexorable du destin national du député de Ferkéssédougou.

Pour les uns, il était en fuite, comme n’a pas manqué de le clamer la horde d’avatars au service de la cabale anti-Soro sur le web. Or, a-t-on jamais vu un homme fuir son pays en sortant et rentrant officiellement par l’aéroport le plus en vue de son pays, sous les flashes des caméras et les yeux de son peuple ? Le retour naturel de Guillaume Soro parmi les siens en ce dimanche 22 octobre 2017 aura tranquillement bouché bien des « trompettes mal embouchées », comme le dirait Georges Brassens. La joie et la paix sur les visages des filles et fils de la Côte d’Ivoire sortis accueillir la sève de leurs espoirs parlera toujours d’elle-même.

Pour d’autres, Guillaume Soro serait allé par monts et vaux, chercher des soutiens qui lui manqueraient au pays, dans la perspective de la bataille du pouvoir à l’horizon 2020. Et d’interpréter alors la rencontre historique Soro-Poutine comme une quête d’alliances nouvelles pour faire poids à des forces locales réputées supérieures. Mais là encore, coup d’épée dans l’eau, pour les cabalistes anti-Soro. Aucune preuve ne vient au secours des diffamateurs. A Saint-Pétersbourg, comme avant, au Luxembourg, au Maroc ou en France, Guillaume Soro a fait rayonner mieux que jamais, l’excellence de l’actuel parlement ivoirien qu’il dirige. Rien que cela.

Enfin, certains, presque désespérément vaincus d’avance, ont voulu voir dans l’absence de Soro du pays, une manière d’abandon de poste, par paresse ou irresponsabilité. De guerre lasse, ils sont encore passés à côté de la plaque. En montant au créneau de l’explication compétente, le Secrétaire Général de l’Assemblée Nationale, l’administrateur civil principal Latte Ahouanzi, aura fait preuve de pédagogie étatique, pour faire comprendre l’importance du travail inter-sessions et les acquis irréfragables de la diplomatie parlementaire du Président Guillaume Soro hors des frontières de Côte d’Ivoire.

Ainsi, par trois fois, les contempteurs de l’action de Guillaume Soro en ces deux derniers mois se sont lourdement gourés sur son sens et sa portée.

Il nous incombe donc à présent de proposer une lecture sobre et précise du sens de ce retour en Côte d’Ivoire, le dimanche 22 octobre 2017. Pour cela, deux gestes seront accomplis dans la suite de la présente analyse : 1) La mise en perspective du contexte du retour du Président Guillaume Soro en Côte d’Ivoire ; 2) L’exégèse du bref discours prononcé par Guillaume Soro à sa descente d’avion ce dimanche historique. Il me semble qu’on comprendra, au terme de cette double approche méthodologique, pourquoi Guillaume Soro choisit d’opposer à la stratégie du coup d’Etat permanent, choisie contre lui par certains sécurocrates de l’heure, la stratégie spirituellement supérieure du dialogue politique et de la paix réellement bénéfiques au pays.

Du contexte du retour du 22 octobre 2017…

On ne peut éviter d’en parler, puisque c’est le contexte d’un Discours politique qui en éclaire le texte. Ce dernier n’est que l’interprétation de cet environnement symbolique par l’acteur politique, qui s’empare de ce qui se passe pour l’interpréter selon son propre projet, sa propre vision du passé, du présent et de l’avenir.

Il y a d’abord toutes les supputations qui ont circulé sur l’absence prolongée de Guillaume Soro du territoire de Côte d’Ivoire. Nous leur avons fait un sort dans l’introduction de cette tribune. Mais il convient de rappeler qu’au moment de prendre la parole à Abidjan, Guillaume Soro en a parfaitement conscience, puisqu’il choisit, par sa seule et unique présence en chair et en os, de mettre fin à toutes les branlées. Par son être-là, et l’affirmation emphatique de sa joie d’être de retour en son pays, Guillaume Soro répond in fine à toutes les enflures hystériques entretenues dans les médias et les esprits pendant son séjour européen. Il salue du même geste ceux qui, du fond de la Côte d’Ivoire de toutes les classes sociales, sont restés en symbiose avec lui, à l’étranger. Ce qui veut dire qu’éloigné par le corps, Soro est absolument resté lié d’esprit à sa terre bien-aimée. Voilà, pour le discours non-verbal de l’acte de retour. La présence du Chef du parlement est en elle-même discours.

Le contexte est marqué par l’affaire Soul to Soul. Guillaume Soro ne se défausse pas. Plus qu’un collaborateur, le désormais prisonnier de la MACA est un frère et compagnon de lutte de longue date et des premières heures du Chef du parlement ivoirien. Guillaume Soro soulignera ici, l’importance de faire confiance au courage des magistrats qui doivent dire le droit, par-delà toutes les pressions politico-politiciennes de l’heure. La juri-diction, en tant que « dire du droit, » doit se placer au-dessus des influences et des connivences. Elle doit manifester la vérité qui libère et assurer à l’innocent comme au coupable, les preuves de l’objectivité de leur statut. L’homme d’Etat Guillaume Soro refuse donc de trancher l’affaire avant les juges. L’homme privé Guillaume Soro, cependant, ne peut que garder intacte, toute son affection et toute sa fraternité envers Soul to Soul, dont presque tout le monde s’accorde à reconnaître désormais qu’il n’est que l’otage d’une crise interne au régime ivoirien actuel.

Le contexte politique est aussi strié par de nombreuses rumeurs qui, notamment depuis les mutineries de janvier et mai 2017, annoncent l’imminence d’un coup d’Etat militaire en Côte d’Ivoire. Savamment distillées par des organes de presse au service de certains sécurocrates du régime ivoirien, y compris par des prises paroles outrageantes de certains ministres et hauts cadres au pouvoir, ces rumeurs ont été orchestrées pour faire porter au Président de l’Assemblée Nationale, de près comme de loin, l’intention de déstabiliser les institutions de la République, et notamment la plus importante de toutes, le Président de la République. On aura aussi tenté d’utiliser dans ce but de division, l’absence pourtant assumée et expliquée de Guillaume Soro au dernier congrès du RDR, les 9-10 septembre 2017.

Qui pourrait nier que la socioéconomie ivoirienne et la sphère éducative continuent d’être secouées par des convulsions qui alimentent bien des angoisses ? La crise agricole, avec en prime la baisse drastique des revenus du cacao, les conflits fonciers à l’ouest ; la crise éducative, avec les événements violents des campus et les arrestations estudiantines ; la crise des corps administratifs successifs, avec en dernière date l’entrée des douaniers dans la danse, les mutineries de l’an 2017, voilà autant de faits sociaux qui viennent creuser un peu plus le fossé du soupçon entre l’élite au pouvoir et le peuple de Côte d’Ivoire. Et ce ne sont pas les scandales financiers dans la gouvernance publique qui amélioreraient le tableau peu reluisant qui s’impose…

Enfin, fait majeur à souligner dans le contexte de la prise de parole du 22 octobre 2017, les révélations croustillantes et accablantes de la presse internationale sur les implications supposées des plus hautes autorités de l’Etat ivoirien dans le coup d’Etat du Général Diendéré, tenté en septembre 2015 contre le régime Kafando-Zida, lui-même issu du coup d’Etat d’octobre 2014 contre le régime Compaoré. On découvre, au fil des déclarations du Général Diendéré que l’Etat-major de la Présidence de la République ivoirienne aurait aidé financièrement et logistiquement les putschistes. Révélation qui bat définitivement en brèche l’incrimination exclusive et délirante subie par Guillaume Soro dans une affaire où le seul acte qu’on lui reprocherait serait une conversation téléphonique avec des frères africains en difficultés. Or donc, Guillaume Soro aura payé si cher pour l’honneur entier de l’Etat de Côte d’Ivoire !

Face au contexte ainsi décrit, analysons à présent le discours du 22 octobre 2017 comme une réponse multiforme à la situation politique.

Economie essentielle de la déclaration du 22 octobre 2017 : contrer la propagande du coup d’Etat permanent des sécurocrates zélés par le dialogue tous azimuts…

Le point essentiel de la déclaration du 22 octobre 2017, c’est la décision politique majeure annoncée par Guillaume Soro dès le 3 avril 2017 devant les parlementaires ivoiriens : donner coûte que vaille la priorité à la résolution des problèmes actuels de la Côte d’Ivoire par les mécanismes du dialogue politique, du pardon et de la réconciliation de l’ensemble des filles et fils de la Côte d’Ivoire, afin que de la paix consolidée, s’affirme la prospérité partagée par l’ensemble du peuple.

En refusant de juger d’avance l’arrestation de son ami et collaborateur Soul to Soul, Guillaume Soro ne nie pas qu’il a un point de vue précis sur cette arrestation. Il s’impose la réserve républicaine que le troisième personnage de l’Etat de Côte d’Ivoire doit avoir, lorsque l’un des trois pouvoirs – le judiciaire – se saisit d’une affaire, qui relevait d’emblée du domaine exécutif sacro-saint du Secret Défense. C’est en homme d’Etat que Guillaume Soro aborde donc une affaire qui relève de ce que l’Etat a de plus précieux : sa sécurité. Les citoyens, intellectuels, journalistes, gardent pour leur part, toute la liberté d’expression que leur garantit la constitution.

En nommant clairement le mal ivoirien de ce temps, Guillaume Soro refuse de sacrifier à une certaine langue de bois ambiante. Les relations entre lui et le Président de la République Alassane Ouattara sont bonnes, nous dit-il. Mais Soro souligne qu’il s’emploiera à les rendre très bonnes. Le non-emploi du superlatif dans la description initiale de ces relations est un acte de sincérité. Il ne faut pas se mentir à soi-même, si l’on ne veut pas mentir au peuple. Guillaume Soro reconnaît que le travail de sape des sécurocrates fabricants de coups d’Etat imaginaires a eu un certain effet sur l’atmosphère au sommet de l’Etat. Les hommes, fussent-ils d’Etat, sont humains, trop humains. A force de leur mentir, on peut finir par les conduire au soupçon, à la méfiance et à la perte de confiance mutuelle. Le mal de ce temps ivoirien, c’est donc la délation, la diffamation et la calomnie de haut vol que certains ont décidé de transformer en service permanent de l’Etat. Le mal de ce temps, c’est la stratégie du coup d’Etat permanent, choisie par certains gouvernants mal inspirés, pour semer la discorde entre le Président de la République et le Président de l’Assemblée Nationale, afin de bâtir précisément leur avenir politique sur l’exploitation de cette discorde inventée, nourrie et entretenue par des chimères chaque jour plus extravagantes les unes que les autres.

Or, c’est précisément parce qu’il sait et peut prouver 24 heures/ 24 qu’il n’a jamais eu ni l’envie, ni l’idée, ni l’intention, ni le projet, ni esquissé l’action de déstabiliser le régime légitime et légal du Président Alassane Ouattara que Guillaume Soro, en homme de loyauté et de courage, a annoncé que son choix du dialogue direct avec le Chef de l’Etat exprime sa foi de chrétien et de combattant politique. De 2002 à 2017, Guillaume Soro, tous le savent a agi pour l’érection de l’Etat de droit en son pays et n’a jamais conditionné son action à l’octroi de la magistrature suprême. En février 2010, il a refusé, malgré l’injonction impatiente du RHDP, de jeter les Forces Nouvelles à l’assaut du pouvoir d’Etat contre Laurent Gbagbo, parce que seules les élections démocratiques confèrent la légitimité et la légalité du pouvoir. Et si en 2011, Guillaume Soro, à la demande du Chef de l’Etat Alassane Ouattara, a mis en œuvre tous les moyens légaux et légitimes afin que le Président démocratiquement élu exerce l’entièreté du pouvoir, ce n’était pas pour venir ensuite renier la légalité et la légitimité qu’il avait publiquement reconnues. Les théoriciens actuels du Coup d’Etat permanent en parlent peut-être un peu trop parce qu’ils n’en ont jamais fait. Il leur suffirait de lire la théorie du Coup d’Etat de Curzio Malaparte pour comprendre que Guillaume Soro n’est pas l’homme d’une ambition déplacée ou d’une aventure stupide. Politique et stratège aguerri, imbibé par une conscience de ses devoirs actuels et futurs pour son pays, Guillaume Soro ne fera pas fausse route. Il a choisi la démocratie comme voie et méthode, après avoir risqué sa vie pour l’instaurer. Ce n’est pas lui qui détruira l’œuvre sacrificielle de sa génération.

Le président de l’Assemblée Nationale dialoguera à bâtons rompus avec son aîné le Président de la République, de toutes les questions pendantes de l’heure, afin que les influences nocives du mensonge et de la rumeur perverses soient définitivement étouffées dans l’œuf au sommet de l’Etat de Côte d’Ivoire. Guillaume Soro parlera au cœur et à la raison du Chef de l’Etat, afin que la seconde moitié du deuxième et ultime mandat de ce dernier se déroule dans l’apaisement, la tranquillité et l’efficacité dont il a résolument besoin pour accomplir ses promesses d’émergence faites au peuple de Côte d’Ivoire. Comme l’a clairement souligné le Président Obasandjo, homme d’Etat et Général d’armée nigérian à la retraite, c’est « cartes sur table » que les deux hommes doivent se parler, afin que les rares nuages que les délateurs accumulent à l’horizon du pays soient définitivement décantés, dans la vérité, la justice, l’entente cordiale et la fraternité de lutte qui lient les deux hommes et la grande famille houphouétiste.

Au total, la foi proclamée de Guillaume Soro pour cette arme des forts qu’est le dialogue politique doit être bien comprise : elle révèle la profondeur de la décision spirituelle et éthique de Guillaume Soro de donner à tout prix priorité absolue à la chance suprême de la Côte d’Ivoire, par-delà les chances individuelles de ses hommes et femmes politiques de pouvoir sauver leurs carrières plus ou moins mirobolantes. Loin d’être un acte de génuflexion pour obtenir des prébendes ou honneurs superfétatoires pour ses compagnons et lui-même, le choix du dialogue avec Ouattara, Bédié, Gbagbo et tous les Ivoiriens épris d’espérance est une stratégie politique animée par une volonté sacerdotale de type sacrificiel. Soro, mieux que la plupart des acteurs politiques ivoiriens actuels, connaît le prix de la guerre et la douleur des souffrances de l’épreuve du péril. Et c’est instruit dans sa chair, par le tragique de l’Histoire, qu’il se fait porteur d’une révolution spirituelle pour laquelle il estime son peuple mûr : résoudre les conflits par le dialogue, la justice et la vérité, mais aussi la prospérité au service de tous les Ivoiriens, sans exclusion, sans discrimination, sans violence. La Force doit être dominée par la Sagesse et servir à la Beauté du destin collectif. La Paix, pour Soro, n’est pas seulement désormais un but. Elle est sa méthode, car à chaque temps, suffit sa cause. D’où la Joie sereine qui anime le récent visiteur de la Russie, qui nous revient comme investi d’une dimension poutinienne : mettre l’amour de la dignité de la République au-dessus de toutes les considérations partisanes.

Franklin Nyamsi

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