Crise postélectorale au Gabon Les enjeux d’une surenchère qui peut conduire Ali Bongo à la Cpi
© (): Sans le dire ouvertement, la communauté internationale ne reconnaît pas la crédibilité des résultats de la commission chargée des élections, donnant Ali Bongo vainqueur.


| Politique | Afrikipresse - 10/09/2016

La crise postélectorale ivoirienne a duré 6 mois environ. Alors que certains entrevoient déjà un retour au calme et pensent que c’est déjà en train de finir, d’autres observateurs assurent plutôt que l’on n’en est qu’au début en qui concerne celle du Gabon.


elon ceux-ci, les autorités actuelles de Libreville ont, de façon maladroite, résolument décidé de poursuivre dans une surenchère visant à faire de la Côte d’Ivoire un bouc-émissaire dans le contentieux électoral en cours dans le pays, surfant entre un discours nationaliste, souverainiste et panafricaniste de très mauvais goût, qui risque bien de faire encore de très nombreuses victimes, a même de pousser la Cour pénale internationale à regarder de près la situation dans le pays et empêcher les forces de sécurité de séquestrer, de tuer, pour faire ce qui apparaît de plus en plus comme un vrai hold-up électoral qui aura du mal à permettre à Ali Bongo de diriger tranquillement le Gabon durant 7 ans comme il le fit déjà en 2009.

En dépit de l’excellence apparente des relations entre les deux chefs d’Etat et de la réaction immédiate de la présidence ivoirienne au sujet de l’ingérence supposée du conseiller Mamadi Diané, une avocate du pays a mis en cause la Côte d’Ivoire sans aucun rappel à l’ordre officiel de Libreville. Des manifestations de Gabonais sont annoncées devant l’ambassade ivoirienne dans la capitale du pays.

Après l’arrestation non encore démentie de l’expert-informatique ivoirien N’Cho Yao, pourtant totalement étranger aux faits, un autre ivoirien, en l’occurrence Yéo Sifiwoa, accusé par le gouvernement gabonais d’avoir falsifié les procès-verbaux de l’élection présidentielle du samedi 27 août 2016, a été finalement appréhendé par les forces de l’ordre au quartier général de M. Jean Ping, candidat à la présidentielle dudit pays, selon l’information donnée par le porte-parole du gouvernement gabonais, Alain Claude Bilie By Nze, le vendredi 2 septembre 2016 sur la chaîne française, France 24. « Le QG du candidat Jean Ping a été quadrillé par des forces de l’ordre. À la suite des expertises faites dans ce QG, nous avons pu mettre la main sur l’hacker ivoirien qui a voulu tripatouiller l’élection présidentielle », a révélé le porte-parole du gouvernement gabonais, appelant les membres de l’opposition au calme et à la retenue.

Depuis l’annonce des résultats de l’élection présidentielle le 31 août 2016, le Gabon connaît une crise qui a fait au moins 7 morts, des blessés et un millier d’arrestations de manifestants et de membres de l’opposition. Les leaders séquestrés ont été libérés, alors que l’opposition n’a pas renoncé à revendiquer sa victoire. Dans ce climat de contestation, le seul acteur politique ayant soutenu publiquement Ali Bongo reste Jean-Marie Lepen, tandis que les chefs d’Etat africains attendent une proclamation du Conseil constitutionnel à l’issue de l’examen éventuel des réclamations. Pour l’heure, l’opposition refuse de faire un recours auprès du conseil constitutionnel, dénonçant d’avance une complaisance de l’institution.

Sans le dire ouvertement, la communauté internationale ne reconnaît pas la crédibilité des résultats de la commission chargée des élections, donnant Ali Bongo vainqueur.

Ces dits résultats sont fermement >>> >>>> contestés par le candidat Ping, qui réclame une vérification des procès-verbaux d’une province du pays, qui a fait basculer les tendances qui étaient en faveur de l’opposition.

Faisant un parallèle avec la crise ivoirienne, des observateurs désignent le président sortant en l’affublant désormais du patronyme de l’ex-chef de l’Etat ivoirien : Ali Bongo Gbagbo. Pour son adversaire, cela donne Jean Ping Ouattara avec l’ajout du patronyme de l’actuel numéro un ivoirien, soupçonné du reste d’intelligence avec lui par Libreville. Ces observateurs estiment qu’Ali Bongo se comporte comme Laurent Gbagbo après sa défaite dans les urnes, à la différence que ses partisans n’ont pas, eux, empêché la commission électorale de proclamer les résultats provisoires, même si l’opposition a dénoncé des magouilles.

Personne n’ose prédire pour l’instant, combien de temps le refus de reconnaître sa défaite par Ali Gbagbo durera par rapport aux six mois et trois mille morts de la crise postélectorale ivoirienne, alors que le Gabon a déjà enregistré ses premières victimes, et que le mandat présidentiel est de 7 ans.

Ali Bongo pourra-t-il supporter 7 ans de contestation ? L’usage des appareils idéologiques (répressifs) d’Etat suffira-t-il pour briser la contestation, et le refus de ses adversaires de se soumettre à son autorité ?

D’ici là, le discours identitaire et souverainiste et la dénonciation des ingérences réelles ou imaginaires, comme le faisait le régime de Laurent Gbagbo à Abidjan, font partie du lexique de Libreville, qui espère ainsi mobiliser à moindre l’opinion africaine dans un prétendu combat contre la France, la communauté internationale et les ingérences extérieures. Depuis les scrutins ivoiriens, suivis de l’élection au Mali, au Nigeria, au Benin, au Burkina, et même dans une moindre mesure en Guinée, au Congo, Togo, Niger, et au Tchad, le consensus ou l’acceptation sur les résultats, avait fini par intervenir malgré les réserves et contestations de départ.

Les soupçons de fraude massive et de tripatouillage par le camp Bongo remettent en cause les efforts en vue d’une plus grande transparence et du refus de la confiscation des résultats sortis des urnes, au sujet des processus électoraux en Afrique.

Ceux qui dénoncent une ingérence de la France et de l’Occident oublient que plusieurs élections se sont bien passées, sur le continent au cours de ces dernières années après la crise ivoirienne ; ils oublient également que lorsque tout va bien et que les protagonistes acceptent d’être de bonne foi, et surtout que lorsque le peuple estime que dans l’ensemble les choses se sont bien passées, le feu ne couve pas, et surtout la France, les États-Unis, l’Onu ne font que prendre acte. Ils livrent leurs impressions, et expriment leurs positions, en félicitant les uns et les autres, en saluant le bon déroulement du processus sans que personne ne crie au loup. Pourquoi quand ça ne va pas, et qu’ils n’y sont pour rien, la France et bizarrement Ouattara, la Côte d’Ivoire, devraient être les coupables ? Ali Bongo et ceux qui le soutiennent dans cette posture doivent revoir sa copie, même si l’opposition n’est pas exempte de tout reproche dans ce qui se passe actuellement au Gabon.

Charles Kouassi et MB,
avec Afrikipresse



          
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