Focus : le prix de l’électricité, un casse-tête pour l’État ivoirien
© (Issouf Sanogo- Afp):Pour calmer les esprits, la CIE, filiale du holding français Eranove, a accepté d’étaler sur douze mois le paiement de la deuxième facture.


| Economie | Jeune Afrique - 16/08/2016

Une hausse des tarifs a fait flamber les factures et provoqué de violentes émeutes à travers le pays. La CIE est en première ligne.


elon un habitant de Bouaké interrogé par la Radiodiffusion télévision ivoirienne (RTI), la violence des émeutes du 22 juillet a réveillé de « vieux souvenirs » dans l’ex-fief de la rébellion, où au moins un homme est mort. Comme lors des rassemblements de Yamoussoukro, de Daloa et de Tiassalé, plus tôt dans la semaine, les manifestants se sont principalement attaqués aux locaux de la Compagnie ivoirienne d’électricité (CIE). La cause de leur courroux?? Les factures.

Le président, Alassane Ouattara, avait pourtant annoncé une mesure forte lors de la Fête du travail, le 1er mai, où il avait déploré une hausse des tarifs allant jusqu’à « 30 % ou 40 % » – bien au-delà des 15 % initialement prévus entre juillet 2015 et janvier 2016. Et de sommer la CIE de « réparer cette injustice » en remboursant les abonnés. Dans un contexte de grogne sociale contre la cherté de la vie, la déclaration avait rendu la foule euphorique. Mais pas pour longtemps.

Une limitation des prix de l’électricité

Deux mois après cette promesse, les clients de la CIE (1,3 million d’abonnés, dont 400?000, ayant accès aux tarifs sociaux, ne sont pas touchés par les hausses) ont reçu coup sur coup deux factures?: l’une pour les mois de mars et d’avril, l’autre pour mai et juin. La « double facture » a embrasé les esprits. « Les clients ont pu avoir l’impression d’une double facturation dans le même mois », s’est excusé, au soir des événements de Bouaké, Mathias Kouassi, le directeur général adjoint de la CIE, justifiant ce désagrément par le délai nécessaire à la compagnie pour calculer et mettre en place le remboursement du trop-perçu.

Surtout, selon Jean-Baptiste Koffi, président de l’Union fédérale des consommateurs de Côte d’Ivoire (UFC-CI), les clients s’attendaient à une plus grande réduction des montants dus, le gouvernement n’ayant pas suffisamment communiqué après le 1er mai. « Le ministre de l’Énergie aurait dû préciser qu’il s’agissait de limiter la hausse à 10 %, non de la supprimer », déplore ce dernier, nommé représentant pour ce dossier par l’ensemble des associations de consommateurs du pays.

Pour calmer les esprits, la CIE, filiale du holding français Eranove, a accepté d’étaler sur douze mois le paiement de la deuxième facture. Un geste commercial qui ne règle pas la question de fond?: le niveau des tarifs, fixé par l’État. « C’est le cœur du problème, et la balle est dans le camp du gouvernement », poursuit Jean-Baptiste Koffi, qui demande une révision des prix et un cadre de concertation permanent pour éviter qu’une telle crise ne se reproduise.

Le gouvernement face à une question délicate

Les autorités n’ont pas encore répondu à ces demandes. Tandis que le gouvernement se contente de dénoncer la violence des manifestations, le parti du chef de l’État, par la voix de son secrétaire général adjoint, Gilbert Kafana Koné, a de nouveau rejeté la faute sur la CIE, accusée d’« avoir péché par une communication approximative et des méthodes inadaptées au contexte ivoirien », selon la presse. Mais il faut faire vite?: prochaine facture en septembre.

Pour l’État, l’équation s’annonce difficile. Les manifestations montrent combien le prix de l’électricité est un sujet sensible. D’autant plus que plusieurs dizaines de milliers de foyers ne bénéficient plus du tarif social depuis 2012 (ils dépassaient le seuil des 5 ampères, maximum autorisé) et subissent de plein fouet les hausses, d’après l’UFC-CI. Or l’électricité ivoirienne figure déjà parmi les moins chères de la région grâce à l’exploitation de gaz et aux barrages hydrauliques du pays.

Elle coûte 74 F CFA le kilowattheure (0,11 euro), taxes comprises, contre environ 120 F CFA au Sénégal, un tarif très élevé en raison du manque de ressources de ce pays. Historiquement très bas (autour de 0,10 euro le kWh), le prix de l’électricité au Ghana a connu début janvier un bond spectaculaire de 60 %.

Comme chez l’ensemble de ses voisins, l’augmentation des tarifs répond en Côte d’Ivoire à une double contrainte. Confronté à de multiples priorités budgétaires, l’État doit maintenir l’équilibre financier d’un secteur traditionnellement déficitaire (selon la Direction de l’énergie, les subventions atteignaient 49 milliards de F CFA après la hausse des prix). Un effort qui vise aussi à rassurer les investisseurs privés, sur lesquels il compte pour financer et développer le secteur, qui constitue le socle de son programme d’émergence.



          
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