Serge Kassy : « Alpha Blondy,arrête de jouer au con »

Diasporas News-20/06/2013

En prélude à ses premiers concerts en France depuis son exil et avant la sortie de son nouvel album, l’artiste reggae ivoirien Serge Kassy s’est prêté à nos questions le temps d’un entretien sans langue de bois. Exclusif.

Diasporas News : Bonjour Serge Kassy, peux tu nous parler de ton futur album « Au nom des miens » ? C’est qui les miens ? Pourquoi ce titre ?

Serge Kassy : Le titre « Au nom des miens » c’est à cause des inégalités que subit mon peuple ; c’est aussi pour dénoncer des relations inéquitables entre les occidentaux et nous. Dieu m’a donné la chance de dire ce que les autres ne peuvent pas dire. J’ai choisi aussi ce titre parce que j’ai perdu beaucoup des miens dans une crise postélectorale qui a fait beaucoup de morts dans mon pays. J’estime que les miens ont tellement de problème dans la vie qu’ils n’ont pas le temps de s’exprimer et qu’un des leurs a décidé de parler en leur nom. C’est pourquoi je parle et je chante « Au nom des miens ». D-N : Est ce qu’Alpha concrètement s’inscrit « Au nom des miens » selon toi ?

S.K : Cela dépend du côté où on se trouve. On ne peut pas parler au nom d’un peuple et prendre position pour ceux qui font du mal à ce peuple, ceux qui emprisonnent ce peuple. Quand on est en complicité avec ceux qui mettent sous l’éteignoir ce peuple, on ne peut pas parler en leur nom. A plus forte raison quand tu es du côté de ceux qui oppriment le peuple. Donc Alpha Blondy est loin de parler des miens et au nom des miens. Il ne connaitra jamais le problème des miens, il ne vit pas la réalité des miens. Il feint d’ignorer ce qui se passe en réalité. il est devenu le porte voix de ceux qui oppriment mon peuple. Donc, il est loin de parler au nom des miens. D-N : Quand Alpha te demande de rentrer au pays, que lui réponds tu?

S.K : Oh (il soupire) je pense qu’il a déjà eu sa réponse. Je pense qu’on lui a déjà dit. S’il estime que moi je joue au couillon c’est le terme qu’il a employé, j’aimerais qu’à travers ton écrit, qu’il arrête de jouer au con. Que Serge kassy dit : « Alpha Blondy, arrête de jouer au con. » j’estime qu’on ne peut pas être une icone, un peuple ne peut pas t’idolâtrer pendant des décennies parce qu’il te considère comme celui qui était apte à faire leur fierté et qu’au soir de ta vie, tu nages selon les pouvoirs qui viennent à Abidjan. Que tu aies flirté avec Gbagbo durant tout le temps qu’il a passé en Côte d’Ivoire et qu’au soir des élections tu vires à 280 degrés et maintenant, c’est toi qui veux donner les leçons aux gens. Il est loin de pouvoir nous donner des leçons. Qu’Alpha arrête de jouer au con. D-N : Au niveau musical, y a-til des choses sur lesquelles vous pouvez vous entendre ?

S.K : J’estime qu’on a passé, Alpha Blondy et moi près de 35 ou 40 ans d’amitié au niveau de la musique. Nous savons d’où nous venons. Beaucoup de choses nous ont lié. Si pour ses intérêts, il pense qu’il était nécessaire de me vilipender, de mettre à mal cette amitié qui existait entre nous, je lui demande d’arrêter de jouer au con. On a des divergences de point de vue sur ce qui s’est passé dans notre pays. Pourquoi, pour que je rentre dans mon pays, c’est lui Alpha qui doit voir le ministre de la Culture ? Pourquoi c’est lui Blondy qui doit intervenir ? Il sait très bien ce qu’il fait. D-N : En tant qu’artistes (toi et Alpha) ne pensez vous pas que vous avez tous échoué parce que vous ne vous situez pas au dessus de la mêlée politique ?

S.K : Je voudrais te rappeler que nous les artistes nous sommes des hommes avant tout. Pourquoi voulez vous qu’on ait les mêmes points de vue ? Mais le bon sens nous amène à savoir où se trouve le vrai. A partir du moment où des gens prennent des armes pour prendre le pouvoir, l’artiste que je suis se doit d’être du côté de la légalité constitutionnelle. Faire un autre choix serait être du mauvais côté. Un pays a des règles, des lois. On ne prend pas le pouvoir par les armes ; on prend le pouvoir par les urnes. Rien ne justifie une guerre. C’est pourquoi, je maudis le jour où des gens ont envoyé la guerre dans mon pays.je maudis ce jour là. Maintenant les Alpha Blondy, les Tiken Jah, tous ceux qui ont fait le choix contraire au mien, viennent me dire où se trouve le vrai et comment Ouattara a gagné les élections ? D-N : Bob Marley en son temps s’est impliqué pour la réconciliation en Jamaïque. Pour toi, la réconciliation véritable en Côte d’ivoire passe par quoi ?

S.K : Pour qu’il y ait réconciliation dans mon pays, il faut que les autorités acceptent d’abord de se mettre dans la peau d’une réconciliation. Ils ne sont pas dans une logique de réconciliation. On continue d’arrêter tous ceux qu’ils appellent les pros Gbagbo par tous les moyens. On traque les exilés dans les pays limitrophes. Ils continuent de mener une politique des vainqueurs, ethno tribale. Comment voulez vous qu’on parle de réconciliation ? La réconciliation véritable passe par le retour de Laurent Gbagbo. On ne peut pas ignorer cela. La libération de tous les sympathisants de Gbagbo qui sont en prison. L’expropriation des Wê sur leurs terres. Tous ces problèmes qui n’ont pas encore trouvé de solution. D-N : Revenons à « Au nom des miens »Que peut-on dire de ton nouvel album ?

S.K : C’est un album qui a été fait dans de meilleures conditions, les studios lion fox à Washington avec Georges Kouakou. Il y aussi un travail qui a été fait avec Honoré Kakou et Echantillon chez moi à Abidjan. C’est un album de 14 titres avec des titres engagés, d’amour où chacun pourra trouver son compte. On parle de conseils. Il y a des featuring notamment avec Tiwony qui est un artiste connu ici qui nous a aidés aussi puisque nous voulons toucher le public français, le marché français. Ce marché a ses exigences et nous essayons de répondre à cela. D-N : Quel est ton agenda dans les mois à venir ?

S.K : J’ai 2 concerts qui sont programmés. Déjà le 28 juin à Saint Etienne, ensuite le 05 juillet à Paris au Centre d’animation Curial. Tout ceci va être fait avant la sortie internationale de mon album peut être à la fin de l’année. D-N : Ton mot de la fin..

S.K : J’invite toute la diaspora africaine et caribéenne à venir nombreux pour les concerts. Ce sera une occasion pour se retrouver déjà, pour revivre mon répertoire depuis le début dans les années 90. Ce sera mes premiers concerts depuis que je suis en exil. Et je voudrais le partager avec mes fans français, africains, antillais. Merci.

Propos recueillis par Félix Boni NIANGORAN.
Numéro de Juin 2013